XII INTRODUCTION DE LA PREMIÈRE ÉDITION
ment à la catégorie des faits sociaux : c'est une des fonctions les plus élevées des sociétés parvenues à un état avancé de civilisation ; c'est dans Tordre social ce qu'est dans Tordre de la famille, je ne dis pas la génération seulement, mais Téducation. Une société colonise, quand, parvenue elle-même à un haut degré de maturité et de force, elle procrée, elle prolège, elle place dans de bonnes conditions de développement et elle mène à la virilité une société nouvelle sortie de ses entrailles. La colonisation est un des phénomènes les plus complexes et les plus délicats de la physiologie sociale.
On a souvent comparé une colonie à un rameau que Ton détacherait d'un végétal plein de sève et que Ton planterait dans un terrain plus neuf, moins épuisé et plus fécond. C'est là un rapprochement ingénieux, mais dont l'exactitude n'est pas à l'épreuve de la réflexion. Tandis, en effet, qu'il ne subsiste plus aucune relation entre la bouture et la plante dont elle a été détachée, que chacune d'elles poursuit à Técart son développement marqué par les lois invariables de la nature, il y a entre la société à Tétat d'enfance et de formation et la société adulte qui lui a donné le jour un échange permanent d'influences, une réciprocité de services, une continuité de rapports, en un mot, une dépendance mutuelle, qui constituent précisément ce que Ton est convenu d'appeler la colonisation.
La formation des sociétés humaines, pas plus que la formation des hommes, ne doit être al)andonnée au hasard. Sans doute, il se pourrait que, même dépourvue de tous soins, une société jeune parvint à grandir et à se fortifler par la seule influence d'un milieu favorable, d'un tempérament vigoureux et de circonstances heureuses. Mais une telle croissance est un fait exceptionnel et, quand il se produit, aussi lent que laborieux. Le mérite d'un peuple qui colonise, c'est de placer la jeune société qu'il a enfantée dans les conditions les plus propres au développement de