VI PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION
territoire. Nos colonies ODt été la rançon de nos échecs continentaux ; nous les avons abandonnées avec une insouciance de prodigue. Rien de frivole comme le mot de Voltaire sur la perte des « quelques arpents de neige du Canada ». La Louisiane vendue pour quelques millions; Saint-Domingue, la perle des Antilles, nous échappant pour retomber dans une demi-barbarie ; notre immense empire des Indes se réduisant à cinq comptoirs, ce sont de ces catastrophes que la plupart de nos historiens mentionnent à peine ; il semble que pour eux ce soient des faits secondaires et de médiocre portée.
La conscience nationale parait aujourd'hui être plus éclairée; elle commence à concevoir l'importance des colonies. A l'immense domaine colonial que le xviii" siècle a perdu, le xix" peut en substituer un nouveau, moins grand sans doute, moins varié, mais considérable encore.
Des événements imprévus nous ont valu l'Algérie et, malgré des hésitations singulièrement maladroites, nous donnent aujourd'hui la Tunisie. En Asie, la Cochinchine peut être le noyau d'un empire qui, pour ne pas atteindre à l'importance des Indes, sera une des plus belles dépendances qu'une puis* sance européenne possède sur le vieux continent asiatique. EnOcéanie, la Nouvelle-Calédonie est plus qu'un Ilot, et des archipels vacants peuvent encore, si nous nous pressons, être joints à cette possession lointaine.
Saurons-nous exploiter et développer ce domaine colonial qui vientde noûséchoir? Ou bien, au contraire, sommesnous voués à une irrémédiable incapacité colonisatrice? Recommencerons-nous au xix"" siècle ou au xx"* les fautes du xviii" siècle ?
Nous croyons, quant à nous, à la vocation civilisatrice de la France et à ses facultés colonisatrices. Les dernières années en donnent la preuve-: la France ne manque pas d'esprits entreprenants. Les plus grandes œuvres de ce temps, en fait de travaux publics extra-européens, ce sont des Fran-