DB L\ COLONISATION DANOISE ET SUÉDOISE
gnée qu*aurait dû leur paraître naturellement le commerce des
Indes orientales Or, s*il est vrai que sans compagnie exclusive le
commerce de la Suède et du Danemark aux Indes orientales serait moindroque cequ*ilest actuellement ou, ce qui estpeut-être plus probable, n'existerait pas du tout, dès lors ces deux derniers pays doivent pareillement souffrir une perte considérable de ce qu'une partie de leur capital se trouve ainsi entraîné dans un emploi qui est plus ou moins mal assorti à leur situation particulière. Il vaudrait mieux peut-être pour eux, dans leur situation actuelle, acheter des autres nations les marchandises de Tlnde, quand môme ils devraient les payer un peu plus cher, que d'aller porter une si grande portion de leur petit capital dans un commerce d'une dislance si considérable, dont les retours sont si excessivement tardifs, et dans lequel ce faible capital ne peut entretenir qu'une faible partie du travail productif qu'il entretiendrait dans leur pays où ils en ont tant besoin, où il y a si peu de chose de fait et tant à faire. »
En Amérique, les Suédois s'établirent dans le New-Jersey et la Delaware où ils fondèrent une colonie agricole ; mais cette nouvelle Sufede fut bientôt envahie par la colonie hollandaise de New-York, a A cette époque, l'émigration parut prendre des proportions assez inquiétantes pour appeler des règlements restrictifs qui firent bientôt place à la liberté pure et simple, l'inexactitude des renseignements relatifs aux partants ayant été démontrée» » (Jules Duval, Histoire de rémigradorij p. i 38.) Cette émigration, selon nous, ne pouvait que nuire à la mère patrie qui, dans tous les temps, a manqué à la fois de bras et de capitaux. « La densité de la population n'était pour rien dans ces départs : on sait que la Suède est un des pays où elle est la moindre (à peine 8 habitants par kilomètre carré) ; quelque large part qu'il y ait à faire aux montagnes stériles, aux forêts, aux sables, le sol convenablement cultivé, avec le complément des industries propres au pays, peut nourrir largement une population plus serrée. » (Duval, Émigration, p. 139.)
C'est surtout aux Antilles que les peuples du Nord firent des établissements durables. Les petites tles danoises de Saint-Thomas et de Sainte-Croix, après avoir langui longtemps sous le monopole d*une compagnie exclusive, atteignirent, à la suppression de la compagnie, un haut degré de prospérité. La liberté du commerce en fit des entrepôts florissants et des nids de contrebandiers pour les provinces espagnoles. Ce libre trafic et ce commerce interlope les enrichit au plus haut point. On peut se demander cependant si la mère patrie retira un profit réel de la prospérité des Ilots des Antilles. Nous inclinons à croire qu'il en fut autrement. Les colonies de plan-
talions détournent les capitaux de la métropole pour les fixer aux colonies ; or, quand un pays est pauvre, cette émigration des capitaux est pour lui une cause de stagnation et de langueur. Si grands que soient les profits de ces placements lointains, ils ne compensent pas pour la mère patrie, quand elle est naturellement pauvre et peu cultivée, le tort que la soustraction des capitaux fait à la culture des terres et au développement de l'industrie métropolitaine. «On doit se demander, dit Roscher, quel but Ton cherche dans la fondation d*une colonie. Ainsi des Allemands ont fait des plans pour établir des colonies de plantations. Mais il est certain qu'en Allemagne, ce n*est pas le capital qui est en excès, d*où il résulte que de telles colonies iraient contre leur but. » Le capital était encore bien plus insuffisant en Suède et en Danemark, et on peut dire que ces deux pays, en consacrant une grande partie de leurs richesses à des placements lointains, ont nui d*une manière permanente à leur développement intérieur. Ils semblent revenir de nos jours à des vues plus judicieuseset, en vendant à haut prix leurs îlots d'Amérique, ils se procurent un capital qui trouvera un champ largement productif dans le Danemark même ou dans la Suède (i).
(1) Nous avons tenu à maintenir le texte de la première édition de cet ouvrage; mais nous devons dire que notre opinion s*est quelque peu altérée depuis lors. La Suède et la Norvège fournissent depuis quelques années une émigration considérable qui va se perdre dans ce vaste océan humain que Ton appelle les Ëtats-Unis. Dans ces derniers temps les pays Scandinaves n*ont pas donné moins do 25,000 à 40,000 émigrants annuellement, soit, si ce train devait continuer, un million environ par quart de siècle. Dans ces circonstances il nous parait qu'il eût été préférable, pour la civilisation en général, pour la conservation des variétés utiles de la race humaine, que la Suède et la Norvège eussent eu des colonies, non pas des colonies d'exploitation ou de plantations qui absorbent des capitaux, mais des colonies de peuplement vers lesquelles se serait dirigé ce courant d'émigration qui, en dépit de Tabseiice de colonies, se produit d'une maniera constante en Norrèfce et en Suède. Le genre humain est menacé de voir, dans quatre ou cinq siècles, dispa» raltre presque, au moins comme influence, la plupart des peuples européens. Qtuod les trois grands peuples envahisseurs, les Anglo-Saxons, les Russes et les Chinois auront peuplé la presque totalité du globe et compteront chacun plaûeur» centaines de millions ou même des demi-milliards d'habitants de leur langue ei de leur civilisation, quand les Allemands, en outre, auront dans l'Europe centrale un noyau de 200 millions d'âmes, que deviendra, je ne dis pas l'indépendance politique, mais rindcpendance intellectuelle et sociale des autres peuples européens» des Français, des Espagnols, des Portugais, des Italiens, des Hongrois, des ScandiiuiTeft ? La langue, les habitudes, les goûts des peuples prédominants anglo-saxons, rosses, , chinois et allemands, refouleront et confineront sur d*étroits espaces Ioh idionies, les littératures, les arts des peuples qui n'auront pas de colonies. L'originalité de ceux-ci, leur dignité intellectuelle et morale, leur conscience nationale en éprouveront uue grave atteinte. Ces vieux peuples sans colonies. & l'excepUon do rAllemagno qui aura en quelque sorte colonisé par infiltration tout le centre de TËaivpc, ne seront plus guère que des satellites.
Il eût mieux valu pour maintenir, dans leurs proportions actuelles, les différents types de la race humaine, les variétés essentielles, que chaque nation d'Ëtut>pe