‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 5)Chapitre 85 sur 131 · tô 12.745.555 ÎÔJ&SÛm · texte numérisé non relu

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Le progrès a été considérable de 1866 & 1877 à cause, de la dé-

portalion des insurgés de la commune. Le recul de rimporUtion de 1877 à 1887 n'a rien de regrettable, parce qu'il vient surtout de ce que la Nouvelle-Calédonie, dans l'intervalle, s*est mise à produire plus de denrées agricoles. Quant à l'exportation, elle ne s e^t pas accrue de 1877 à 1887, quoique les mines aient dans Tintervalle pris un certain développement. Le commerce avec la France se compose de 3,767,218 francs à l'importation et de 177.000 francs seulement h l'exportation. C*est notamment soit à Sidney, soit eB Angleterre que vont les minerais. Le voisinage d'un grand entrepôt comme Sydney est à la fois une ressource au point de vue économique et un danger au point de vue national.

Le mouvement de la navigation en 1887 comportait, à rentrée, 31 navires français, la plupart subventionnés, jaugeant 46,873 tonnes, et 77 navires étrangers, jaugeant 31,420 tonnes. Les chiffres donnés pour la sortie ne paraissent pas complets. Ce ne sont là que des commencements ; mais toute colonie, surtout improvisée dans un pays sauvage, ne se peut juger d*aprës le premier quart de siècle de son existence, et il n'y a vraiment que vingt ans qu'on a commencé de s'occuper sérieusement de celle-d.

Que deviendra désormais la Nouvelle-Calédonie? Elle conserve la transportation des criminels; si l'on savait bien se servir de cette dernière, on pourrait faire de cette possession, en vingt ans, une île très florissante. On vient d'appliquer la transportation aux récidivistes, même pour simples peines correctionnelles ; c'est une triste main-d'œuvre que ceÛe des vagabonds et des souteneurs ; néanmoins, si l'on opérait parmi eux une sélection, peut-être les résultats seraient-ils moins détestables qu'on ne le prétend. Le séjour à la Nouvelle-Calédonie, terre salubre et agréable, devrait être présenté comme une sorte de récompense pour les condamnés qui se conduiraient bien. De cette façon on se procurerait des fo^ çats ou des réclusionnaires de choix que Ton pourrait placer chez les colons ou les industriels et auxquels» comme récompense ultérieure, on pourrait allouer des terres. Si Ton veut que la Nouvelle-Calédonie prospère, conune colonie pénale, il faut remplir trois conditions : la première c'est de n'y pas déporter les criminels les plus invétérés, ni les plus mous et les plus indolents. Ceuxci devraient être dirigés vers la Guyane, et ceux-là gardés dans les maisons centrales. La seconde, c'est d'amener à peu près autant de femmes que d'hommes pour pouvoir fonder des familles. La troisième, enfin, c'est de pratiquer le régime de Fassignement que nous décrivons dans le chapitre suivant, consacré à l'Australie, d'amener les condamnés à vivre de leurs propres ressources, de leur travail agricole ou industriel, et non de rations gouve rne mentales. Il y a eu, sous ce rapport, d'énormes abus à la Nouvelle-

LES GOLOmSS FRANÇAISES EN OGÊANIB. 577;

Calédonie ; il faut laisser souffrir de la faim les criminels ou les libérés qui ne veulent pas travailler, peut-être même mourir de faim ceux qui s'obstinent à ne rien faire; il faut, d'autre part, encourager par des salaires proportionnés ou des pécules ceux qui sont laborieux et ont une bonne conduite. 11 convient aussi d'oc« iroyer aisément des grâces et même la réhabilitation, dès que le condamné a fait preuve pendant quelques années de goût pour le travail (1).

On a commencé d'accorder à la Nouvelle-Calédonie quelques libertés locales. Un arrêta du 3 mars 1874 a constitué dans la ville de Nouméa un corps municipal composé d*un maire, de deux adjoints et de neuf conseillers, tous nommés, il est vrai, pour une durée de trois ans, par le gouverneur. Ce régime n'était que transitoire et a fait place & un autre plus libéral, fondé sur l'élection. On n*a pas octroyé, avec raison, à la Nouvelle-Calédonie, de député, mais on liû a accordé un délégué élu qui peut être un interprète de la population près du gouvernement français. En outre, un décret du 2 avril 1885 a institué un conseil générai électif. Cette derniëremesure,toutefois parattprëmaturée,ce Conseil ayant donné les preuves réitérées de son incapacité et de son esprit brouillon. Il faut ou le réduire au rôle d'une assemblée consultative ou cesser de le faire nommer au suffrage universel et le prendre dans certaines catégories.

La mère patrie n'abandonne pas la Nouvelle-Calédonie. On a «subventionné un service de navires à vapeur qui s'y rendent toutes les quatre semaines en touchant à l'Australie. La Nouvelle-Calédonie, toutefois, est encore un domaine bien étroit. Dans le voisinage setrouveungroupedllesimportantes,lesNouvelles-Hébrides,qu'il eût dépendu de nous d'acquérir. Notre excessive timidité nous empêchait d'étendre la main sur des terres vacantes et sans maître qui sont à notre portée. Quelques-unes des Nouvelles -Hébrides eussent pu être un excellent terrain de colonisation, le sol y étant bon et la population énergique et travailleuse. Malheureusement nous avons signé récemment avec l'Angleterre une convention qui oblige chacun des deux pays à respecter l'indépendance de ces lies et qui nous a fait retirer un piquet de troupes que nous y entretenions. Il est peu probable que cette convention soit éter-

(1) On trouTera dans TouTrage de M. Delarbre, Us CoUmU* françaUes^ Tensemble det mesures relatives À la transportation à la Nouvelle-CaUdonie, Ces mesures en «Ues-mèmes ne paraissent pas trop malentendues. On pourrait dire seulement •qu'il convient de faire une plus grande part à rétablissement individuel des conùamnés sur des concessions, moins les assujettir à la vie en commun, mdme provisoirement, et supprimer plus tôt les rations. Il est vrai que les instructious ffelatèes par M. Delarbre s'appliquent aux condamnés aux travaux forcés, les seuls qm eussent ete Iransportés, au moment où écrivait Tauteur.

57 s DB LA COLOlflSATION AU XIX« SitaLB.

nellement respectée, Texpérience prouvant qu*il n'y a pas de place dans le monde contemporain pour des peuplades baii)ares indépendantes dans le voisinage des peuples civilisés. La proximité de l'Australie et l'avance que la race anglaise a prise dans cette partie du monde est un danger pour la colonisation française en Nouvelle-Calédonie. Il importe donc que celle-ci soit poussée aussi activement que possible.

SAINT-PIERBS KT MIQUBLON.

De nos immenses possessions dansTAmériqueduNord^ilnenous reste que les îlots de Saint-Pierre et de Miquelon, le premier n'ayant que 2,600 hectares de superficie et le second 16,000. Ces chétifs débris de notre empire américain sont le centre d'une industrie considérable, celle de la pêche de la morue. Malheureusement, nos pêcheries ne se soutiennent plus qu'à force de primes (1).

Il est douteux que les gains des particuliers dépassent de beaucoup les 4 millions de primes payés par l'Etat : d'oîi il résulte que nos pêcheries n'ont pas, au point de vue commercial, une grande utilité; on ne peut les défendre que par des considérations étrangères à l'économie politique, notamment par la nécessité de ne pas laisser périr une industrie qui occupe une dizaine de mille matelots, pépinière précieuse pour notre marine militaire ; il faut reconnaître que de telles considérations ne sont pas dépourvues de fondement dans l'état actuel de rivalité et de préi>aration à la guerre des puissances civilisées. Nos deux Ilots du nord de l'Amérique ont ainsi une certaine importance; ils sont en outre un souvenir de notre grandeur passée, un débris moralement précieux de notre patrimoine si tristement gaspillé; ils contiennent une population peu nombreuse, mais qui porte profondément dans son cœur l'amour de la France et de ses lois ; c'est à ce titre qu'ils méritent de figurer dans la nomenclature de nos possessions coloniales. Voici la population et le commerce de ces deux petites lies :

Population,

ISeS 1874 1881 1888 1887

Sédentaire 2.700 4.477 4.240 4.286 »

Flottante 742 5.369 1.294 1.268 »

Totaux... 3.442 9.846 5.534 5.554 5.989

(1) La loi du 22]uinet 1851, prorogée àdiTerset reprises, accorde une allocation de 50 francs par homme poarles armements de pèche avec séeherie, et de SOlinuics sans sécherie ; une autre allocation de 12 à 20 francs par quintal métrique de monie exportée, suivant la distance du pays de destination. Une prime de 20 firanca est» en outre, accordée par quintal de rogue ou œufs de morue. Le nr* ontant total de ces encouragements atteint annuellement euTiron 4 milUonsde francs.

]«E8 PETITES GOI.WIES DE LA FRAKQE 519^'

Commerce.

Importations.. 3.880.103 8.2â5.405 8.953.556 11.062.617 13.746.587

Exportations. . 5.8?6.DI4 10.ftg5.336 9.975.348 17.086.623 16.?30.272

To.aux.. 9.206.117 19.liu.742 18.928.904 28.099.240 31.976.85»

Sur ce commerce, environ la moitié, soit 15,455,631 fr. pour 1887, se fait avec la France ; mais c'est l'exportation qui forme la grosse part de cette somme. Les importations de France dans ces deux îlots ne se sont élevées, en 1887, qu'à 3,508,177 fr.

Le mouvement de la navigation & Saint-Pierre et Miquelon en 1887 consistait, à l'entrée en 807 navires français, jaugeant 124,447 tonneaux et montés par 5,330 hommes d'équipage et 1,181 Mli* ments étrangers jaugeant 33,135 tonnes, et à la sortie en 800 navires français, d'un tonnage de 124,227 tonnes et 1,168 navires étrangers jaugeant 32,231 tonnes. La France ne possède pas seulement Saint-Pierre et Miquelon; la grande île de Terre-Neuve est . en outre assujettie à certaines servitudes à l'endroit des pécheurs français. Ceux-ci peuvent venir pécher tant le poisson que le homard sur certaines parties des rivages de Terre-Neuve, notamment sur la côte appelée Frenchshore; ils ont sur ce terrîtoîriB des privilèges relativement aux habitants; ceux-ci ne peuvent élever des constructions à demeure dans une certaine zone ou y tendre leurs filets dans certaines circonstances. Il est résulté de ce vieil état de choses, remontant au traité d'Utrecht, unegrande acrimonie entre les Terre-Neuviens et les pécheurs français. Les premiers menacent TAngleterre de se séparer d'elle et de s'annexer aux États- Unis si elle ne leur fait pas restituer, sur leurs territoires, les droits qu'ont en tout pays les habitants sur les localités qui leur appartiennent. Il paraît très difficile que la France puisse conserver longtemps au profit de ses pécheurs les servitudes instituées il y a cent quatre-vingts ans environ sur la côte de Terre-Neuve. La France y devrait d'autant mieux renoncer qu'il n'y a que très peu de navires français, trois ou quatre tout au plus, à en profiter (Ij. Mais, comme toute concession se doit payer, elle devrait faire de l'abandon de . ses servitudes sur la côtemême deTerre-Neuve un objet d'échange,

(1) En 1888, sur 504 navires français, jaugeant 83,763 tonneaux, qui sont entrés à Saint-Pierre et Bliquelon, 22 seulement, jaugeant 3,646 tonneaux, venaient de 111e de Terre-Neuve dont 4 seulement, avec un tonnage de 614 tonnes, ar- . rivaient de la côte occidentale ou côte française, le territoire contesté ; d'autre part, sur 5S9 navires français sortis dans la môme année de la colonie de Saint- Pierre et Miquelon, avec un tonnage de 97,35S tonnes, 22 seulement, jaugeant ?,968 tonnes, se rendaient à Ttle de Terre-Neuve, dont 2 seulement, avec un tonnage de 261 tonnes, à la côte occidentale, dite côte française {Statistiques coUmialeê pour 18:$8, p. 818 et 819,822 et 823}. Presque tout le poisson que nous prenons, c'est donc au grand banc. {Note delà i* édition,)

et obtenir derAngleterre, outre uneindemnité pécuniaire, unecompensation effective et considérable en Afrique, notamment en Tunisie où la Grande-Bretagne reconnaîtrait, non seulement notre suzeraineté, mais notre souveraineté et où elle renoncerait à la clause delà nation la plus favorisée que stipule en sa faveur un traité sans aucune limite de durée conclu avec Tancienne Régence de Tunis. Nous devrions, par contre, conserver nos droits de pèche sur le grand banc de Terre-Neuve où 400 à 500 navires français se rendent chaque année. La renonciation à nos pêcheries du grand banc serait une faute aussi inexcusable que notre obstinalion à conserver nos servitudes actives sur leJfrenchshorede Terre- Neuve, si l'Angleterre nousoITrait en échange une sérieuse compensation coloniale.

Nous possédons encore, jetés sur la surface du monde, quelques petits postes de récente création, ceux d*Obock et de Tadjourah, par exemple, sur la mer Rouge. On y dit le sol relativement fertile ; la position est bonne. Il est regrettable que nous n'ayons pas » pendant ces dernières années, confirmé par une prise de possession eftective, les droits que nous avions acquis sur la côte orientale de cette mer, sur la baie d'Adulis notamment et quelques autres poiùts. Il n*est peut-être pas trop tard encore pour nous ' en occuper : nous pourrions ainsi maintenir un peu notre influence en Abyssinie et au Ghoa, et faire dans une certaine mesure contrepoids à la domination anglaise ou italienne dans ces régions.

L'ensemble du commerce de la France avec ses colonies, sauf l'Algérie et la Tunisie, était évalué, en 1887, à 91,176,476 fr. 30 à l'importation en France et à 73,287,813 fr. 06, à l'exportation de France aux colonies, soit ensemble 164,463,309 francs. Dans la même année, nos colonies introduisaient chez elles pour 145,159,089 fr. 07 de marchandises étrangères et exportaient à l'étranger pour 109,628,056 fr. 65 de leurs propres produits, soit pour le commerce de nos colonies avec l'étranger, 254,787, 145 fr. 72. Enfin nos colonies importaient pour 11,137,219 francs de marchandises d'autres colonies françaises et y exportaient pour 9,760,685 francs soit 20,897,904 francs de commerce intercolonial. Le mouvement commercial général de nos colonies autres que l'Algérie et la Tunisie était ainsi de 450,149,360 francs en 1887. En tenant compte dé^ l'Algérie et de la Tunisie, on peut évaluer à 480 ou 500 raillions de francs la moyenne du commerce général de la France avec l'ensemble de ses colonies, dont 275 à 300 millions à l'exportation de France.

Nous avons épuisé la liste de nos dépendances coloniales; nous l'avons parcourue avec une tristesse et des regrets qui sont tempérés cependant par quelques rayons d'espérance; de là l'attention

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