‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 5)Chapitre 88 sur 131 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Bm te ••iMUflattMi «aglalse •« XIX« slèel».

Causes générales de la grandeur coloniale de l'Angleterre.

Situation du Canada quand il échut à l'Angleterre en 1763. — Libertés administratives octroyées par les Anglais aux Canadiens. — Emigration des loyalistes Américains au Canada. —Constitution politique du Canada. — Ses inconrénienU pendant le premier tiers de ce siècle ; mécontentement qu'elle nuscite.

Le mode d'appropriation des terres au Canada. — Abus des concessions gratuites au commencement de ce siècle.— Réforme vers 1840.— Les Tentes de terres domaniales et de terres du clergé. -> Les compagnies foncières et les travaux publics.

Grand soin apporté par le gouvernement canadien au choix des immigrants. — Fluctuation de l'immigration. — Accroissement de la population.

Le régime commercial du Canada. — Caractère artificiel de ce régime. — Le» droits différentiels. — Faveurs codsidérables, mais en partie imaginaires, accordées au commerce colonial.

La Compagnie de la baie d'Hudson. — La Colombie britannique. — VUe de Terre- Neuve.

Constitution et extension du Dominion canadien. — Renseignements statistiques sur la superficie, la population, le commerce, le revenu public de ces contrées.

Les colonies de l'Angleterre au sud de l'Afrique* — Etat de la colohie du Cap lorsqu'elle échappa aux Hollandais. — Premiers essais de colonisation artiflâelle au Cap. — Leur échec et ses causes. — Les Boêrs.

libertés municipales accordées aux colons. — Constitution octroyée en 1863. — Mauvaise organisation du régime des terres. — Régime commercial. — Renseignements statistiques sur les colonies du Cap et de Natal.

Les colonies australasiennes. — Découverte de l'Australie. — Aspect de ce conti nent. — L'établissement pénitentiaire de Botany-Bay et plus tard de Sydney.

— Progrès de la colonisation dans les cinquante premières années. Importance de la déportation en Australie. — Questions diverses relatives aux

colonies pénitentiaires. — Les quatre buts que l'on peut chercher & atteindre. La question financière : prix comparé de l'entretien d'un condamné aux colonies et dans la métropole. — La question économique. —Division des déportés en deux catégories. — Les preparatory works ou la préparation, — Les asngned convicts. — Avantages du système de l'assignement. — La déportation n'empêche pas l'immigration libre; preuves.— La question morale.— Enrichissement prompt et énorme de certains convicts. — Inégalité de nombre des dejyix sexes.

— Excellence du régime de la déportation des criminels. — C'est elle qui a créé FAustralie et qui a joué jusqu'en 1830 le rôle prédominant dans la colonisation de ce continent.

Le régime des terres. — On débute par les concessions gratuites ; leurs inconvénients. — La théorie de Wakefield et YEcoU de colonisation systématique. — Les six points de la doctrine Wakefieldienne. — Mélange de vérités et d'erreurs dont cette doctrine est formée. — Les ventes & prix fixe et les ventes par auction.— Le land fund et le fond d'immigration. — Application presque littérale de la théorie de Wakefield ft l'Australie du Sud. — La catastrophe de cette colonie et les causes diverses de cette catastrophe.

Part de l'immigration subventionnée dans le peuplement de l'Australie.

La Nouvelle-Zélande.

La découverte des mines d'or en Australie et son influence. «- Tort que les mines australiennes font ft la Tasmanie.

Renseignements statistiques sur la superficie, la population, le commerce, les cultures et la situation financière des colonies australasiennes.

Les institutions politiques et la situation sociale en Australie. — Influence de ces colonies sur la métropole.

Les Indes anglaises. ^ Constitution intérieure de la célèbre Compagnie des Indes. Son gouvernement. ~- Le compromis de 1833. — > Suppression de la Compagnie des Indes. — L'administration des Indes anglaises. ^ Le système financier. — Traitement des Hindous. — Aspirations des classes élevéjes. — Renseignements statistiques sur l'état présent des Indes.

. La nation qui tient le premier rang dans la colonisation, celle qui donne à tous l'exemple des vastes empires fondés au delà des mers, c'est l'Angleterre ; et cette supériorité incontestable date spéciale- v ment de notre temps. Au xvii« siècle, l'Amérique espagnole jetait un éclat qui éclipsait les débuts modestes, mais solides et soutenus, de l'Amérique britannique; la prospérité inouïe, mais superficielle et éphémère de la compagnie des Indes boUandaises, détournait les regards des efforts patients des Anglais pour s'établir dans lUindoustan. Au xviii* siècle, les aventuriers français à la Louisane et le long des grands lacs ou sur les rives du Mississipi et de TOhio, et en Asie sur les bords du Gange, semblèrent un moment parleur audace pleine de ressources sur le point de fixer la fortune en leur faveur et de réduire leurs rivaux britanniques à un rôle secondaire : en même temps l'essor subit de Saint-Domingue, qui détrônait la Jamaïque et laBarbade, donnait le change aux puissances de l'Europe et semblait assurer à la France la suprématie coloniale. Mais le temps, ce grand maître et ce juge impartial, qui met en fin de compte chaque peuple à la place que ses qualités ou ses défauts lui assignent, a donné àl'Angleterre, pour ne plus le lui reprendre, le premier rang parmi les nations colonisatrices.

Or, c'est au xix« siècle que se sont développées et manifestées de la manière la plus éclatante les hautes et puissantes facultés de la race anglo-saxonne pour la fondation, l'entretien et la gestion des colonies. Le xviii^ siècle avait laissé une ombre f&cheuse sur la colonisation anglaise; elle était frappée de discrédit et les esprits les plus fermes, tout émus du grand échec que la séparation des treize provinces américaines venait de lui infliger, portaient sur elle un Jugement sévère et que la postérité n'a pas ratifié. Mais aux empires perdus, la féconde Angleterre a substitué des empires nouveaux ; elle a su, à la fois et dans une proportion sails pareille, multiplier la population, la culture et la richesse de ses vieilles possessions, et improviser en quelques années, sur des continents presque inconnus et dédaignés des autres peuples, des sociétés régulières, douées d'une vitalité, d'une force de croissance et d'une activité productrice sans précédent II ne faudrait pas croire que l'Angleterre fût arrivée du premier coup à ces mesures politiques et économiques si parfaites, si propres au développement d'établisse-

ments nouveaux; nous la verrons passer par bien des lAtonnements ; nous verrons les réformes se succéder les unes aux autr^: nous verrons des erreurs et des fautes nombreuses, mais qui furent loyalement reconnues et courageusement réparées. Ce qui codstitue, à nos yeux, la grandeur du peuple anglais, la faculté éminente qui lui a mérité la haute place qu'il occupe dans Thistoire, et spécialement dans la colonisation, c'est cet esprit de sincérité et ce Igoût des progrès graduels et des réformes successives qui le por- I tent à étudier sans cesse ses institutions et ses lois, à en saisir, sans les diminuer ni les grossir, les imperfections et les défauts, à ne se laisser jamais aveugler par un vain amour-propre national sur les fautes et les erreurs commises, à modifier d*une manièie continue les rouages politiques ou sociaux et les procédés économiques que l'expérience condamne. Cet esprit de sincérité, ce goût des réformes graduelles, ce sont, de toutes les qualités, les plus judicieuses, les. plus pratiques, les plus fécondes ; elles préservent les peuples de l'engourdissement de la routine et des emportements de la violence ; chez les autres nations, les réformes n'arrivent qu'avec des crises qu'elles produisent ou dont elles découlent; dans la Grande-Bretagne, les réformes' ne constituait pas un état anormal et accidentel et comme une maladie périodique; elles s'opèrent sans cesse et avec continuité, elles sont de tous les instants, elles ont pris leur place dans la vie politique, sociale et économique comme un élément permanent et régulier.

Avant de nous livrer à l'examen des principes qu'a suivis r Angleterre dans la fondation de ses colonies nouvelles, il convient de rechercher ce qu^elle a fait des colonies qui étaient adultes quand vint à s'ouvrir le siècle actuel. Nous avons étudié avec quelques détails dans un des chapitres qui précèdent la situation et les diverses phases des possessions britanniques des tropiques, dont la production reposait sur l'esclavage. Nous avons maintenant à nous occuper des établissements continentaux fondés spécialement sur l'agriculture libre ; ces établissements se divisent en deux groupes : ceux du nord de l'Amérique, dont le Canada est le principal, ceux du sud de l'Afrique, dont le plus important est le Gap de Bonne- Espérance. Il est à remarquer que c'est à la conquête que l'Angle- I terre est redevable de ces deux groupes de colonies; elle s'en em- I para lorsqu'elles étaient déjà considérables et relativement florissantes. Il importe donc d'examiner avec soin ce qu'étaient ces établissements sous la domination des peuples qui les fondèrent et ce qu'ils sont devenus sous celle de la nation conquérante : ce sera un des meilleurs moyens de juger le mode anglais de colonisation comparé soit au mode français, soit au mode hollandais. Quand la fatale guerre de Sept ans fit tomber le Canada aux

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mains deTAngleterre, c'était un territoire occupé par une population agricole de près de 60,000 habitants ; elle était tout entière groupée près des grands lacs formant un cordon sans profondeur ; la condition des colons se trouvait médiocre, également éloignée de ropulence et de la misère ; le développement de la culture était ralenti par des règlements excessifs, une administration arbitraire, le mauvais régime d'appropriation des terres incultes et l'absence complète de toute espèce de libertés municipales et provinciales. Aussi le public français n'avait-il qu'en médiocre estime cette possession lointaine, et Voltaire pouvait se moquer des politiques prévoyants qui regrettaient la cession à l'Angleterre de ces quelques arpents déneige. Que sont devenus ces quelques arpents de neige sous la domination britannique ?

Les trois points décisifs dans tout système colonial, nous avons déjà eu l'occasion de le dire, ce sont d'abord les libertés municipales et provinciales; en second lieu, le mode d'appropriation des terres ; en troisième lieu, le système commercial. Aupremier point de vue, celui des libertés civiles et administratives, l'Angleterre commença par traiter le Canada en terre conquise, mais ce ne fut là qu'un premier mouvement qui dura peu. La loi anglaise fut d'abord introduite dans cette terre d'origine française, tous les offices furent remplis par des Anglais, c'était une tentative de britanniser le Canada. Le bon sens et l'équité des ministres et du parlement d'Angleterre ne leur permirent pas. de persévérer dans cette voie à la fois injuste et dangereuse. En 1774, le « Québec Bill » rendait aux Français la coutume de Paris, et établissait un conseil législatif (/«^f«/aitoe councit) pour l'administration des affaires de la colonie. Ce conseil n'était pas encore une assemblée représentative, c'était une commission gouvernementale : ce n'en était pas moins un allégement et m^e un progrès considérable en comparaison du régime administratif français, qui reposait sur l'arbitraire le plus absolu. Mais ce fut surtout au point de vue des libertés communales que la situation des colons s'améliora pendant cette période ; les communes obtinrent l'indépendance et l'initiative qu'elles ont toujours eues dans le monde anglo-saxon. Rien ne rappelait plus le système oppre3sif que Colbert préconisait dans sa lettre au marquis de Frontenac. Les colons pouvaient de nouveau se réunir, s'associer, élire quelqu'un qui parlât au nom de tous, et, si la représentation n'existait pas encore pour la gestion des intérêts généraux de la colonie, on la retrouvait partout, dans toute sa sincérité et son efflc^ité, pour la gestion des intérêts locaux. La révolution d'Amérique et l'émancipation des treize provinces Alt pour le Canada l'origine d'une ère nouvelle. Un grand nombre d'Américains, qui avaient embrassé la cause de la mère patrie, et

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qui, pour cette raison, avaient reçu le nom de <« loyalisu » vinrent se réfugier au Canada : il arriva, d*un autre côté, que beaucoup des soldats anglais qui avaient été occupés à combattre la rébellion, une fois la paix conclue, demandèrent des terres au nord des grands lacs pour s'y fixer et y fonder des familles; il en résulta pour la colonie un grand accroissement de nombre et de richesse en même temps qu'un dédoublement administratif. Presque tous ces Américains ou ces soldats anglais, au lieu de s'établir au milieu de la population française, étaient allés dans les territoires vierges de l'ouest, et l'élémenl anglo-saxon s'était ainsi Juxtaposé à l'élément français sans se mêler ou se confondre avec lui. Il s'était donc constitué un nouveau district, différent du premier par la langue, la religion, les mœurs et les lois. Le gouvernement eut la sagesse de faire passer dans les institutions cette séparation qui existait dans les faits, et l'on eut, au point de vue administratif, deux provinces distinctes : le Bas-Canada et le Haut-Canada, l'un dont la population était presque complètement française ; l'autre qui était presque exclusivement peuplé d'Anglo-Saxons. En même temps que Ton consacrait par les lois cette séparation entre les deux districts, on accordait à l'un et à l'autre la représentation législative. C'est en 1701 que Pitt, sur les réclamations des colons, fit cette importante réforme. Le gouvernement colonial devait se composer d'un gouverneur et de deux chambres : l'une était élective, l'autre était nommée par le roi. Pitt, dans l'origine, avait conçu l'idée d'une chambre haute composée des principaux seigneurs français, lesquels auraient constitué une noblesse héréditaire. Mais Fox combattit ce plan et avec grande raison selon nous. Il n'est jamais opportun de constituer une aristocratie de naissance dans une colonie: c'est compromettre son développement en faisant nattre des rivalités nuisibles, c'est la discréditer dans l'opinion publique et amoindrir l'immigration ; car il est reconnu que l'amour de l'égalité et l'aversion pour les vieilles conventions sociales comptent parmi les motifs principaux qui portent les Européens à quitter leur patrie. GrAce à Fox, on évita cet écueil et l'on eut un conseil législatif {legùlative council), nommé par le roi et une assemblée représentative (représentative assemhîy]^ sortie, si ce n'est du suffrage universel, du moins d'un suffrage dont les bases étaient si larges qu'avec un travail de quelques mois chacun pouvait devemr électeur. Ce M en 1702 que se réunit la première chambre du Bas- Canada (Voir Mongommery-Martin, BrHùh colonies^ t. I). La Nouvelle-Ecosse, le Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve, reçurent également des constitutions à des époques plus ou moins rapprochées de celles dont nous parlons. « Ces constitutions, ditMerivale. étaient analogues à celles dont Jouissaient les vieilles colonies de

la Ck>uronDe ; mais le degré de contrôle de la métropole pour l'administration intérieure de la colonie était beaucoup plus grand. » Lid mère patrie se réservait spécialement la disposition des terres incultes et organisait Téglise officielle d'Angleterre sur de riches dotations territoriales. Il s'était produit, en effet, à la fin du dernier siècle, chez les hommes d'État les plus influents, une réaction décidée contre les libertés presque illimitées dont avaient joui jusque-là les colonies anglaises : << La révolution américaine et la révolution française, dit Merivale, avaient jeté beaucoup d'impopularité sur les doctrines démocratiques. Auparavant on regardait les franchises du citoyen anglais comme des droits naturels atta* chés à sa personne et l'on admettait, par conséquent, qu'il ne pouvait les perdre, où qu'il all&t et s'établit. Mais, vers le temps de Pitt, l'utilité publique vint à passer pour le fondement de tous les droits ; il devint dès lors facile de soutenir que ce qui était utile ici, ne l'était pas là, et l'on vit des partisans sincères du régime constitutionnel afflrmer qu'on devait refuser, différer ou atténuer les institutions libres dans certains cas. » C'est cette politique que l'Angleterre pratiqua pendant toute la première partie de ce siècle; elle accorda rarement, dès l'abord, le régime représentatif aux colonies nouvelles. « Nous avons vu, dit Merivale, se fonder trois colonies, fermées aux condamnés, et qui, cependant, jusqu'en 1840, ont été gouvernées directement par la Couronne, singulière nouveauté pour l'Angleterre. » Quant aux colonies qui possédaient des législatures électives, on s'efforça pendant longtemps de limiter leurs attributions. Selon nous, ce ftit une faute ; il en résulta, chez les colons, des mécontentements qui allèrent jusqu'à la révolte; il en résulta, chez les émigrants anglais, un certain discrédit pour les colonies anglaises et une préférence marquée pour les États-Unis. Il en résulta même, ce qui est plus grave, un courant d'émigration notable parmi les citoyens nés au Canada pour rUnion américaine.

U s'en fallut longtemps, au Bas-Canada, que l'état des affaires fût aussi satisfaisant que le ferait croire l'étude des institutions. Ce fut le conseil législatif, nommé par le gouvernement, qui prit en main toute l'autorité, et la législature ne fut longtemps qu'une chambre d'enregistrement. Les plaintes des colons étaient très vives ; elles durèrent plus de vingt ans, malgré les satisfactions partielles et temporaires qui leur étaient accordées. En 1828, une pétition signée par 87,000 Canadiens fut adressée au roi. Huskisson était alors ministre des colonies; il fit renvoyer la pétition à un comité de la Chambre des communes, et voici quelles furent les résolutions de ce comité. « Il condamnait l'habitude prise de disposer de larges sommes levées sur le peuple canadien sans l'assen-

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timent de son Parlement ; il insistait pour qne la totalité du rerenii de la colonie fût mise à la disposition de TAssemblée coloniale, afin que les personnes ayant la confiance du peuple fussent choisie5 par la Couronne pour entrer dans le conseil législatif et exécutif, et il terminait enfin par la déclaration que les plaintes des colons étaient généralement fondées et méritaient qu'on y fit droit. » (Mongommery-Martin, British coltmieê, i. I.) Il y fut fait droit, en effet, mais non pas d'une manière suffisante pour prévenir l'insurrection de 1837-38. Cette révolte, du moins, ftit pour la métropole une leçon décisive ; depuis lors, l'administration devint plus régulière, plus constitutionnelle et plus progressive à la fois. Mais jusque-là il y avait eu des abus i&cheux et dont l'influence fut singulièrement funeste; la prospérité du Canada, l'inmiense développement de la population et de la culture ont fait perdre de vue les maux qui sont résultés des illégaUtés dont se plaignaient les colons : ces maux n'en étaient pas moins réels ; le recensement de l'Union américaine, en 1850, constatait que 147,711 individus, nés dans l'Amérique anglaise, s'étaient fixés dans différentes i)arties des États-Unis, émigration énorme pour une contrée jeune dont la population était loin de suffire à l'exploitation des sols fertiles. Le système politique suivi au Canada, pendant les trente premières années de ce siècle, fut défectueux et nuisible; il n'en est pas moins vrai que, comparé au régime antérieur ou au régime actuel des colonies des autres nations européennes, ce système était singulièrement libéral. Si la représentation populaire n'avait pas, dans les affaires générales, toute l'influence qu'elle eût dû avoir, s'il y eut un certain gaspillage dans les finances et dans la distribution des terres incultes, du moins les libertés municipales restèrent entières; les principales libertés politiques, la liberté de la presse, le droit de réunion, le droit de pétition furent intacts : voilà pourquoi, malgré le mécontentement persistant des colons pendant plus de 40 années, la colonie put prospérer, grandir, décupler le nombre de ses habitants ; mais combien le progrès n'eût-il pas été plus rapide encore si ces libertés civiles et administratives, si larges et si complètes dans la vie privée et dans la vie communale, eussent été couronnées par la gestion constitutionnelle des intérêts généraux de la colonie I

Le second point sur lequel nous devons porter notre attentiOD, c'est le mode d'appropriation des terres ; là aussi le régime anglocanadien présente de graves défauts et des inconvénients considérables, qui ont dû avoir pour effet de retarder les progrès de la culture et par conséquent de la population et de la richesse. On débuta par des concessions gratuites excessives faites sans condition et l'on se trouva, enj[^u d'années, avoir engagé la presque

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lotalité des terres fertiles à des personnages qui ne se souciaient ni de les défricher, ni de les vendre, ni même d'y faire des dépends préparatoires pour les mettre en valeur et qui se contentaient Tattendre la plus-value que le temps et les progrès des districts enùronnants devaient infailliblement amener. Nulle part on ne fût, à l'origine, aussi prodigue de concessions. Dans le Bas-Canada, selon . Roscher, un seul gouverneur accorda 1,425,000 acres (l'acre égale 0 hectare 40 ares) de terre à 60 personnes. Dans le Haut-Canada, en 1825, surl7 millions d'acres mesurés,étendue presque aussi grande que l'Irlande, 15 millions avaient été concédés, bien que la population ne fût que de 150,000 Ames et, dit Mérivale, il ne restait à ceite époque pour ainsi dire plus de terre fertile à la disposition du gouvernement. En effet, après la révolution d'Amérique, on avait distribué aux loyalistes américains 3 millions d'acres pour indemnité; les soldats delaimlice avaient obtenu 600,000 acres, et Ton avait accordé, en outre, 500,000 acres à des soldats allemands et à des marins congédiés après la guerre, à raison de 2,000 acres pour les colonels, 1,200 pour les capitaines, 800 pour les simples officiers et 80 pour les soldats. Ce gaspillage avait continué Jusque vers 1825 : tous ces personnages, si abondamment dotés, s'abstenaient pour la plupart de résider sur leurs terres. Toutes les colonies du nord de l'Angleterre avaient subi cette prodigalité ruineuse : à la Nouvelle-Ecosse, sur 6 millions d'acres de bonnes terres, 5,750,000 avaient été concédés gratuitement : l'Ile du.Prince Edouard, en 1767» avait été concédée, en un seul jour, à 60 personnes : au bout d'un certain temps toute la propriété s'y trouvait réunie entre les mains de quatre grands personnages. L'irritation causée parmi les colons et les immigrants par un aussi désastreux système était grande; nous en retrouvons les traces dans les plaintes et les pétitions qu'ils adressèrent avec persistance à la métropole pendant un quart de siècle. On futobligé de s'arrêter dans cette voie de largesses insensées : on y fut contraint non seulement par le mécontentement de la colonie, mais encore par le manque de terres disponibles ; de Texcès de libéralité l'on tomba dans l'excès de parcimonie. On hé* sita entre le système des concessions gratuites et celui des ventes et aussi, dans ce dernier système, entre la vente à prix fixe et la vente aux enchères et encore, dans le cas de vente à prix fixe, entre la vente à bas prix et la vente à haut prix. Nulle part, si ce n'est en Algérie, la législation sur les terres incultes ne ftjt aussi ilottante, aussi pleine d'indécisions et de contradictions qu'au Canada pendant quarante années, jusqu'à l'époque où les théories de Wakefleld vinrent k occuper spécialement le public anglais et à mettre en pleine lumière la nécessité d'un bon mode de distribu-. tioQ des terres. On pratiqua, à la fois, le système de la conoessioa.

et celui de la vente : les concessions gratuites étaient naturellement conditionnelles et provisoires : le concessionnaire devait prendre possession dans le délai d'un mois, il devait mettre en culture au moins douze acres de terre en quatre ans, il était tenu enfin à se bâtir une maison de 20 pieds sur 18 ; toutes ces conditions étaient souvent violées ; on ne pouvait les faire exécuter sans grands frais d'administration et de surveillance et sans vexations pour les colons ; la difficulté était d'autant plus grande qu'on se refusa toujours à admettre le régime des impositions locales pesant sur toutes les propriétés privées, cultivées ou non, régime bienfaisant, en vigueur, aux États-Unis et qui paraît être le seul moyen efficace de hâter la culture et en même temps les travaux d'utilité locale.

La vente des terres domaniales eut lieu Jusque vers 1850 à des prix très élevés, 10, 15 et Jusqu'à 20 shellings l'acre. Aussi les plaintes étaient-elles très grandes. Ce mauvais régime d'appropriation des terres, avec le mécontentement politique, fut la principale cause de cette émigration considérable du Canada pour les États-Unis, que nous avons notée plus haut. Si 150,000 colons, nés dans la Nouvelle-Bretagne, avaient été chercher un asile dans les États de TUnion, les causes en étaient, d'après le rapport de M. Ghauveau en 1849 et de M. Dufresne en 1857 : « le haut prix des terres domaniales, les vastes concessions de terre faites aux seigneurs, aux compagnies, ou à des individus qui s'abstenaient .de les cultiver et ne voulaient pas les vendre ; l'apathie ou l'inconduite dans quelques localités des agents du domaine public jointes aux conditions trop lourdes imposées aux colons ; le droit d'exploitation des bois séparé du droit d'exploitation du sol ; enfin l'insuffisance d'organisation colonisatrice ». C'est ainsi que s'exprimaient les comités d'enquête pour rechercher les causes de l'émigration canadienne aux États-Unis. Il n'y avait pas de doute possible, la propriété n'était pas assez accessible à tous, elle n'était pas entourée d'assez de garanties. Le gouvernementanglais reconnut le mal et fit de grands efforts pour y remédier. Les prix excessifs des terres domaniales furent sensiblement réduits : elles furent mises en vente à des prix qui variaient selon les localités d'un shelling à 5 shellings currency par acre, soit de 10 deniers à 4 shellings sterlings. Au Nouveau-Brunswick les ventes domaniales furent faites sur le pied de 3 shellings l'acre, payables un quart comptant et le reste en trois années avec un escompte de 20 p. 100 pour le paiement immédiat : on alla plus loin et l'on admit « V achat par acte de travail », c'est-à-dire par prestation personnelle pour la confection des chemins. Comme les concessions primitives avaient singulièrement réduit, ainsi que nous l'avons vu, l'étendue

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du domaîrïe, on augmenta le territoire de la colonisation du côté de Touest en expropriant la Compagnie de la baie d'Hudson d'une partie des vastes régions qu'elle occupait. Le Canada eut ainsi son Far West. On eut recours encore à un autre moyen plus radical pour augmenter la quantité des terres disponibles. « C'était la coutume au Canada, depuis l'acte constitutionnel de 1791, de réserver des terres pour la couronne et le clergé ; ordinairement, dit Merivale, un septième de chaque lot allait à la couronne et un autre septième au clergé : c'était un arrangement mauvais qui interposait de grandes étendues de terrain ordinairement incultes entre les terres occupées. » On abandonna les terres de la couronne, on accorda au clergé l'autorisation de vendre les siennes et il finit par en user largement, n'étant pas apte à cultiver par lui-même. C'est ainsi que se reconstitua peu à peu le domaine et que l'on put disposer d'une vaste étendue de sol.

La culture des terres est subordonnée à un vaste système de travaux publics, et vouloir le progrès du défrichement sans s'occuper du développement des routes et des chemins, c'est une chimère impraticable. Aussi pour remédier au mal que l'enquête sur rémigration avait signalé, le gouvernement fit de grandes dépenses pour les chemins de colonisation : mais il ne prit pas, selon nous, le bon parti. Le seul moyen d'arriver dans une colonie aune bonne viabilité, c'est, nous l'avons déjà indiqué, de soumettre les propriétés privées, soit cultivées, soit incultes, à des taxes locales modérées : c'est le système suivi aux États-Unis qui s'en trouvent admirablement bien : cette taxe foncière, instituée dans un intérêt communal ou cantonal, est infiniment plus utile au colon qu'elle ne lui est lourde. Cela est si vrai, que, d'après un homme expert, lord Sydenham, la terre qui coûtait, aux États-Unis, 6 shellings 3 deniers était en réalité plus avantageuse au cultivateur que la terre du Canada qui ne lui coûtait que 6 shellings. et cependant au Canada la terre est franche de droits et aux États-Unis elle est grevée de taxes locales : mais, en revanche, le Canada manquait de routes, tandis que les taxes locales des États-Unis suffisaient, sans aucune subvention, adonner aux nouveaux districts une excellente viabilité. Il en résultait qu'un grand nombre de Canadiens et d'émigrants anglais aimaient mieux acheter des terres dans l'Union, quoiqu'elles fussent un peu plus chères. C'est donc par un entêtement déplorable que les Canadiens repoussaient ces taxes foncières locales, qui ont le double mérite d'assurer une bonne viabilité et de contraindre les grands propriétaires au défrichement- de leurs domaines.

Avec ces vices nombreux que nous venons d'indiquer dans le système politique d'abord, dans le mode d'appropriation des terres

ensuite, on peut se demander d'où vient cette prospérité rapide du Canada et comment elle se concilié avec une administration sur beaucoup de points -si hautement défectueuse. Nous avons déjà répondu eu partie : c'est qu'il y avait, en dépit de ces erreurs, des garanties considérables pour le colon, entre autres une complète liberté municipale; c'est que, en outre, dans la pratique, les fautes de l'administration trouvaient beaucoup de palliatifs. Le territoire de la colonisation était illimité et le colon avait ses allures libres; le nouveau venu finissait toujours, quand il arrivait avec quelques épargnes, par se procurer de la terre qu'il achetait, un peu cher il est vrai, à des particuliers ou à des compagnies. Cette élévation relative du prix des terres n'était pas un obstacle complètement prohibitif à la culture; c'était, pour nous servir d'une expression d'Adam Smith, comme un poids mort qui pesait sur ses progrès, sans pouvoir cependant l'arrêter. Les compagnies foncières, dont les Canadiens se plaignaient avec raison dans un certain sens, leur rendaient cependant, d'un autre côté, des services notables, en faisant les premières dépenses d'arpentage, d'allotissement, quelquefois même de défrichement et de viabilité. Au Canada, des compagnies territoriales vendaient de bonnes terres pour un prix de 30 shellings l'acre ; et la compagnie fondère du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse cédait des terrains de 100 à 300 acres pour un prix de 5 shellings currenci/ par acre. Quoique ce fftt là un taux assez élevé, ce n'était pas exorbitant, surtout quand les terres mises en vente avaient déjà reçu une certaine préparation. Le principal inconvénient de ces compagnies, c'est que le prix qu'on leur payait n'entrait pas dans les caisses de la couronne ou de la colonie, ce qui serait arrivé si la colonie ou la couronne avaient fait elles-mêmes les aliénations; il constituait, au contraire, des dividendes qui, le plus souvent, allaient en Angleterre rétribuer les porteurs d'actions et étaient ainsi perdus pour la colonie.

Avec une telle organisation, le prix relativement élevé des terres, Tabsence presque complète de toute industrie, le Canada ne promettait l'aisance qu'aux émigrants provenant des classes moyennes de la métropole et qui avaient à leur disposition quelques épargnes. Aussi ce fut pendant quarante années, et c'est encore, qnoique dans une moindre mesure, la colonie où se portent de préférence les paysans aisés de l'Angleterre, qui sont épris de la possession du sol et qui ne peuvent espérer d*arriver à la propriété dans la mère-patrie. Les hommes, ayant un petit pécule, l'habitude du travail des champS; du courage et de la persévérance, sont assurés de réussir dans les établissements de l'Anglctetre au nord de l'Amérique : ils n'y arriveront généralementpasà

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l'opulence, mais ils parviendront, en peu d'années, à une existence relativement large et fortunée* Le Canada est donc une colonie de petits propriétaires. Lord Sydenham Ta admirablement définie en ces termes : « No loUery wùh a few exorbtlant prizes and a large number of blanks^ but a iecure and a certain inve$tment in wMch a prudent and reasonable mon may tafély embark : cette colonie ne s'ofib^ pas à rimmigrant comme une loterie avec quelques prix exorbitants et un grand nombre de billets nuls, elle se présente comme un placement sûr et certain que tout homme prudent et raisonnable peut aborder 'sans crainte. » Encore est-il que pour y réussir, il faut y apporter les qualités et les ressources que possède la petite classe moyenne ; des prolétaires, des déclassés n'y ont aucune chance d'avenir : aussi le gouvernement anglais dut-il, à diverses reprises, dénoncer à la Diète germanique les abus qu'entraînait l'envoi de misérables émigrants sans aucune ressource, qui se traînaient affaméS dans les rues de Québec.

Le gouvernement anglais lui-même et les commissaires de l'émigration apportèrent un grand soin à fournir cette colonie d'émigrants d'élite. À la paix de 1815, le gouvernement y dirigea un contingent nombreux d'anciens officiers et soldats auxquels on accorda des terres sur la limite des deux Canada; dans le même temps on y transportait gratuitement 700 cultivateurs écossais, qui fondèrent le bel établissement de Pert dans le dirtrict de York-Town; an 1818, venait une nouvelle immigration écossaise oui fondait le district de Beckwith; deux ans après, 1,000 autres Ecossais s'embarquaient à Glascow et se fixaient à Lanark et à Dalhousie où 1,800 autres de leurs compatriotes venaient bientôt les rejoindre. On voit combien cette imigration était appropriée à la colonie : c'étaient de robustes cultivateurs, qui quittaient des régions froides, d'une culture rude et laborieuse ; pour la plupart ils avaient quelques épargnes et se trouvaient aiiasi dans les conditions les plus favorables pour réussir. Depuis lors, l'immigration se développa, mais l'on s'est beaucoup abusé sur ses proportions et sa portée : elle fut toujours en réalité beaucoup moins nomr breuse qu'en apparence : les tableaux de statistique ont trompé sur ce point les observateurs superficiels.

Voici, pendant cptte période, les fluctuations de l'immigration totale au Canada: nous ne prenons que les chiUres quinquennaux :

Total qulaqueDDal.

Moyenne annuelle

Une faudrait pas croire que la totalité de ces émigrants fût destinée au Canada; llmmense mfi\|orité ne faisait que le traverser pour se rendre dans TUnion américaine; c*est à ]^eine sMl en restait un tiers dans la colonie; sur les 20,240 émigrants, arrivés par voie de mer, en 1859, 13,040 allaient aux États-Unis, pro- Qtant du prix de passage moins élevé; 6,300 personnes seulement se fixèrent au Canada, soit moins du tiers. Ce n*est donc pas Timmigration qui peut rendre compte des progrès extraordinaires de la colonie en population : si elle s'est si rapidement accrue, c*est en très grande partie par ses propres ressources ; c'est gr&ce à cette aisance générale, à Tabondance des terres en dépit de la mauvaise gestion du domaine; c'est grâce à ces mœurs simples et laborieuses que Ton trouve toujours parmi les petits propriétaires, gr&ce aussi à cette fécondité naturelle des familles agricole5 dans un pays neuf et de culture extensive, où le grand nombre d'enfants est, à la lettre, un subside et une richesse. Aussi voyonsnous que le Bas -Canada, qui ne fut presque pas alimenté par l'immigration, fit en population des progrès très considérables, quoique moins rapides que ceux du Haut-Canada.

Depuis 1870 et surtout 1875, le perfectionnement des voies de transport maritimes, la baisse des frets ouvrirent sur les marchés de l'Europe d'immenses débouchés aux produits agricoles de l'Amérique, particulièrement aux céréales. En même temps une crise agricole sévissait en Europe. Il est résulté de ces circonstances un redoublement de l'immigration européenne au Canada, particulièrement dans le Far- TF(?«^canadien,connu sous le nom de Manitoba, lequel est très propre à la production des grains et paraît une des contrées de l'Amérique les plus naturellement fertiles.

L'administration évalue à 50,939 en 1881-82 et à 72,281 en 1882- 83, à 79, 169 en 1885 le nombre des immigrants qui sont restés au Canada, déduction faite de ceux qui n'ont fait qu'y débarquer ou y passer pour se rendre aux États-Unis.

Sous l'influence de cette immigration et de la très forte natalité,

(1) Jules DtiTal, Histoire d€ témigratiim, p. 283. Il est tr&s regrettable qae V Annuaire publié tous les ans sous le nom de Colonial Statitliealabêiract ne conUenne pas les chiffres de rimmigration. C*est cependant un des renseignements les plus intéressants quand il s'agit d'une colonie.

Faugmentation de la population canadienne est très rapide, comme le montre le tableau suivant :

PopuldUon.

Bat- Canada.

HaufCanada.

Total.

Il »

Après le régime politique et le mode d'appropriation des terres, la grande question pour une colonie, c'est le régime commercial. Pour une colonie tout agricole comme le Canada» c'est là un point de moindre importance. 11 ne pouvait être question dans la Non-velle-Bretagne de fonder des manufactures, et personne n'y pensa; on eût pu se heurter dans Torigine contre les règlements rigou^ reux et injustes de la métropole, qui interdisaient aux colons la pratique de Tindustrie ; mais la nature des choses rendait ces règlements superflus. Quant à Fimportation des marchandises an-' glaises, elle était flranchede droits; mais cette importation était: limitée par le peu de produits d'exportation que fournissait alors le Canada ; on n'importe qu'à la condition d'exporter, on ne peut ' se procurer des marchandises étrangères qu'en ofbrant un équivalent en échange. Or, le Canada n'a que des produits agricoles,; des céréales et du bois. La législation anglaise s'appliqua surtout,) après la séparation des treize provinces unies, à favoriser l'ex-

0) Les statisUques depuis 1871 ne dtstingnent plus le Haut et le Bas-Caaada ;} le chiffre de 2 millions 812,000 âmes est donné en bloc pour les provinces d'Ontario et de Québec. L*ensemble de la population du Dominion of Canada^ corn-prenant le Nouyeau-Brunswieic. la Nouvelle-Ecosse, le Manitona, etc., était de, 3,^32,000 âmes en I871.]^e Colonial StatUticalAMrael pour 1888 fixe à 5,139,618 âmes la population de TAmérique anglaise du Nord ainsi répartie : 3*633,822 pour \e9. provmces d'Ontario et de Québec. 132,624 pour le Manitoba, qui fait vraiment partie du Canada, 845,^92 pour le Nouveau-Érunswick, 483,1^17 pour la Nouvelle- Kcoise, 120,176 pour nie du Prince-Edouard, 131,366 pour la Colombie britanni-

Îae et l'île de Vancouver, 100,000 pour )e North^West Territoru et 193,121 poui^ erre-NeuTe, L'augoDentation la plus forte est d'abord pour le Manitoba qui, n'ayant que 12 2;e8 nabitants en 1871 et 65,954 en 1881, a plus que décuplé en n aQ8,del87] à 1^8 1 et a presque doublé de 1881 & 1888 où ii comptait 132.000 âmes. La Colombie britannique et l'île de Vancouver ont aussi beaucoup gagné en population, ayant 83,586 Âmes en 1871, 49,459 en 1881 et 131,366 en 1888. Tous ces territo.ircs sont maintenant reliés ensemble par le chemin de fer Canadian Tranêj contvMntal Pacific. {Note de la 4« édtlion.)

598 DE U COLOlflSATIOU AU XIZ* SIÈCUL

portation de ces produits canadiens. On a déjà vu que les Indes occidentales furent obligées après Fémancipation des États-Unis d'attendre toutes leurs subsistances des provinces canadiennes : ce fut là un grand préjudice pour les Indes occidentales et ce ne fut pas un avantage équivalent pour le Canada. En effet, ce que consomment principalement les Antilles, ce n*est pas du blé» que la Nouvelle-Bretagne fournit en abondance, c'est du riz ou du mais pour les nègres : or, ce mais et ce riz, même après l'interdiction de s'approvisionner aux États-Unis, venaient toujours de la Pensylvanie et des États voisins de l'Union,- seulement, au lieu d'être expédiés directement vers les Indes occidentales, on les envoyait au Nord à Montréal, d'où on les dirigeait sur les lies. Ainsi ces règlements que la métropole croyait excessivement utiles à ses colonies du nord de l'Amérique ne leur procuraient aucun avantage sensible : ils ne faisaient que restreindre et rencbérirla consommation des subsistances aux Antilles sans développer la culture au Canada ; c'était un inconvénient considérable pour les planteurs des lies sans avantage équivalent pour les propriétaires de la Nouvelle-Bretagne. Aussi l'on dut renoncer à ce système défectueux, et le Canada ne souffrit en aucune façon de l'autorisation qui fut accordée aux Indes occidentales de s'approvisionner aux États-Unis.

Le principal produit d'exportation de la Nouvelle-Bretagne était alors le bois de construction : l'Angleterre, voulant développer cette industrie coloniale, la protégea par des droits différentiels très élevés qui imposèrent de grands sacrifices à la métropole. U ne paraît pas cependant qu'à l'origine ce fût seulement par intérêt pour la colonie qu'on adopta les droits différentiels au profit des bois de construction du Canada contre les bois de construction étrangers. D'après Mérivale, ces droits différentiels auraient été dus à des règlements commerciaux très modernes, adoptés en 1808, dans un temps où l'Angleterre était en querelle avec les nations de la Baltique ; la cause première de ces taril^ eût donc été une pensée de Jalousie et une boutade de mauvaise humeur : mais l'esprit protectionniste survint bientôt pour s'emparer de cette législation nouvelle et la défendre comme un droit acquis. En 1821 on abaissa légèrement la disproportion qui existait entre la taxe sur les bois du Canada et la taxe sur les bois de la Baltique, mais on la maintint assez élevée pour contrebalancer,disait-on, la différence de prix provenant de la différence du fret par suite de rin^;alité des distances. Il ne parait pas que le Canada ait tiré grand profit de ces droits différentiels qui grevaient considérablement les constructeurs anglais. Mac Culloch a &it observer que e'Atait un cas fréquent et que Ton peut regarder comme usuel de

LA G0MRI8ATI0N ANÇLAISE. — LB CANADA. 599

voir des navires se charger dans la Baltique et porter leurs cargaisons au Canada pour les rapporter ensuite en Angleterre en ne payant que le droit colonial. Telle était la supériorité naturelle des bois de Norwège sur les bois du Nord-Amérique. Ainsi ces tarifs qui devaient être si utiles aux colons du Canada n'avaient dans la pratique pour résultat habituel que d'imposer un grand circuit aux bois de la Baltique et d'enchérir d'une manière générale en. Angleterre les bois de construction. Ces règlements que l'on croyait protecteurs étaient même, dans un certain sens, nuisibles aux colonies, car, même le droit sur les bois de construction coloniaux, quoique inférieur à celui qui portait sur les bois de construction étrangers, était néanmoins très élevé, ce qui avait des inconvénients graves pour les colons. <c Le prix du bois au Canada est une bagatelle, dit un auteur compétent, mais de hauts droits l'augmentent tellement en Angleterre qu'il est cinq fois plus cher qu'au lieu de production, d'où une fluctuation de 20 p. 100 dans le prix en Angleterre équivaut à une perte totale pour le Canadien : d*où le moindre resserrement dans notre marché est complète-: ment ruineux pour le colon. » (Murray's Brùùh America^ v. II, p. 31.; Suivant un autre calcul, fait en 1839 à la Chambre des Cîommunes, une fluctuation de 5 p. 100 en Angleterre entraînait une baisse de ^ p. 100 au Canada. Si l'Angleterre avait voulu favoriser l'exportation des bois de construction du Canada, il eût été plus expédient d'abaisser considérablement les droits d'une manière générale, môme en ayant recours à un tarif unique, que de maintenir des tarifs différentiels avec des droits élevés. U n'en fallut pas moins des luttes longues et vives pour triompher de cette législation surannée ; nous avons déjà esquissé, dans le chapitre des colonies à sucre, l'histoire de la réforme commerciale en. Angleterre : nous n'y reviendrons pas. Quand on supprima les droits différentiels sur les bois de construction, le Canada n'en souffrit guère : l'exportation de ces bois, ainsi que Mérivale l'a très bien prouvé, n'avait pas l'importance qu'on lui attribuait. On s'imaginait généralement, et Smith donne dans cette erreur, que l'abattage des bois de construction favorisait beaucoup le défrichement, mais il n'en était rien ; on ne choisissait, en effet, que les beaux arbres de distance en distance et l'on encombrait plutôt le sol de leurs débris qu'on ne le débarrassait : le défrichement n'en recevait aucune impulsion. Le vrai marché du Canada, pour les bois, ce n'est pas l'Angleterre placée si loin, c'est l'Amérique dont les forôts, du moins dans les Etats du Nord, sont à peu près épuisées : et, d'une manière générale, c'est moins le commerce de l'Angleterre qu'il importe d'assurer au Canada, que le commerce de l'Amérique qu'il est nécessaire de lui ouvrir. La complète ré-

600' DE LA GOLOTflSATION AU XIX* 81ÊCLK.

forme commerciale que nous avons racontée plus haut, l'aboUtioD de Tacte de navigation» le droit, désormais reconnu aux colonies, de fixer elles-mêmes sans la surveillance de la métropole leurs tarifs de douanes, toute cette oi^anisation nouvelle va permettre à la Nouvelle-Bretagne, arrivée actuellement à un haut degré de culture, de pratiquer aussi l'industrie, qui est indispensable au développement régulier d'une société adulte. Depuis vingt ans de grandes maisons commerciales se sont fondées à Ottawa, à Québec, à Montréal, à Halifax : une nouvelle impulsion est donnée à la colonie, plus libre, plus tranquille et par conséquent plus prospère que jamais; on peut compter sur un accroissement rapide et ininterrompu de population et de richesse.

Ainsi, pour le passé, le système commercial auquel fut soumise la Nouvelle-Bretagne, quoique émanant des principes du vieux système mercantile, n'avait rien dans la pratique de bien oppressif: au contraire, il instituait des faveurs considérables au profit des colons, faveurs, nous l'avons montré, plutôt imaginaires que réelles, et qui ne produisirent pas les résultats qu'on croyait pouvoir en espérer. Dans le présent, la liberté commerciale la plus complète est établie par la métropole et il ne dépend que de la colonie, mattresse de ses règlements douaniers, de la maintenir pour l'avenir. C'est ainsi que la situation de la Nouvelle-Bretagne s'est dégagée peu à peu de ses embarras momentanés. Le mode d'appropriation des terres, qui avait excité tant de plaintes, est devenu, sinon aussi parfait qu'aux États-Unis et en Australie, du moins bien préférable à ce qu'il avait été pendant le premier tiers de ce siècle, et à ce qu'il est encore dans toutes les colonies européennes non anglaises. Quant au régime politique, qui avait causé tant de murmures, de pétitions, de départs et d'émigrations, qui avait même produit une révolution, il est devenu un modèle de libéralisme, et on peut dire que la métropole a presque abdiqué ses pouvoirs, ne conservant qu'une direction honoraire. Toutes les institutions, si vieilles et si respectables qu'elles fussent, qui pouvaient entraver les progrès de la colonie, ont été abolies avec le consentement du gouvernement de la métropole. Lord John Russell pouvait rappeler, il y a une quinzaine d'années, à la Chambre des Lords, dans la discussion du bill sur l'église d'Irlande, que l'église établie ou officielle avait été supprimée au Can&da. Tout ce qui peut favoriser le développement a été généreusement accordé, alors même que des susceptibilités légitimes et des craintes naturelles pouvaient être éveillées: c'est ainsi qu'une loi du 29 mars 1867 (30 'Victoria, ch, 3) a approuvé l'Union entre les deux Canadas, la Nouvelle-Ecosse, le Nouveau- Brunswick en un état colonial appelé Domtnton, ayant un vice-roi et un parlement autonome. Ainsi se trouvent réparées toutes les

LA GOLONtSAtlON ANGLAISE. — LE CANADA. 601

Fautes, car il y en eut, et Ténfant qui put fournir une A merveilleuse croissance, malgré les erreurs de direction qui entravèrent son développement, que ne peut*on attendre de lui, aujourd'hui' qu*il est adulte et que tout se réunit pour faciliter sa tâclie et favoriser ses progrès?

Yoici les chiffres pour lesquels les colonies de TAmérique du Nord (Dominion of Canada et Terre-Neuve) figuraient dans les étals de douane anglais à l'importation et à l'exportation lors de la formation du Dominion of Canada^ et un certain nombre d'années plus tard.

Importations en Angleterre de provenance cohmale :

Colonies dn Nord-Am«rique. 171.73S.5S5 fr. S51 .000.000 fr. 214.000.COO fr.

ExportaUone de {Angleterre à destination des colonies :

ColoDie8daNord-Am6riqae(i). 170.751.000 fr. 207.000,000 fr. 220.000.000 fr. ,

On voit que ce sont là des chiffres considérables, et surtout pour une colonie agricole : c'est, en effet, un commerce trois ou quatre fois plus étendu que celui des Indes occidentales anglaises, où, cependant, toute la production est dirigée en vue de l'exportation. Quant au commerce total des colonies anglaises de l'Amérique du Nord, il s'élevait en 1888 à 609 millions de fi:ancs à l'importation dans ces colonies (dont 570 millions pour le Canada et 39 millions et demi pour Terre-Neuve), et à 498 millions à l'exportation de ces colonies dont 463 millions pour le Dominion of Canada et 35 millions pour Terre-Neuve), soit, en tout, 1,107 millions de francs : le commerce avec la métropole représente ainsi environ 40 pour 100 du commerce total.

Dans ces colonies anglaises du Nord-Âmérique rentrent encore différentes possessions dont il est bon de dire quelques mots. Ce sont d'abot'd les immenses espaces qui se développent à Test et au nord des deux Canadas, et qui étaient connus jadis sous le nom de territoire de la compagnie de la baie d'Hudson. Le climat y esft excessivement ftpré et rude, le sol est encore couvert de forêts épaisses : Ton ne trouvait naguère que sur quelques points favo-.

(1> Dana les dHffres de 1888, Terre-Neuve entre pour 8,400,000 francs à rimportatioQ en Angleterre et pour environ 17 millions de francs à rexuortaiion de TAugleterre yipralea colons du Nord-Amérique. Tout le reste représente la part du Canada. . . ii: . »

60t . M LA QOLOlVISATlOn AU X1X« SIÈCLK .

risés des lentatiTes de défrichement. Vers Tannée ISTO.Ton a commencé à distraire quelques-uns des districts les plus rapprochés du Haut-Canada pour en mettre les terres en vente, mais on pouvait alors considérer comme probable que pendant longtemps encore, si ce n'est même toujours» la plus grande partie de cette Amérique septentrionale resterait h Tétat de forêt et ne pourrait être utilisée que pour la chasse et la récolte de? pelleteries. Ukonorable Compagnie de la h^ie dHudMfm avait un privilège qui datait de lo^n et qui, parmi les économistes même les plus rigides, n'avait guère trouvé de détracteur. Il paraît que des circonstances spéciales ont justifié rétablissement du privilège et expliqué son renouvellement. La compagnie de la baie d'Hudson en imposait beaucoup plus que des particuliers à ces légions de sauvages, traitait srvec eux à des conditions plus avantageuses, maintenait des relations plus Mnicales, en même femps protégeait avec plus de facilité ces indigènes contre le trafic toi^^ours équivoque des aventuriers européens, contre l'importation excessive des liqueurs fortes, contre les abus et les injustices qui pouvaient exciter des haines dangereuses. Enfin, on pensait que l'abolition du monopole de la compagnie imposerait à la couronne ou à la colonie des frais de surveillance et de justices considérables. Cette puissante corporation occupait £00 forts que gardaient environ 12,000 aventuriers de race blanche, dont l'immense majorité était d'origine française; ils trafiquaient avec les sauvages, dont le nombre dépassait 300,000. Il arriva sur quelques points que ces stations de chasseurs et de traitants devinrent des petits centres de culture : c'est ainsi qu^à la rivière Bouge, au-del& des grands lacs, a surgi une colonisation agricole et commerciale, qui s'étendait sur un vaste territoire où Ton comptait, vers Tannée 1870, environ 8,000 blancs (1).

L'expérience montra bientôt que ces régions, en apparence si désolées et longtemps si dédaignées, étaient douées d'une admirable fécondité. C'est dans ces plaines ^i septentrionales que Ton produit surtout ces abondantes moissons de blé qui se déversent depuis quelque temps sur TEurope. Un nom de contrée, jusque-là inconnue, a bientôt acquis une universelle célébrité, c'est le nom de Manitoba. L'immense territoire qui porle ce nom, et qui en 1870 n'avait encore que 12,000 habitants, en possédait 05,954 en 1881, puis 132,624 en 1888, et dans quarante ou cinquante ans il égalera, peut-être même dépassera ed richesse le Haut et

(1) La rtTolte des Indiens, et Dotammeiil des métis dV>i1ginft française sous les ordres de Riel, en 1885, témoigne que dans ces derniers temps le goareraement britannique n'a pas montré à l*égard de ces populations dn Far Wesl canadien toute la prudence et toute l'iiumanité nécessaires.

\ Bas-Canada (1). Plus, encore que les États-Unis TÂmérique britnnique est destinée à être un des greniers du inonde. Il y a cinquante ans, un économiste perspicace, Mérivale, indilait, pour un prochain avenir, la colonisation du territoire situé ir la rivière Colombie et sur le bor^ du Pacifique : le climaty est . ipérieur à celui de la côte orientale sous le même parallèle et 'admirables forêts y abritent le sol. Les prédictions de Mérivale sont justifiées, bien que leur réalisation soit due à un fait que b savant économiste d'Oxfor^ ne pouvait prévoir, à la découverte le mines d'or dans ces parafes. C'est en 1858 que Fannonce de Texistence de gttes aurifères sur les bords du Frazer, à Touest lu Canada, attira en quelques semaines plus de 30,000 aven^ luriers dans ce désert. La plupart y subirent toutes les douleurs 3e la misère, de la faim et de la maladie ; il n'en résulta pas moins un centre distinct de colonisation qui, sous le nom de Colombie britannique, fut détaché du territoire de la baie dHudson. Le gouvernement anglais entoura le berceau de cet établissement des institutions les plus libérales; il renvoya, il est vrai, l'octroi d'une législature à une époque où la colonie serait plus adulte et mieux assise ; on ne saurait l'en bl&mer ; mais les institutions municipales furent aussi larges que possible ; naturellement, le plus grand nombre des premiers colons étaient des mineurs, les femmes manquaient ; il se forma à Londres une société pour faciliter Témigration de femmes industrieuses pour la Colombie. Ainsi, les forêts du Nord-d'Âmérique, malgré l'àpreté du climat, sont entamées par la colonisation, d'un côté par les habitants de la Colombie et, de l'autre, par les défricheurs delà rivière Rouge. Dans un avenir, qui n'est peut-être pas éloigné, les uns et les autres finiront par se rej oindre : le Canada a son Far-Wes t, et il s'étend, comme les États-Unis, d'une mer à l'autre. Comme les États-Unis aussi il vient de construire sa grande ligne ferrée, le Canadian Transeanr tinental Pacific qui Joint les deux Océans.

La grande île de Terre Neuve se rattache aussi à ce groupe des possessions anglaises : la fiorissanteindustrie des pêcheries a donné un développement considérable à cette terre ingrate. On y compte 193,000 habitants, et une immigration continue y apporte chaque année quelques centaines de recrues. Située à' sept ou huit jours des côtes d'Irlande, elle est précieuse aux pêcheurs britanniques. EIn face de Terre-Keuve est le Labrador, terré désolée, d'un climat excessivement ftpre; les émigrants, cependant, commencent à s'y porter, non pas des émigrants européens, mais des émigrants de l'Acadie; il s'établit dans cette rude nature un centre de coloni-

(1) Sa 1888,168 dktriots voisins dénommée le North WeH Têrritory oompttient 100,COO habitants et la Colombie britannique areo nie de Vancouver, 131,363.

sation et de commerce ; c*est ainsi que nos vigoureuses races européennes prennent possession, par le travail, de ces froides ré* gions, â*où tout semblait devoir les éloigner. Elles prouvent chaque jour, parleurs actes» qu'il n'est pas de nature si sauvage que ne puisse dompter Ténergie de Thomme civilisé, et qu'il ne se rencontre pas de côte si inculte et si désolée qui ne présente au pionnier des ressources cachées, mais abondantes.

Nous empruntons aux publications officielles de 1869 et de 18S8 quelques détails statistiques sur les colonies anglaises du Nord- Âmérique (1). Le Dominion of Canada, constitué le 1*^ Juillet 1867, ne comprenait d'abord que les provinces d'Ontario et Québec, de Nouveau -Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse. En Juillet 1870, on y annexa le Manitoba et le North-West-Territory. En Juillet 1871, ou y joignit encore la Colombie britannique et Ttle de Vancouver, et enfin, en 1873, l'Ile du Prince Edouard. Le Dominion, tel qu*il a été formé par ces annexions successives, a une étendue de 3,406,442 milles carrés (2) une vingtaine de fois la superficie de la France. Cette étendue est de 387,955 milles pour la province d'Ontario et Québec ; 27,322 milles carrés pour le Nouveau-Brunswick ; 21,731 pour la Nouvelle -Ecosse ; 73,720 pour le Manitoba; l'île du Prince Edouard comprend 2,133 milles; la Colombie britannique et l'île de Vancouver réunies 390,344; le North-West-Territory, en grande partie inhabitable, il est vrai, n'a pas moins de 2 millions 553,000 milles carrés. La population de tout cet ensemble était de 3,171,418 habitants en 1861, et de 3,676,096 en 1871. En 1881, elle monte à 4,325,000 &mes et environ à 4,946,000 en 1888. L'île de Terre-Neuve, qui n'est pas comprise dans ces chiffres, y ajouterait 193,006, habitants. En dix-sept ans, la population de l'Amérique britannique du Nord, s'est accrue de près de 40 p. 100.

Au 31 décembre 1867, le Dominion of Canada comptait 2,477 milles de chemins de fer ayant coâté près de 155 millions de dollars à établir, transportant 2,849,000 voyageurs et 2,430,000 tonnes de marchandises, faisant enfin une recette brute de 11,845,377 dollars, et une recette nette de 3,600,000 dollars. En 1888, l'étendue des voies ferrées dans le Dominion était de 12,163 milles, soit 19.600 kilomètres environ, plus de la moitié de l'étendue du réseau français & la même époque. La valeur totale des importations en 1870 était de 15,102,408 livres sterling. La valeur des exportations

(1) Voir les StatUiieoL Tahiti fêlaêing to thê Colonial and olher Potêessionsof the United Kingdom, publiées en 1869, et le StatUlical Abstract for tke eolwial and other possesHons in each year from 1874 */o 1888, publié en 1889..

(2) Ces chiffres et les suivants présentent certaines différences avec ceux des précédentes éditions de cet ouvrage; lacftuee en est que les. derniers documents anglais ne donnent pas pour toutes cea contrées, en partie mal connues, lei mêmes superficies que les documents antérieuri. {Note de la 4« éduUm.)

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