DE LA PREMIÈRE ÉDITION
On a dit que la colonisation avait commencé avec le monde : à un certain point de vue, ce peut être là une vérité. Le premier homme peut, à quelques égards, être considéré comme un colon : l'étnigration a suivi de près la formation de la première famille humaine ; la terre ne s'est peuplée que successivement, de proche en proche, grâce à cette force d'expansion que possède toute société, si petite et si primitive qu*elle soit, grâce aussi à cet instinct naturel, très dé* veloppé chez certains individus, qui pousse Thomme à rinconnu et à l'aventure. Mais Témigration, la prise de possession d'un sol nouveau, d'une contrée vierge, ne suffisent pas pour constituer, dans le vrai sens du mot, IdL colonisation. Celle-ci est quelque chose de plus grand et renferme un élément différent. L'émigration est un fait d'instinct, qui appartient à tous les âges des sociétés ; la colonisation est UQ fait réfléchi, soumis à des règles, qui ne peut provenir que des sociétés très avancées. Les sauvages ou les barbares émigrent quelquefois, souvent même : l'envahissement successif des tles de TOcéanie par la race malaise en est une preuve, entre bien d'autres ; les peuples civilisés seuls colonisent.
Tandis que l'émigration et la prise de possession d'un sol nouveau rentrent, généralement, dans la catégorie des faits individuels, la colonisation appartient incontestable-