CHAPITRE VI
Be la oolonisation danoise et suédoise. — Résamé de la colonisation antérieure an XIX* siècle.
Avantages et inconvénients de la colonisation pour les petits peuples. — Los compagnies privilégiées danoises et suédoises pour le commerce oriental. — Causes de leur prospérité intermittente . — Réflexions d'Adam Smith sur Tappauvrissement dont la manie coloniale fut cause en Suède et en Danemark. — Les essais de colonisation suédoise dans le New-Jersey et la Delaware. — De Timportance de l'émigration en Suède ; de l'utilité qu'il y aurait à ce que cette émigration constituât une colonie Scandinave (note).
Caractères généraux des systèmes de colonisation antérieurs au xix* siècle. — Abaence de libertés commerciales ; monopoles et privilèges, pacte colonial. — Travail forcé, asservissement des races indigènes et esclavage. — Mauvais régime des terres et administration intrusive.
Nous ne pouvons terminer cette étude de la colonisation antérieure au XIX* siècle, sans dire quelques mots des tentatives des petits États du Nord, le Danemark et la Suède, pour fonder aussi des établissements, soit aux Indes orientales, soit aux Indes occidentales. Ces petites contrées à vastes territoires et à population disséminée» dont il semblait que le principal devoir eût été de consacrer tous leurs capitaux et tous leurs bras à la mise en rapport de leurs terres, se tournèrent aussi vers les entreprises lointaines, attirées par la force irrésistible de Texemple et de Témulation. On les vit essayer de prendre timidement part à cette curée des richesses de rOrient que les grandes nations de l'Europe se disputaient au prix de tant de sang ; on les vit consacrer leurs capitaux au défrichement de quelques Ilots des Antilles, avoir aussi leurs esclaves, leurs plan* tations et leur pacte colonial. Ce fut-il un bien pour ces peuples nains d*imiter ainsi les grands peuples de TËurope? Furent-ils poussés dans cette voie par un instinct naturel et légitime ou par une vanité déplacée, et les résultats qu'ils en retirèrent valurent-ils les sacriQces qu'ils s*étaient imposés?
Dans les Indes orientales, les Danois eurent, par intervalles, quelques succès. Ils eurent recours, eux aussi, au régime des compagnies privilégiées ; la première compagnie danoise orientale, fondée en 1616, fit de mauvaises affaires et, à sa dissolution (1634),
ses dettes absorbaient son actif. Le Danemark ne se découragea pas par cet échec et montra la même opiniâtreté que la France. Il constitua une seconde compagnie en 1634, une troisième en 1686 et une quatrième en 1732 : cette dernière compagnie jouit de privilèges tout à fuit exceptionnels ; elle avait le monopole de rapprovisionnement delà mère patrie en marchandises des Indes, mais elle n*était pas limitée à ce marché et elle pouvait vendre en franchise de droits à toutes les nations d'Europe. Cette clause lui valut une certaine prospérité. Gomme elle n'était pas assez forte pour tenter des conquêtes continentales, elle se borna à des opérations commerciales et elle prit un grand essor pendant les guerres maritimes où le Danemark était neutre. Les actions montaient prodigieusement quand la France et l'Angleterre étaient en lutte, et elles descendaient rapidement dès que ces deux contrées faisaient la paix. C'est ainsi que les actions, qui avaient été émises au taux de 500 thalers, s'élevèrent, en 1782, jusqu'à 1,800 et 1,900 thalers, pour redescendre, en 1788, à 700, et, en 1790, à 420. La Compagnie suédoise des Indes orientales eut un rôle plus effacé. Elle fut dissoute en 1671 avec un déficit considérable. Le commerce de ces petites compagnies en Orient su rapprochait beaucoup plus des conditions normales et naturelles du trafic que celui des compagnies de la France, de l'Angleterre et de la Hollande. L'absence de tout esprit de conquête, d'ingérence ou de propagande religieuse donnait une supériorité notable aux établissements de ces petits peuples. Mais, d'un autre côté, Ieui*s relations commerciales étaient nécessairement peu étendues, leurs débouchés très bornés ; la jalousie des grandes nations était un obstacle à la liberté et à la sécurité de leurs opérations. Au point de vue des métropoles on ne peut qu'adhérer à l'observation d'Adam Smilh. « De pauvres pays, tels que la Suède et le Danemark, dit-il, n'auraient probablement jamais occupé un seul vaisseau pour les Indes orientales, si le commerce n'eût pas été mis sous le régime d*une compagnie exclusive. L'établissement d'une telle compagnie encourage nécessairement les entreprises maritimes. Le monopole des entrepreneurs de ce commerce les garantit de tous concurrents sur le marché intérieur et, pour les marchés étrangers, ils ont la même chance que les commerçants des autres nations; leur monopole leur présente la certitude d'un très gros profit sur une quantité assez considérable et la chance d'un profit assez considérable sur une très grande quantité de marchandises. Sans un encouragement extraordinaire comme celui-là, les pauvres commerçants de ces pauvres pays n'auraient vraisemblablement jamais songé à hasarder leurs petits capitaux dans une spéculation aussi incertaine et aussi éloi-