RÉSUMÉ ET PERSPECTIVES DE LA COLONISATION FRANÇAISE
que nous avons prêtée h de minces établissements, disséminés à travers le globe et sur beaucoup desquels flotte n^tre drapeau plutôt que ne fleurit âotre civilisation. Rien ne peut affecter plus péniblement un cœur sérieusement épris de la gloire et de la grandeur nationales que le complet échec de notre colonisation sous Tancien régime. Si sévère que soit le jugement de l'histoire sur la politique de nos gouvernements, et, il faut bien le dire aussi, sur la conduite de nos concitoyens en matière coloniale, nous ne croyons pas que le souvenir du passé nous oblige à dé-/ sespérer complètement de Ta venir. Sans doute, il faut abandonner les ambitions gigantesques qui ont, durant deux siècles, soutenu Tardeur aventurière de nos aïeux. 11 fut un temps où les Français, dans leurs courses vagabondes le long des grands lacs et sur les bords du Mississipi, crurent s'approprier toute l'Amérique du Mord ; il fut un temps aussi où d'autres aventuriers héroïques pensèrent fonder, par la conquête, un immense empire aux Indes : ne nous laissons pas aveugler par l'éclat passager de ces brillantes entreprises ; elles étaient démesurées, et, si elles ne purent aboutir, la responsabilité n'en pèse pas seulement sur le gouvernement métropolitain, elle s'étend à nos colons, à leur imprudence, à leur défaut de sens pratique, & leur ignorance du but et des moyens de la colonisation. Réduits aujourd'hui à un rôle plus modeste et, ce que nous considérons comme un bienfait, circonscrits dans de plus étroites limites, nous avons encore un vaste thé&tre pour l'emploi de notre activité colonisatrice. Notre récente conquête, l'Algérie, avec sa voisine, la Tunisie, et ses prolongements jusqu'au lac Tchad, si grandes que soient les difQcultés que la colonisation y rencontre à son berceau, est réservée, si nous savons agir avec tact et persévérance, à un magnifique avenir; d'autres possessions, vieilles ou nouvelles, continentales ou insulaires, le . Sénégal avec toutes ses dépendances, lehautet le moyen Niger,laGochinchineavecl'Annam, leTonkin et le Cambodge, ont une étendue, ime facilité d'accroissement, des ressources et des richesses naturelles que l'intelligence européenne doit féconder et mettre en rapport. Le Gabon et le Congo, avec leurs expansions possibles vers le Nord, la Nouvelle-Calédonie sont aussi des terres qui, pour peu que nous ayons de l'esprit de suite et de la persévérance, peuvent d'épanouir en florissantes colonies. L'Ile de Madagascar enfin, si nous savons y établir notre domination complète, au lieu de nous y faire les simples surveillants des Hovas, peut devenir vraiment pour nos capitaux, pour l'élite de nos ouvriers et de nos cultivateurs, un champ d'exploitation magnifique. En Afrique nous pouvons et nous devons tenir le premier rang de toutes les nations civilisées ; nul autre peuple n'a sur ce continent des bases
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V d'opération aHiâsàbten pléoéés. En Asieâmmédiatement au-dessous dêâ Anglais et dés Russes, norus devons nous faire une place importante. Eilflunos^ colonies tropicales, dont la prospérité date de l(^iïi,'et qui ont été ébranlées dans ces derniers temps par des réformes radicales, mais nécessaires, les Antilles, la Réunion, la GKijy^ané.ont à reprendre leurs forces, à reconstituer sur des bases hoUvelles leur produètion, à concilier la richesse avec la justice.
L'expérience, qui nous a si impitoyablement frappés, ne nous a pas été inutile, parce qu'elle nous a fait ouvrir les yeux sur nos fautes et nos erreurs. Partout où flotte le pavillon français, dans des terres presque désertes, ou dans des pays très peuplés, dans nos acquisitions récentes; ou dans nos vieilles dépendances, nous , avons signalé les mêmes vices généraux : l'arbitraire administra-
/ tif, Tabsence de vie et de libertés municipales et provinciales, Tin-
gérence de l'autorité dans les affaires des particuliers : nous avons aussi remarqué chez les colons des défauts persistants et presque ' partout les mêmes, des goûts trop exclusivement aventuriers, un caractère d'amateur /une conduite pleine d'imagination et de fantaisie, l'esprit d'improvisation, l'impatience des résultats graduels. Si la France, ce que nous espérons, veut devenir une nation colonisatrice, elle doit faire avec courage une double réforme dans son administration et dans ses mœurs coloniales.
Il faut aussi que, sur certains points, elle transforme ses méthodes commerciales et industrielles. Pays riche, habité par une population ayant naturellement du goût, elle n'a pas su assez, jusqu'ici , adapter ses procédés de fabrication aux habitudes des peuples primitifs ou barbares ou de vieilles nations encore qui ont une préférence traditionnelle et insurmontable pour certains types déterminés de vêtements, de parures, d'ameublement» etc. Les industriels €t les commerçants français doivent savoir s'inspirer des goûts et des besoins si divers des populations variées de nos colonies, au lieu de prétendre leur imposer les leurs.
Beaucoup de symptômes, que nous offre rhistoiredeces dernières années, prouvent que ces réformes ne sont pas impossibles. Sous le / coup des calamités physiques les plus terribles et les plus répétées, malgré les obstacles qu'ils ont parfois trouvés dans tes institutions, les colons d'Algérie ont montré une force morale, une persévérance et une patience qui nous font bien augurer de leur avenir. De son côté l'administration a commencé à s'amender sur certains points et en certains détails; on a emprunté aux Anglô Saxons plusieurs de leurs procédés : la vente des terres aux enchères et à prix fixe, rassignation des condamnés aux colons ; on as^upprimé beaucoup de règlements qui entravaient le travail, la culture et le commerce. On est dôûc entré, quoique à pas timides, dans la bonne voie. Mais