‹ De la colonisation chez les peuples modernes (volume 5)Chapitre 96 sur 131 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De réoilsrattoa des eaplUivx.

Les opinions opposées sur les effets de l'émigration des capitaux. — Calculs sur es sommes emportées par les émigrants. •— Relation de ces sommes avec la capitalisation annuelle dans les YieiUes contrées. — De Timportance de cette capitalisation.

L'émigration des capitaux relère légèrement l'intérêt et les profits dans la métropole ou du moins en arrête la baisse rapide. — Elle préTient ainsi l'état stationnaire. — L'émigration des capitaux accroît les revenus des capitalistes nationaux, fournit de nouveaux équivalents d'échange aux fabricants métropolitains et, & la longue, développe l'industrie dans la métropole.

La colonisation des capitaux est la forme la plus perfectionnée de l'émigration des capitaux. — Différence de productivité des bapitaux dans le vieux monde et dans les contrées neuves. — Avantages pour un peuple, en temps de catastrophe nationale, d'avoir de grands capitaux & l'étranger.

Recherches statistiques sur l'ensemble des placements à l'étranger de l'Angleterre et de la France. — Heureux effets de ce système.

Avantages qu'a souvent un peuple à placer des capitaux dans ses propres colonies plutôt que dans des pays étrangers. — Il est moins exposé aux dénis de justice, confiscations, réductions arbitraires d'intérêts, modifications fantaisistes & des contrats réguliers. -^ Importance de cet avantage prouvée par quelques exemples récents.

De rémigration des personnes nous passons à l'émigration des capitaux : il est évident à première vue que ce sont là des phénomènes connexes et que le premier ne peut se produire sans amener à sa suite le second. Mais les effets de chacun d'eux sont distincts et méritent une étude spéciale. Nous allons rencontrer, dans l'examen de cette question nouvelle, l'influence de Texpatriation des capitaux sur l'état social et économique de la mère patrie, des difScultés nombreuses qui nous contraindront à des observations minutieuses et délicates.

La colonisation ne se peut opérer sans qu'un nombre notable de I>ersonnes abandonnent une société déjà formée pour une terre nouvelle ; cet abandon ne se peut faire sans qu'une certaine somme de capitaux soit soustraite à la métropole pour être transportée aux colonies. Sur les résultats de cet amoindrissement du capital de la mère patrie les avis des économistes diffèrent; les uns y voient un phénomène heureux qui dégage le marché métropoli < tain de capitaux disponibles et sans emploi, et qui, en prévenant une baisse exagérée des profits, empêche l'industrie de languir et d'arriver à l'état stationnaire. Cet état stationnaire, c'est-à-dire la situation où le taux des profits étant tombé à un chiffre très mi nime, le penchant à la capitalisation tend à disparaître, cet état qui ne s'est encore jamais réalisé et parait appartenir au monde

des rôves, ne laisse pas que de remplir d'une vive terreur un oetain nombre de publicistes, tandis que d'autres, au contram Stuart Mill en tête, le regardent d'un œil favorable et invoquer son avènement comme une sorte de millentum, où la société di^ trouver le repos définitif (1). Tandis que quelques économiste^félicitent du drainage des capitaux surabondants dont ils croie : constater l'existence dans chaque contrée d'une civilisation i vieille date, quelques autres s'effraient de voir diminuer la mandes capitaux de la mère patrie, de voir retarder par leur expalL: tion la baisse des profits et la hausse des salaires. C'est ainsi qn-. suivant les points de vue, l'on vante comme un bonheur et 1 cr blâme comme un fléau l'émigration des capitaux nationaux poiles colonies, soit naissantes, soit adolescentes, soit adultes.

Ramenons la question à ses véritables proportions ; elles semodestes. S'il est incontestable que tout émigrant emporte un pr cule, il ne l'est pas moins que ce pécule est très minime. Voilà sans doute, ce que n'ont pas assez remarqué les écrivains qui oii pris ombrage à l'exportation de ces sommes presque insignifiantes et auxquelles il est à peu près impossible de supposer de Ibfluence sur le marché général des capitaux d'une grande nation « Les statisticiens se demandent, dit Roscher, quel capital revient en moyenne dans la patrie à chaque individu de la nation ; s'il es inférieur à la sonmie que les émigrants emportent d'ordinaire. î! est clair que toute émigration considérable rendra de plus en plu5 désavantageux le rapport des consommateurs aux capitaux, rapport quia tant d'influence sur le bonheur d'un peuple. Sans doute 1^ partie de la population qui émigré pourrait se trouver bien c* cette situation, mais celle qui reste deviendrait plus pauvre cjour en jour en capitaux et en hommes capables de travailler rt verrait s'augmenter chaque jour la proportion des misérable? qu'elle compte dans son sein. » Ainsi, l'horrible contraste de ri chesses colossales et de misères vagabondes ne pourrait que grandir, surtout par la fondation des colonies agricoles où se red presque exclusivement la classe moyenne, les riches en généra ne voulant pas et les pauvres ne pouvant pas y aller. 11 s'en fan que cette situation déplorable ait jamais été sur le point de '^ réaliser; bien loin d'emporter plus que leur quote-part dans l-i capital national, les émigrants n'emportent que des sommes fort inférieures à celle qui leur reviendrait, si, ainsi que le supposa Roscher; l'on répartissait par tête l'ensemble des ressources de i«

(l) Dan» notre Essai sur la répartition ffes richesse» et sur la tendance à vf moindre inégalité des conditions (pHris, Guillaumin, éditeur, 3* édition, W^* nous avons étudié en détail ce phénomène de la baisse de Tintérèt et décrit tout le dëveloppemont quMl devait et doit encore prendre en peu d'années.

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