‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 5)Chapitre 97 sur 131 · DE L*ÉNIGRATION DES CAPITAUX · texte numérisé non relu

DE L*ÉNIGRATION DES CAPITAUX

lation. II en est des fortunes comme des capacités physiques m intellectuelles : ceux qui sont dans une condition môme nédiocre n'ont en général aucun penchant & Témigration, du Doins à rémigration sans espoir de retour : ce sont ceux qui e trouvent dans une situation évidemment mauvaise qui sont sortes à s'expatrier; les exceptions, qui existent sans aucun doute, le valent pas la peine d*ôtre signalées. Les rapports officiels du gouvernement prussien établissent que les émigrants emportaient, m moyenne, par tète :

195 thalers. 201 tbalen. 210 thalere.

Mais Ton n'avait compté, nous dit Roscher, que ceux qui avaient léclaré posséder quelque argent. Avec la même restriction le conité d'émigration de Francfort calculait 374 florins par tète ; en îavière, de 1835 & 1844, les émigrants emportaient avec eux en noyenne 293 florins; de 1844 à 1851, 424 florins; dans les années suivantes, il paraît que la moyenne a baissé. C'est donc entre 700 Il 900 francs par tète que flotte le pécule des émigrants. Assurénent, il n'y a rien là d'alarmant. En calculant au plus bas chiffre [a richesse nationale de TAllemagne, 11 est impossible de ne pas admettre qu'elle donnerait, répartie également, une quote-part le 3,000 francs environ par tète. Il s'en faut donc que la proportion le la population au capital existant devienne, par TexpatriatioL les pécules d'éraigrants, plus désavantageuse. Il faut d*ailleurs tenir compte de cette circonstance, que la majeure partie de ces pécules a été amassée pfennig par pfennig en vue de Témigration, c'est-à-dire que la pensée de l'émigration a été leur cause première et leur raison d'existence, si bien que sans elle tous ces petits capitaux n'auraient sans doute pas été créés, pour la majorité du moins. Enfin il faut se rappeler que cette expatriation annuelle des pécules d'émigrants ne constitue qu'une faible partie de l'augmentation annuelle du capital national par la voie de l'épargne. Nous ne savons au juste ce qu'est en moyenne l'épargne allemande, mais des calculs dignes de foi estiment à 1,500 millions au moins par an, peut-être même à deux milliards, Tépargne française. 11 est probable, vu la grande étendue et la plus grande population de l'Allemagne, que l'épargne y doit bien être de douze à quinze cents millions; en supposant même qu'elle n'atteignît qu'un milliard, il s'en faudrait que le total des pécules d'émifçrants, si considérables qu'on veuille les supposer et au temps de 1 émigration Ja plus intense, approchât de cette somme. La plus forte émigration allemande, celle de 1854, portait sur un nombre

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de 251,031 individus; dans les années suivantes, elle ne moot pas à plus de cinquante ou soixante mille ; puis elle est remonl & 210,547 en 1881 ; même en adoptant ce chiffre exceptionnel ment élevé, même en supposant à chaque émigrant le maximi des pécules moyens des dernières années, soit 424 florins, no n'arriverions pour toutes les sommes emportées par les émigra dans cette année exceptionnelle qu'au chiffre de 227 millions demi de francs, ce qui n*est pas le quart de l'épargne annuelle, n'est pas douteux que ce ne soit là un chiffre beaucoup trop éle^ d'abord, ainsi que Roscher nous Ta appris, le pécule moyen n vait été calculé dans les documents officiels que pour les é( grants qui avaient déclaré posséder quelque chose, de façon qi se trouve plus considérable qu'en réalité; ensuite ces pécules pi viennent souvent, non pas d'épargnes faites par les émigrants de biens patrimoniaux, mais d'avances que des parents oui amis leur font tenir pour faciliter leur passage. 11 est donc prol ble que cette émigration de deux cent mille &mes n'enlève pa l'Allemagne plus d'une centaine de millions de francs au mi mum, et il est & supposer que dans les années ordinaires l'ét gration allemande n'emporte pas plus de 30 ou de 40 millions.1 qu'est-ce que cette somme minime relativement à l'importance la capitalisation annuelle de l'Allemagne, et quelle influence pe on lui accorder, soit sur le taux des salaires, soit encore sur prix des marchandises ? En Angleterre, d'après Merivale, les éi grants pour le Canada emportaient en 1834 environ un mill sterling : vers 1840 l'on estimait à 3 ou 400,000 livres sterlinj capital qui s'expatriait annuellement pour l'Australie, Le coio d'émigration de 1827 évaluait la dépense pour le transport et I tablissement d'une famille pauvre sur une ferme aux colonie 00 livres sterling; mais il faut remarquer qu'il s'en faut de ki coup que tous les émigrants aillent s'établir de prime-ah comme fermiers : la grande majorité fait un stage comme salaï et amasse pendant ce stage le petit capital nécessaire pour cri une ferme; il ne faut donc pas croire que chaque famille d'éi grants enlève 60 livres au capital national, il faut rabattre ceci fre de moitié. D'après ces données, Ton voit combien il est exast d'attribuer & l'exportation des pécules d'émigrants une influei perceptible sur le marché des capitaux, des salaires ou des mi chandises. C'est ici que trouvent Justement place les compar sons que nous avons citées dansle chapitre précédent. Cette < portation des capitaux parla voie de l'émigration aux colonies fait pas subir à la société une perte plus appréciable que c« qu'éprouve le corps humain par suite d'un saignement de nez,! la masse de l'Océan par l'écoulement de l'eau que la marée mO

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te pousse dans les docks de Londres. Il arrive parfois querémition, par suite de circonstances exceptionnelles, se recrute is les classes aisées et non parmi les travailleurs manuels de la tropole. G*est ce qui se passe en Angleterre et plus encore en )sse depuis quelques années, où un grand nombre de fermiers, lisant leur avoir, vont s'établir dans la Nouvelle-Zélande ou au lada. Il se peut qu*il émigré ainsi un ou deux milliers de ces riis fermiers par année, emportant en moyenne une quarantaine mille francs chacun, soit quarante à quatre-vingt millions. Ce it encore là des chiftres bien faibles, une goutte d'eau, nonseudent par rapport au capital de TAngleterre, mais à l'accroisseint annuel de ce capital. Une semblable émigration peut mettre Qs l'embarras les propriétaires fonciers, mais elle n'a aucune luence profonde sur la prospérité générale du pays. [Quelques économistes, cependant, ont insisté sur cette question : ont fait remarquer qu'il y a des colonies où le capital se porte en is grandes masses relativement à l'émigration des personnes, ce Qt les colonies qui ont un monopole pour la production de denfô d'exportation comme presque toutes les colonies tropicales, i calculait, au commencement de ce siècle, qu'il y avait aux des occidentales près de 2 milliards de capital anglais. On peut >Dc se demander si l'exportation des capitaux vers ces colonies ne irte pas un certain détriment à la métropole, si la situation relaie des salaires et des profits n'en est pas modifiée. Un économiste, lué d'infiniment de perspicacité, Torrens, dans son livre sur la Ionisation de l'Australie du Sud, a traité cette question eœ pro^ m avec grands développements. Cette discussion est curieuse Instructive; nous nous y arrêterons quelques instants. Voici d'abord une observation préliminaire qu'il ne faut pasper- •e de vue; un rentier, soit qu'il émigré lui-même, soit qu'il confie !S fonds à un tiers, convertit des valeurs mobilières en argent pour mvoyeraux colonies. Bien que ce rentier n'employAt pas lui-même « capital d'une façon productive, il est parfaitement certain a'en fait ce capital était employé productivement par quelqu'un iquel il avait été prêté et des mains duquel on le retire, si bien tt'on ne peut nier que la masse des capitaux productifs de la mét)pole ne soit diminuée. Cette diminution est-elle toujours un ial? C'est ce qui paraît résulter des principes ordinaires et génétux de la science économique : et cependant, à y regarder de près, ilTorrens, et Merivale est de son avis, et nous-même nous nous rangeons, il se peut que, dans certaines circonstances, cette Kpalriation d'une partie du capital national soit un bien. Voici la émonstration que le colonel Torrens donne de cette thèse qui Aralt d'abord paradoxale : « Dans une contrée manufacturière et

commerçante, important des matières premières, le champ d>n:ploi (thefield of employment) et la demande du travail ne lïeuvi:. pas être déterminés uniquement par Tabondance des capîtauv. Dans un pays placé en de semblables conditions, le champ d'emploi et les salaires du travail dépendront non pas tant de la somiL^ du capital commercial ou manufacturier que de retendue du marché étranger. Si le marché étranger ne s*étend pas, aucune extei sion du capital manufacturier ne peut amener d*accroissemei avantageux de la production ou de hausse permanente des salaires. Bien plus, un accroissement du capital manufacturier, non accompagné par une extension proportionnelle du marché étranger, loin d'être bienfaisant, aurait une tendance à abaisser les profîi> de Tentrepreneur et les salaires de l'ouvrier. » (Torrens, Colonisation of South Australùiy p. 232.) « C'est un fait établi par Texperience et universellement admis, continue le même auteur, que. dans une contrée industrielle, des épargnes peuvent être faite^ sur les revenus et que le capital social peut aussi s'accroître : dur. autre côté, c'est un fait également établi par l'expérience et adrai^ aussi universellement que, dans les différents états de civilisation, le capital peut s'accroître dans des proportions diverses. Si donc, en Angleterre, le capital employé à fournir les cotons manufacturés pour le marché étranger, augmente plus rapidement que lo capital employé dans les contrées étrangères à produire les matières premières qui entrent dans la fabrication des articles de coton, dans ce cas, l'expérience ne Ta que trop prouvé, la valeur des articles de coton sortant de nos usines baissera par rapport au coût de la production; et dans l'industrie cotonnière, les salaires ou les profits ou tous deux subiront une baisse. Maintenant, des causes analogues à celles qui produisent ces effets dans rin* dustrie cotonnière, peuvent, dans le même temps, exercer une influence analogue sur l'industrie des soies, l'industrie des laines, en un mot sur toutes les autres branches de l'industrie qui travaillent en vue du marché étranger. Ainsi, si le capital employé à préparer les articles de coton pour le marché étranger augmente plus vite que le capital employé dans les contrées étrangères à produire les matières premières des articles de coton, d'un autre côté, il se peut que, au même moment, le capital employé à préparer les articles de laine augmente plus vite que le capital employé à l'étranger pour fournir la matière première de celte fabrication, et le même phénomène peut se produire dans toutes les autres industries. En somme, le capital manufacturier peut augmenter plus vite que le capital étranger qui produit les matière^ premières des différentes fabrications ; et, ainsi, dans toutes \e< branches de l'industrie qui fournissent des articles au marché

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étranger, il peut y avoir une concurrence simultanée dans le pays {a contemporaneous home compétition) ^ qui occasionne une baisse générale des prix, des profits et des salaires et, en fin de compte, des chômages et la détresse. » (Torrens, Colonisation of South AtMiralia, p. 242-43.) Toute cette discussion se ramène à un seul point : peut-il y avoir dans une contrée un excès général de production, a gênerai glut of commodities? Si cet excès général de production est possible, il en résulte qu'il peut se produire, dans un pays déterminé, surabondance de capitaux, a redundancy of capital. Torrens soutient TafQrmative et Merivale Tadopte aussi. Un grand nombre d'autorités sont d'un avis contraire. Les produits s'achètent, dit-on, avec des produits, comme Say la admirablement démontré : quand toutes les productions se développent d'une manière régulière et dans des proportions analogues, il ne peut y avoir d'excès, si rapide que soit leur développement: par conséquent, cette supposition d'un encombrement général, d'une pléthore universelle, est une véritable chimère.

Nous sommes parfaitement de ce dernier avis, mais nouscroyon-^ que la question mérite d'être étudiée de plus près. Sous le régime des relations internationales fondées sur le principe plus ou moins complètement appliqué de la liberté du commerce, il n'est guère de nation qui n'ait spécialisé sa production: la division du travail s'est introduite parmi les peuples comme parmi les hommes ; iten résulte que chaque contrée est spécialement adonnée à certaines branches d'industrie ; il y a des pays qui sont spécialement manufacturiers, d'autres spécialement agricoles, d'autres spécialement commerçants ; dans l'industrie même, il y a des pays qui fabriquent de préférence les articles communs d'un usage général, d'autres qui se distinguent surtout par la fabrication des articles de luxe ; ainsi chaquenation s'est plus ou moins spécialisée : quand donc l'on parle d'un excès de production dans un pays, il ne s'agit pas d'un excès de production universelle, mais d'un excès de cer« taines productions particulières. Sans doute la production en général, la production du monde entier ne sera jamais trop grande, au contraire, elle demeurera toujours trop faible relativement à la variété et à l'intensité des besoins humains. Mais il est possible que la production des articles de laine, de coton, de lin, de soie et de toutes les industries, qui emploient la plus grande partie des capitaux et des ouvriers d un pays déterminé, devienne excessive, non pas certes relativement aux besoins auxquels ces industries doivent pourvoir, mais relativement aux équivalents et contrevaleurs que les hommes peuvent fournir en échange de ces produits. Quand, dans une contrée comme l'Angleterre, dont l'industrie travaille en grande partie pour le commerce étranger, la

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somme des capitaux s*accrott beaucoup plus rapidement que dans les pays avec lesquels FAngleterre trafique, nous croyons que si une partie de ces capitaux anglais n'émigre pas, il y aura en Angleterre une sorte d*excès de production, c'est-à-dire que les articles anglais produits en nombre beaucoup plus grand qu'auparavant, alors que la contre-partie qui leur est destinée en articles étrangers est restée & peu près stationnaîre, baisseront de prix par rapport à ces derniers. Telle est Topinion de Torrens et de Merivale et telle est aussi la nôtre. Cet état de choses aurait pour effet inévitable une baisse des profits ; or, la baisse des profits, quand elle est exagérée, malgré Topinion deRicardo et de quelques autres économistes, est, à nos yeux, un mal réel, un symptôme redoutal)Ie : c'est, en effet, la mort de l'esprit d'entreprise, c'est la langueur de l'industrie, c'est un pas vers cet état stationnaire, que Stuart Mill vante, il est vrai, mais qui ne laisse pas que de nous effrayer. Au contraire, si une partie de ces capitaux accumulés en Angleterre émigré dans des colonies nouvelles, ils y développent une production abondante, ils rapportent à leurs propriétaires des intérêts plus élevés, ils créent, au delà des mers de nouveaux articles d'échange, qui vont se troquer contre les articles de la mère-patrie, ils donnent naissance à des matières premières qui alimentent à meilleur prix les usines de la métropole, ils constituent en môme temps une demande toujours croissante pour les produits manufacturés métropolitains. Nous ne craignons pas de le dire: les capitaux anglais qui se sont transportés aux colonies, qui ont mis au jour le coton de l'Union américaine, le sucre des Indes occidentales, la laine de l'Australie, les bois de construction du Canada, ces capitaux-là, ens'expatriant, en créant au loin de nouvelles matières premières et de nouveaux objets d'échange, en ouvrant de nouveaux marchés, ont infiniment plus contribué au développement de l'industrie britannique, à la hausse permanente et normale des salaires britanniques, que s'ils étaient restés en Angleterre, où leur effet inévitable eût été d'amener une baisse des profits qui aurait plongé dans la stagnation l'industrie nationale. Il est donc utile que dans une contrée où la capitalisation est plus rapide que partout ailleurs, une partie de l'épargne annuelle 3oit transportée dans des terres nouvelles où elle rend des services plus intenses et où elle crée une nouvelle demande pour les produits manufacturés de la métropole en lui offrant comme contre-partie les produits bruts qui pourraient lui manquer. C'est le moyen le plus régulier pour rétablir un équilibre qui pourrait se détruire, c'est l'aiguillon le plus vif pour la production métropolitaine.

Ainsi l'on doit se féliciter de cette expatriation des capitaux vers

m l'émigration des capitaux. to;»

les colonies bien organisées et en voie de prospérité : cescapitauxlànesont pas perdus,ils sont plutdtmultipliés;chacun gagne àleur emploi plus productif sur des sols nouveaux : la colonie, la métropole, le monde entier, en retirent un incontestable avantage. C'est donc une politique à courte vue que celle qui blâme la création et Tentretien de colonies, parce qu'elles coûtentsoitaugouvemement, soit auxparticuliers, maisen déflnitiveàla nation, quelques millions de frais d'établissement. La merveille des créations coloniales, les États-Unis eux-mômes, ont absorbé dans l'origine une masse importante de capitaux anglais, et il sembla pendant quelque temps que les résultats obtenus ne valaient pas les sommes dépensées . Toys les propriétaires, toutes les compagnies qui fondèrent les états primitifs épuisèrent leurs ressources, tombèrent en faillite, allèrent en prison pour dettes ; et il se trouva sans doute alors dans la métropole des hommes politiques pour blâmer ce qu'ils regardaient comme un gaspillage de capitaux. Et, cependant, qui oserait dire que la somme entière des capitaux qui furent consacrés à la fondation des États-Unis, soit équivalente aux avantages annuels que TAngleterre retire actuellement de ses relations commerciales avec l'Union américaine ?

Il n'y a donc nul sujet de s'inquiéter des sommes qu'emportent avec eux les émigrants ou de celles que des rentiers résidant dans la métropole envoient aux colonies : cette émigration est aussi heureuseque naturelle. Uya mémeune supériorité immense en faveur de l'émigration des capitaux. C'est qu'il est diCQcile de trouver des hommes qui aient les qualités nécessaires au colon et que beaucoup d'émigrants, faute de ces aptitudes particulières, tombent dans la misère et deviennent une surcharge pour les colonies ou ils se trouvent: tous les capitaux, au contraire, indistinctement, sont bons et productifs, et dans les contrées neuves spécialement on en fait un usage infiniment plus utile que dans les contrées vieilles.

C'est un phénomène très important que celui de la colonisation des capitaux. Depuis quelques années il a été particulièrement éclairé par d'attentives études, et les événements financiers en ont beaucoup mieux fait comprendre les divers aspects. Aussi aux observations précédentes qui figuraient seules dans la première édition de cet ouvrage est-il bon d'en joindre d'autres plus précises. Un capitaliste d'Europe, et par ce mot nous n'entendons pas seulement un banquier, mais toute personne faisant des économies, un modeste employé, un paysan, un ouvrier, une vieille fille ou une veuve, peuvent, sans quitter le coin de leur foyer, sans avoir de grandes connaissances en géographie, travailler puissamment à la colonisation, à l'exploitation du globe. Il leur suffit de placer leurs épargnes dans une entreprise industrielle qui construit des chemins

70d DE L*INFLnSNCÉ DE& GOLÔlfIBS SUR USS MÉTROPOLES.

ddfer, creuse des canaux, élève dés usines, difricïiê dès terres dans les contrées jeûnes. En donnant à leurs économies cette direction, les habitants du vieux monde ne manquent aucunement a leurs devoirs envers leur patrie. Les contrées où la civilisation est ancienne, comme l'Angleterre ou la France, sont d'énormes productrices de capitaux, et l'embarras y devient grand pour employer d'une manière rémunératrice sur leur propre sol leurs colossales épargnes annuelles. Certes on pourra toujours consacrer à des améliorations soit industrielles, soit agricoles, soit sociales, des sommes considérables dansles vieux pays; mais l'exportation d'une partie de ces sommes au delà des mers, dans les contrées adolescentes, est pour le genre humain tout entier d*une productivité beaucoup plus grande. Le même capital, qui produira 3 ou 4 p. 100 dans une amélioration agricole sur le soi de France, rapportera 10, 15, 20 p. 100, dans une entreprise agricole aux États-Unis, au Canada, à la Plata, en Australie, à la Nouvelle-Zélande. II en est de même pour les sommes consacrées à la construction de chemins de fer. Employées à faire de petites lignes montagneuses ou des concurrences superflues dans la métropole, elles donneront à grand'peine 2 ou3p. 100 d'intérêt (1), il se peut que dans les pays neuf> elles produisent 10, 12, 15 ou 20 p. 100, si ce n'est immédiatement, du moins au bout de peu d'années. Les capitalistes du vieux monde qui ont ainsi exporté une partie de leurs épargnes en retirent, s*ils ont été avisés, une rémunération double, triple, quadruple, décuple parfois de celle qu'ils auraient pu obtenir en employant ces fonds autour d'eux. Il se constitue ainsi toute une créance considérable des vieux pays sur les pays neufs. Les contrées anciennes, considérées chacune en bloc, deviennent ainsi des rentières auxquelles le reste du monde sert une rente croissante.

Ce ne sont pas seulement les particuliers qui peuvent gagner à cette exportation de capitaux, le pays même d'où partent ces épargnes n'en éprouve aucune perte. Il y gagne de trois façons : d'abord la rente que paient annuellement aux capitalistes du vieux monde les pays nouveaux que ces capitalistes, sans se déranger, ont contribué à mettre en valeur, vient accroître dans des proportions parfois considérables le revenu des vieux pays ; les moyens de consommation ou de commande de travail des habitants des contrées européennes sont ainsi sensiblement augmentés ; l'aisance générale en Europe en est, par conséquent, relevée. En second lieu, ces capitaux qui ont été développer la prospérité des pays neufs y créent de nouveaux marchés d'approvisionnement et d'écoulement, c'est-

(1) Les lignes d'intérêt local exploitées en France ont foami en moyenne, d'après les documents officiels, 1 1/4 p. 100 d'intérêt en 1881 par rapport au prix d'établissement. Les résultats ne sont pas meiUeurs dans les années suivantes.

DE l'ÉMIGRATIOH DES CAPITAUX. 707

à-dire d'achat et de vente. Si les blés d'Amérique sont Tenus si à propos sauver l'Europe de plusieurs disettes, si le coton des États-Unis a pu en quantités croissantes alimenter les filatures européennes, si la laine australienne a fourni une matière première déplus en plus abondante aux fabriques de lainages de notre continent, la raison en est que des capitaux considérables ont quitté, depuis trente ans, TAngleterre, la Belgique, la France, pour étendre l'agriculture en Australie et en Amérique. Que quelques propriétaires européens y aient perdu, dans une faible proportion, par un certain recul de leurs fermages, la généralité des habitants dans notre partie du monde en a tiré un avantage considérable. Ces mêmes capitaux qui, partis d'Europe, allaient exploiter les pays nouveaux créaient, en même temps, dans ces derniers une demande pour nos produits. Oïl y avait besoin de nos objets manufacturés, de vêtements, d'instruments de travail, de machines, même de nos articles de luxe. L'expérience a montré qu'il y a un certain parallélisme entre le développement de l'exportation et celui de l'importation: les énormes ventes de céréales, par exemple, qu'ont faites & l'Europe les États-Unis d'Amérique en 1870 et 1880 ont été la cause d'unegrandeexportation d'articles manufacturés européens de toutes sortes pour les États-Unis. Nous ne nous arrêtons pas plus longtemps ici à ce phénomène dont traitera avec détail le chapitre suivant. Il est seulementune observation importante qui mérite d'être mise en lumière. Plus un pays reçoit de capitaux français, plus il devient un grand consommateur d'articles français. L'exportation même du capital se fait souvent sous la forme de marchandises ; si nos capitalistes souscrivent pour l'exécution de chemins de fer à la Plata ou au Brésil, il est probable qu'une forte partie du montant des sommes versées ira dans ces contrées sous la forme de rails français ou de machines françaises. En outre ces entreprises lointaines qui seront faites en totalité ou en partie avec nos propres capitaux auront en général une direction, soit totalement, soit partiellement française. Il en résultera que lorsque ces entreprises auront des commandes de matériel à faire à l'Europe, ce sera à la France, de préférence, qu'elles s'adresseront. Nos produits deviendront ainsi plus communs dans ces pays, nos relations avec les habitants augmenteront, le nombre de nos clients s'y accroîtra; plus on exporte de capitaux vers un pays, plus ce pays est enclin à lier un commerce actif avec la contrée d'où ces capitaux lui proviennent. A un autre point de vue encore l'exportation des capitaux, quand ellen'absorbe pas toute l'épargne annuelle d'un vieux pays, est d'un puissant secours. Elle aide à solder l'excédent des importations sur les exportations ; c'est par cet excédent que se manifeste le tribut, d nous pouvons ainsi parler, qu'acquittent envers nous les pays que

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nos capitaux ont mis en valeur. Il est très exact qu*un excédent d'importation peut représenter un tribut ou du moins une rente payée par les pays étrangers débiteurs à un riche pays créancier. Enfin, dans les circonstances critiques, comme dans de grandes catastrophes nationales, ces rentes qu'une vieille contrée s*est ainsi constituées au dehors lui sont souvent très utiles. G*est une sorte de domaine extra muros qui n'éprouve aucune détérioration parles événements se piçoduisant chez nous. Aux jours de malheur national, nous y trouvons des ressources intactes, des moyens de paiement, de liquidation. Au lendemain de la guerre de 1870-71, on en a fait ITieureuse expérience (1).

Il s'en faut de beaucoup que l'émigration des capitaux, même au moment où elle est le plus active, absorbe tout le montant de l'épargne nationale d'un vieux pays. En France, d'après notre estimation très réfléchie, l'épargne annuelle ne doit pas être inférieure à 2 milliards de francs. Il y a peu d*années, un statisticien anglais de renom, M. Giffen, se fondant sur les valeurs imposées à l'/ncomc Tax (impôt sur le revenu), et sur les statistiques des Legacy and Succession duties (droits de legs et de succession), estimait que de 1865 à 1875, le capital de la Grande-Bretagne s'était accru de 240 millions de livres sterling par an, soit 7 milliards de francs. Ce sérail, à coup sûr, une erreur de prendre ce chiffre pour l'expression de l'épargne annuelle : celle-ci est certainement beaucoup moindre, n y a, en effet, des capitaux dont le revenu s'accrott et dont la valeur vénale augmente sans qu'aucune épargne soit venue en changer le montant primitif: une maison bien située, par exemple, dont le loyer s'élève. Il serait donc chimérique de croire que le peuple anglais épargne 7 milliards et demi par an, mais il ne l'est pas de penser qu'il économise et capitalise 2 à 3 milliards au moins. Or, sur une somme aussi importante, le pays peut bien exporter 4 ou 500 millions par an, même un milliard ou davantage par année, en gardant encore des fonds considérables pour améliorer l'agriculture nationale, édifier de nouvelles fabriques et perfectionner les moyens de transport. Nous ne serions aucunement alarmé, quant à nous, si les capitalistes français plaçaient au dehors en moyenne 7 à 800 millions par année; nous croyons même que le chiffre de 1 milliard pourrait aisément être dépassé; il en resterait au moins autant pour accroître annuellement le capital intérieur.

M. Giffen, dans l'étude citée plus haut, évaluait pour l'année 1875, & un revenu de plus de 65 millions de livres sterling, soit 1 milliard 640 millions de francs, les intérêts ou dividendes des capitaux anglais placés à l'étranger en fonds publics ou en actions

(1) Sur rinfluence de cette colonisation de capitaux, on peut encore consulter notre Estai sur la répartition des richesses et notre TreûU de la sdenosdss financet.

DE l'émigration DES CAPITAUX. 709

et obligations de Sociétés. Ce revenu de 1 milliard 640 millions pou* \ait correspondre à un capital de 35 milliards environ. Les fonds publics étrangers à eux seuls, américains, français, autrichiens, italiens et autres (y compris probablement ceux des colonies anglaises) fournissaient aux habitants de l'Angleterre un revenu de I milliard 5 millioiis de francs ; les chemins de fer des mêmes pays leur rapportaient425 millions ,* les dividendes des banques fonctionnaot à l'étranger montaient pour les capitalistes du Royaume-Uni à 57 millions de francs : les intérêts et dividendes de compagnies industrielles diverses, à 71 millions; enfin les dividendes des Compagnies d'assurances anglaises exerçant à l'étranger et les intérêts sur les dépôts faits par les capitalistes anglais à des Banques établies au dehors atteignaient un revenu annuel de 82 millions do francs. Voilà les éléments dont se composait, d'après M. GifTen, cette rente annuelle de 1,640 millions de francs quel'étrangerpayeàl'Angleterre en retour des capitaux qu'il en a reçus. Il faut remarquer que le statisticien anglais n'a pas compris dans ces calculs les propriétés individuelles que des capitalistes résidant dans la Grande- Bretagne peuvent avoir dans le reste du monde, non plus que les sommes qu'ils peuvent avoir prêtées à des commerçants autres que des Compagnies par action. En tenant compte de ces éléments supplémentaires qui sont considérables, on peut admettre que l'Angleterre, avec ses placements effectués de 1875 à 1885, doit avoir sur l'ensemble du monde, y compris ses colonies, une créance de 60 à 70 milliards de francs en capital, rapportant un revenu moyen de plus de 3 milliards. Avant un quart de siècle cette créance et ce revenu auront certainement doublé.

La France n'a pas essaimé au dehors des capitaux aussi importants. Beaucoup de statisticiens ont évalué à une quinzaine de milliards le montant de notre créance sur les nations étrangères, du chef de nos exportations de capitaux. Nous croyons cette somme trop faible, et nous tenons qu'on peut porter l'évaluation à 20 ou 25 milliards. Le canal de Suez à lui seul rapporte à nos nationaux une cinquantaine de millions par an; ils ont bien une quarantaine de millions d'autres revenus en Egypte. Les chemins de fer espagnols et portugais leur paient bien près de 100 millions, sous la forme d'actions, d'obligations, de primes de remboursement; les chemins de fer autrichiens et hongrois, une centaine de millions aussi ; qu'on y joigne tous les revenus des entreprises industrielles diverses, des maisons de Banque travaillant à l'étranger, toute la part considérable des capitalistes français dans les fonds italiens, autrichiens, hongrois, espagnols, portugais, russes, roumains, suédois, norvégiens, belges, hollandais, américains; qu'on y ajoute aussi le produit des commandites consenties par des Français h

lié DE l'influence des colondss sur les hêtropoles.

des industriels étrangers et le rendement des propriétés que les Français possèdent au dehors, on atteindra très probablement le chiffre de 1 milliard de rente que les pays étrangers nous servent. Il est probable que dans vingt ans ce chiffre sera, non pas doublé, mais triplé, tant par l'intérêt des nouveaux capitaux exportés que par le développement de la productivité des entreprises anciennement créées par nos capitaux.

Un lecteur scrupuleux pourrait peut-être objecter que Témigration des capitaux peut aller sans la colonisation. Cela est vrai, n vaut mieux néanmoins, à égalité de conditions, exporter ses capitaux dans ses propres colonies que dans des pays tout à fait étrangers. On est plus assuré de trouver dans les premières une bonne administration, une justice impartiale, un accueil favorable et un traitement équitable de la part du public et du gouvernement. Plusieurs pays ont une inclination à traiter durement les capitaux étrangers, quand ils croient pouvoir désormais se passer du secours du dehors. Les capitalistes courent, à ce point de vue, de moindres risques dans les colonies, qui sont en quelque sorte le prolongement de la métropole (1). Enfin, au point de vue moral, il

(1) Une expérience toute récente a montré depuis 18S1 la jnstene de cette ob- Berratioo. qui a paru dans la deuxième édition de cet ouvrage. Ne serait-ce que pour les garanties de traitement équitable qu'elles offrent aux capitaux d'un vieux pays, les ooloniea auraient une incontestable utilité. H y a deux ans, par exemple, TAngleterre, maîtresse de TÊgypte, a imposé par la menace à la Compagnie da Canal de Suez des réductions de tarif qui n'étaient pas préTues & son contrat et des traraux qui auraient pu, sans inconvénient, être ajournés. U n'est pas téméraire d'évaluer à une vingtaine de millions de firancs par an, c'est-à-dire à un capital de 450 à 500 milUous de francs environ la perte qu'en auront éprouvée les capitalistes français et, par conséquent, la nation française en général, qui est d'autant plus riche que ses nationaux le sont davantage. Tous les producteoTS fhinçais et tous les ouvriers finançais profitent, en effet, dans une mesure diverse, de la richesse, même placée au dehors, des capitalistes et des rentiers français, la puissance qu'ont ceux-ci de commander et de rémunérer du travail en étant accrue. Dans le même laps de temps ou quelques années auparavant, 6n a également, sans aucune nécessité, imposé aux porteurs de la Dette égyptienne, dont la moitié sont Français, une réduction injustifiée du tiers de leur intérêt, et par conséquent aussi du tiers de la valeur vénale de leurs titres. Le« Françûs, par ces dénis de justice d'un gouvernement étranger, ont encore perdu environ 10 millions de firancs de revenu et 200 millions de capital. Si l'on ajoute que depuis cinq à tàx ans divers pays européens, le Pioitugal, fEspagne, lltalie. ont plus ou moins abusivement cherché à soustraire i la direction de. Français des entreprises fondées sur leur territoire avec des capitaux français, que, par des procédés ingénieux et iniques, on a ruiné ou déprédé des entreprises françaises (il suffit de citer Taffaire des chemins de fer romains, des chemins de fer lombards, de la Foncière lyonnaise en Ugurie), on verra que les capitalistes firançais ont été spoliés de BO ou 100 millions de francs de revenu et de 2 miUiard* de francs en capital, en moins d'une dizaine d'années, par 'les subterfuges, len tracasseries, les vexations et dénis de justice de gouvernement* étrangers. Si ees capitaux s'étaient placés originairement dans des colonies firançaises, soumises aux lois françaises, empreintes de l'esprit firançais, nos capitalistea eussent conservé tous ces revenus et tous ces capitaux, et leur puissance d'achat à l'in-

DB l'émigration DES GAPITATIX. 711

y a une jouissance élevée à penser que ses épargnes ont contribué

à créer au loin des sociétés qui «youterontàla grandeur nationale,

qui conserveront et honoreront la langue, les mœurs et Tesprit de

lapatrie.(l). ... , . , . - -.;;- ,

térieur même de la France en ent été accrue. Dans ce temps* où l'esprit protectioDniste s'est partout réveillé et. où la brutalité, gouvernementale est revenue h Tordre du jour, les colonies ont une utilité incontestable, ad ilmple point de vue de débouché ouvert dans des conditions loyales et équitables aux capitaux d'un vieux pays. On pourrait dire également que les colonies sont les seules contrées à offrir un débouché à Yàbri de toutes vexations et de toutes surprises aux émlgranta d'une métropole : les proscriptions en masse faites en 1885 par le fouver- Dement prussien des résidents russes ou autrichiens en sont la preuve. L'attention publique de s'est pas assez portée sur ce caractère particulier et essentiel de r utilité des colonies. Les colonies sont les seules terres, en dehors du territoire propre i la mère patrie, qui soient ouvertes, dans des conditions de loyauté absolue, à l'émigration, soit des capitaux, soit des personnes.

(NoUdelad^édUhn.)

(1) M. Giffen, le statisticieu aillais cité plus haut, directeur de la statistique de ton pays, a fait une nouvelle évaluation des placements anglais à l'étranger dans son livre intitulé : The growth of capital^ la croissance du capital, paru en 1890. Il en résulte que, en 1885, le total des placements étrangers appartenant aux habitants du Royaume-Uni donnerait un revenu de 84 millions 700,000 livres sterl., approximativement 2 milliards 140 millions de francs, en augmentation de 15.900.000 livres sterling ou emdron 400 millions de francs depuis 1875 (les chiffres antérieurement fournis par M. Giffen pour 1875, et reproduits dans notre texte pages 708 et 709, avaient été un peu relevés par lui, a la suite d'une nouvelle évaluation). D'après M. Giffen, les sommes annuellement placées & Tétranger par la Grande-Bretagne, déduction faite des sommes retirées de rétraog^r, montent ,au moins & une moyenoé annuelle de 30 millions de livres sterl. ou 750 miflions.

Quant à la France, nous estimons qu'elle a bien au minimum pour 28 4 30 milliards de francs de placements & Tétranger sous les formes les plus diverses, lui rapportant, en 1890, environ 1.800 à 1.400 millions de francs. Nous ne serions pas étonné que le montant de nos capitaux placés à l'étranger s'accrût de 500 millions environ par an.

Noua devons confirmer tout ce que nous avons dit, dans la note précédente, de la supériorité, au point de vue^les garanties de bonne et impartiale justice, des placements coloniaux sur les placements dans les pays étrangers proprement dits. Us sont moins exposés à des extorsions, k des confiscations détour^ nées de la part des gouvernements, des villes et des administrations diverses.

Les placements coloniaux sont, d'ailleurs, aussi bien pour l'Angleterre que pour la France, compris, dans les chUIres donnés ci-dessus.

En ce qui concerne les grands inconvénients d*une baisse ininterrompue du taux de IHotérèt et les probabilités de réduction de oe taux dans un prochain avenir, nous ne saurions que renvoyer & notre Esttd sur la répartition deê richesses et la tendance à une moindre inégalité des conditions^ ouvrage dont les prévisions ont été Jusqu'ici absolument confirmées. (Note de la 4« édition.)

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