INTRODUCTION DE LA PREMIÈRE ÉDITION. XIII
ses facultés naturelles, c'est, sans gêner son initiative, de lui aplanir la voie, de lui donner les moyens et les outils Décessaires ou utiles à sa croissance. La colonisation est donc un art qui se forme à Técole de Texpérience, qui se perfectionne par l'abandon des méthodes que Tapplication a condamnées, et par la mise en essai des procédés que Tobservation suggère.
Aussi en est-il de la colonisation comme de l'éducation même : les principes ont varié et se sont transformés avec ^ le temps ; la conception des rapports de la mère patrie et de la colonie a été bien difTérente autrefois de ce qu'elle est aujourd'hui. A l'origine de la colonisation moderne, les métropoles avaient principalement en vue leur intérêt pro« pre auquel elles subordonnaient l'intérêt de leurs dépendances; il y avait une sorte d'exploitation de la colonie par la contrée mère, analogue à l'exploitation de l'enfant par le père dans les sociétés qui ne sont pas encore très avan* cées dans la voie de la civilisation, de la justice et de la liberté. La colonie était en perpétuelle minorité : elle appartenait sans réserves ni garanties à la métropole; elle lui devait obéissance et service en retour delà protection qu'elle recevait : situation vraiment analogue à celle du fils de famille dans le vieux droit romain. Sous l'influence du progrès des idées morales et politiques, et aussi par une conception plus juste de l'intérêt véritable des deux parties, les principes se modifièrent : on en vint à des notions plus conformes au droit naturel, qui veut que toutes les sociétés soient égales entre elles et qu'aucune, si petite et si jeune qu'elle soit, ne soit sacrifiée à une plus ancienne et à une plus grande.
Non seulement la conception théorique des rapports essentiels de la colonie et de la métropole se modifia^ mais aussi les moyens pratiques de coloniser se transformèrent. Étant admis que le but de la colonisation c'est de mettre nne société nouvelle dans les meilleures conditions de pros-