‹ De la colonisation de l'AlgérieChapitre 7 sur 7 · GG · texte numérisé non relu

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vl ccpemlant, on avait la prétention de voir défritlier en Ali'iquodes espaces immenses enim tour de main.

Nous avons lu dans des actes de concessions la condition de mettre quatre mille liectares en culture en cinq années, de planter plusieurs milliers de pieds d'arbres, de faire des milliers de mètres de fossés de dessèchement, trente ou quarante fermes , deux ou trois villages, des clôtures, etc. , etc.; toutes choses qui ne s'accompliraient pas dans cinquante ans.

iVous citons ces particularités comme preuves des ignorantes exigences qui existaient et existent encore dans une partie du peuple lettré.

Aucun Gouverneur, quelque actif qu'il soit, aucun administrateur civil, quelle que soit son habileté, ne satisfera en un demi-siècle les espérances que les ijommes auxquels nous faisons allusion fondent sur une seule année.

La colonisation est une chose lente par essence, }^rce qu'elle se fonde sur la prospérité agricole, et qu'il faut des travaux assidus, persévérans pendant i)on nombre d'années, pour qu'une famille de cultivateurs puisse trouver un peu d'aisance sur la terre quelle cultive, surtout quand elle est obligée d'employer la première année et tout son petit pécule pour construire une maison et quelques bàtimens d'exploitation.

Comment introduira-t-on sur le sol la famille de manière à ce qu'elle puisse vivre d'abord et prospérer ensuite ? Comment cette nouvelle société se maintiendra-t-elle vis-à-vis des Arabes, si belliqueux, si bien préparés pour la guerre dès leur plus tendre enfance ? Quelle constitution sociale faut-il lui donner, nonseulement pour qu'elle puisse résister à ses terribles voisins, qu'il faudra spolier à son profit, mais encore pour qu'elle puisse jouer un jour le rôle de peuple dominateur?

Voilà des questions dont on paraît s'être fort peu

préoccupé. On a presque traite de rêveurs et d'insensés les hommes (|ui ont voulu les soulever. On n'a songé à donner à cette société que les libertés civiles, nmnicipales et individuelles de la France : de sa sécurité, de sa force, du rôle qu'elle devait jouer vis-à-vis des Arabes, on n'y a paspensé lemoinsdu monde. En vertu de quelques grands axiomes de liberté, on veut fonder la société la plus fail)le au sein d'un peuple guerrier par essence, hostile par sa religion, par sa nationalité, par ses mœurs, par son amour de la propriété.

Nous avons dit que le peuple arabe était essentiellement guerrier. Nous ajoutons qu'il est très-discipliné. Au premier signal de ses chefs, il prend les armes et court au combat. Il ne lui manque donc que la tactique pour être fort redoutable ; et ce qui le prouve, c'est que nos régimens arrivant de France ont besoin d'une année d'expérience pour apprendre à le vaincre. Est-il donc logique de placer devant lui, comme peuple dominateur, une réunion d'hommes pris au hasard chez toutes les nations, sans discipline, sans organisation, et, partant, sans aucune force d'ensemble.

Les libertés civiles, municipales, individuelles, sont sans doute fort appréciables en France. Là, nous n'avons pas devant nous, au milieu de nous, un peuple ennemi, jaloux de son indépendance et de son sol. Mais en Afrique, il y quelque chose de plus précieux que la liberté individuelle, c'est la sécurité, c'est l'assurance de conserver sa tête sur ses épaules, et de ne pas se voir ravir sa femme, ses enfans et les récoltes qu'on a semées.

Voilà, à notre avis, la question que doivent le plus méditer uos hommes d'État.

Quant à savoir comment se ferait matériellement la colonisation civile, beaucoup d'idées se sont produites, et avec elles l'opinion qu'il fallait les essayer toutes. Nous ne la partageons pas, et voici les raisons qui nous

— es —

f'onhlii'cqu il faul choisir le iiieilli'Ui' système el .s'en tenir là.

Rien de (lueUiue importance en colonisation ne peu t se faire sans le concours de l'administration, sans la protection et même le secours matériel de l'armée. Il faut souvent traiter avec les Arabes pour le terrain à coloniser; il finit cadastrer ce terrain, le répartir, clioisir les familles, les installer et faire tous les travaux d'utilité publique ; enfin, il faul que Tarmée protège 'et fournisse souvent des bras, non-seulement |)our les travaux d'intérêt général, mais encore pour aider les particuliers à défricher leurs terres, ce sans quoi ils ne récolteraient rien la premièi'e année, et même la deuxième.

Si l'on entreprend à la fois tous les genres de colonisation qui ont été proposés, les grandes exploitations par les grands concessionnaires, les villages créés pai' des sociétés de capitalistes, les villages créés par le Gouvernement, lacolonisationmilitaire, la colonisation libre pour la petite propriété, enfin les fabriques, les usines, l'élève des grands troupeaux, etc., etc., on comprendra que l'administration ne pourra suffire à tant d'exigences. Il faudra instituer une multitude d'agens de toute nature. L'armée tout entière sera iïnmobilisée pour la protection ou pour les travaux, ou même elle ne suffira pas.

Nous le répétons , il faut choisir un oudeux moyens, s'en tenir là, et ce sera bien suffisant pour absorber toutes /es facultés des agens du gouvernement militaire ou civil.

Il est vrai que l'on compte beaucoup sur les grands capitalistes pour activer la colonisation sans bourse délier et sans embarras pour le Gouvernement. Nous avouons que nous n'avons pas la même foi dans la puissîuice des capitalistes.

Nous nous préo€CU|X)ns d'alwrd et avant tout de la natme de la population (ju'ils peuvejit nous faire.

et nous nous deinaiulons s'il est en leur pouvoir dt.' créer une population mieux choisie , plus énergiquement constituée que celle qui a déjà été installée par le Gouvernement. En interrogeant toutes les circonstances qui entourent les capitalistes , en comparant leurs moyens avec ceux de l'État, nous voyons de la manière la plus positive qu'il est impossible qu'ils fessent aussi bien, et nous donnons pour preuves de leur impuissance à cet égard l'exemple de ce qu'ont tait jusqu'ici en colonisation les grands propriétaires de Bone et d'Alger.

L'État a un immense intérêt à ce que la colonisation soit en masse composée de propriétaires, alîn que les familles attachées au sol pour toujours soient vivement intéressées à le défendre en s'y perpétuant.

Les grands concessionnaires capitalistes peuventils faire des propriétaires ? Alors, ils aliéneraient la plus grande partie de l'immeuble qui leur aurait été concédé, et, s'ils font pour installer des propriétaires les mêmes frais que fait le Gouvernement, ils paieront beaucoup trop cher la partie de leur propriété qui leur restera. Leur donnera-t-on une étendue telle qu'ils puissent être indemnisés avec bénéfice après avoir créé un certain nombre de propriétaires? Mais alors l'État s'expose à donner des espaces considérables, qui ne recevront qu'une population rare de mercenaires, ou qui n'en recevront pas du tout.

Les capitalistes, dit-on, construiront des fermes et des métairies, et il leur viendra des fermiers, des métayers. Voilà ce que nous ne croyons pas, ou, du moins, nous soutenons qu'il ne leur viendra des fermiers et des métayers que de la dernière espèce. Les bons sont très-recherchés en France : ils viendraient peut-être en Afrique par l'attrait de la propriété ; mais pour être fermiers et métayers , ils n'ont pas besoin de se déplacer et de s'exposer aux dangers du climat et à ceux du voisinage des Arabes.

En résumé, nous pensons que lescapilalistes, soH séparés , soit réunis en société , ne peuvent pas faire celte colonisation vigoureuse, bien constituée , attachée au sol pour toujours , telle enfin qu'il la faut à la France pour consolider sa conquête ; que pour exécuter cette œuvre vraiment gigantesque, il faut la puissance du Gouvernement, c'est-à-dire celle de tous.

Le capitaliste veut trouver dans son entreprise l'amortissement et l'intérêt des capitaux qu'il emploie. Qui('on({ue a pratiqué l'agriculture dira que les familles de cultivateurs ne peuvent pas rembourser les avances des capitalistes. Il n'y a donc que la société tout entière qui puisse faire des avances qu'on ne peut pas récupérer. Le Gouvernement, qui la représente, a dans la main de grands moyens que ne peuvent avoir au môme degré les capitalistes, quelque riches qu'ils soient. Il a pour fonder la colonisation une administration toute créée. 11 trouvera dans son armée une seconde administration, et en temps de c<^lme des bras nombreux à bon marché.

Voilà selon nous, le grand, le véritable colonisateur, celui qui seul peut faire quelque chose d'assez considérable pour garantir la possession de l'Algérie.

Toutefois, qu'on essaie les capitalistes ; mais qu'on ne se jette pas largement dans cette voie avant de les avoir bien mis à l'épreuve de nouveau; car, à notre avis, l'épreuve est déjà Aiite.

Il n'est pas indifférent, comme on pourrait le croire, de livrer aux essais de vastes terres, en disant, comme nous l'avons entendu, que si l'on ne réussit pas ce sera toujours des capitaux qu'on aura versés dans la colonie. Mais ces terres, il faudra les prendre aux Arabes, car nous n'en avons presque plus dans les rayons actuels de colonisation. Il y a là de très-grands ménagemens politiques à garder, et, quoi qu'on fasse, il y aura toujours danger.

Il faudra d'autant plus protéger les grands eoneessionnaires dans leurs entreprises, que les espaces qu'ils demandent étant considérables , leurs établissemens seront loin des centres de population , des lieux occupés par nos troupes.

Si c'est dans l'intérieur qu'on les place, et ce n'est plus que là que nous avons des terres du beylick, les difficultés de protection grandissent immensément. Si l'on spolie les Arabes à leur profit , et il le faudra souvent , les dangers étant plus grands encore , il faudra une protection plus considérable, dont les difficultés grandiront en raison de l'éloignement.

S'il est vrai que les capitalistes aient la puissance qu'on leur attribue, il faudra bien les placer dans l'intérieur , là où nous avons des terres, là où il est important de fonder la colonisation pour assurer notre domination dans l'avenir. Eh bien ! si l'on va seulement par delà la première chaîne de l'Atlas, et c'est là qu'il faut aller, les obstacles pour le capitaliste et pour le Gouvernement se multiplient énormément. Que l'on fasse dans cette zone la colonisation par les capitalistes ou par l'État, qu'on la fasse civile ou militaire, nous disons que l'on ne peut y pi'océder que par grosses fractions de population , implantées tout tl'une pièce, et assez fortes dès l'origine pour se faire respecter.

ïl serait trop long , dans les bornes de cet écrit , d'exposer les difficultés de tout genre qu'il faudra surmonter, quand la colonisation , quel que soit le système , se portera dans les vallées au sud de la première chaîne de l'Atlas. Et cependant, où irait-elle si elle n'allait pas là ?

On ne peut pas songer à déposséder les Kabyles qui séparent le littoral de cette zone. Ils sont n'oml)reux et très-guerriers ; ils ont des villages , et leur culture est sédentaire ; il y a déjà pour eux trop peu de terre cultival)le ; il n'y a donc pas place pour les

Hir(>j)coiis dans les luuiitagiies kabyles, el ils y t'eraieiil une bien triste ligure.

11 faudra donc les porter au-delà , les v garder jusqu'à ce qu'ils soient très-robustes, leur mire des roules à travers les montagnes pour qu'ils puissent se procurer, d'alx)rd les bois et quelques autres matériaux à bâtir, et puis pour communiquer commercialement avec le littoral.

Mais nous ne voulons pas entrer, nous le répétons, dans rénumération des obstacles. jNous nous boriterons à dire que la colonisation dans la zone au sud de la première chaîne de l'Atlas, ne peut plus se faire comme elle a été faite aux environs d'Alger, où les familles arrivaient une à une dans le village à créer, de telle sorte qu'il fallait dix-huit mois ou deux ans pour (|u'il fût peuplé. On comprendra facilement que les fractions multipliées de l'armée ne peuvent pas être en faction si long-temps pour attendre cette colonisation goutte à goutte. Il faut que la population civile ou militaire d'un certain rayon arrive presque toute à la fois, pour que cela mérite l'aide et la protection d'un détachement de troupes.

Sans entrer dans les détails, nous en avons dit assez pour faire entrevoir combien cette grande œuvre est épineuse, et combien on s'est fait d "illusions à cet égard.

On a beaucoup attaqué, gourmande les fonctioiinaire{> civils et militaires de l'Algérie de ce qu'ils n'allaient pas plus vile. On leur prodiguera encore les faux jugements. Malheureusement, cela n'aplanira pas les obstacles, parce (ju'ils sont dans les choses, et (pie le temps , une volonté forte et de grands sacrifices peuvent seuls les aplanir.

■ Il est une autre grande question , dont les hommes peu réfléchis auxquels nous avons fait allusion plus haut, n'ont pas paru soupçonner 1 existenc<3 : c'est celle du rôle que peuvent et doivent jouer les Arabes dans notre colonisation.

Nous avons déjà dit que dans presque toutes les ■ ' théories colonisatrices , on faisait aîistraction du peu- • pie arabe , cela n'est pas parfaitement exact : on y a pensé quelquefois , non pas pour nous l'assimiler, mais pour lui dire, qu'on nous passe l'expression triviale en ce qu'elle rend parfaitement la chose : Otetoi de là que je m'y mette.

La fameuse tache d'huile , qui a été le rêve d'hommes très-distingués d'ailleurs, ne veut pas dire autre chose que cela. La colonisation , comme la tache d'huile , devait s'étendre tout doucement en poussant les Arabes devant elle.

De la possibilité d'application , des conséquences qui devaient en résulter, on ne s'est pas enquis le moins du monde.

Où iront-ils ces Arabes que poussera votre tache d'huile ? Chez les tribus voisines , direz-vous? Eh oui , ils s 'y réfugieront ; ils y porteront leurs terribles ressentimens , et ils les feront d'autant mieux partager aux tribus voisines qu'elles comprendront parfaitement que le même sort les attend un peu plus tôt ou un peu plus tard. Elles verront que c'est l'expulsion générale, le refoulement graduel jusqu'au Désert ; en un mot , que c'est leur existence même qui est menacée. En présence d'un tel danger, qui ne prendrait pas les armes ? Croit-on que c'est avec la population débile par sa composition , plus débile encore par la constitution qu'on lui donne , qu'on pourra refouler ainsi l'un des peuples les plus belliqueux du monde? Ce serait une bien dangeureuse illusion. Il faudrait qu'une armée marchât toujours en avant de la tache d'huile; et quand cette tache aura trente lieues de diamètre, quelle armée faudra-t-il pour garder la circonférence !

Disons-le sans plus de longueur : c'est la guerre continue jusqu'à extermination du peuple indigène ou du conquérant.

Refouler tout (1 un coup les Arabes dans le Désert , et les Y contenir, est une œuvre encore plus impossible. Qu'on songe donc aux forces qu'il faudrait pour opérer ce refoulement rapide sur un territoire de 240 lieues de longueur et de 40 à 50 lieues de largeur, sur un territoire dont les deux tiers de la surfoce sont en montagnes très-âpres. 500,000 hommes de toutes armes seraient très-insufïisans pour remplir celte tache. Quand ce grand traque arriverait au Désert , il aurait laissé derrière lui presque toute la population arabe.

Nous ne parlerons pas de l'extermination , elle est trop contraire à nos mœurs : nous nous bornerons à faire observer que la spoliation et le refoulement no sont pas des moyens beaucoup plus humains , et qu'il est assez étrange que personne ne se soit récrié contre de semblables propositions , lorsqu'on a fait tant de bruit pour des actes partiels de rigueur, qui sont la conséquence inévitable de toutes les guerres i)ossibles, mais qui ne produisent que des désastres partiels. Ces actes ont même un côté d'humanité; car, par l'intimidation qu'ils produisent, ils font plus vite cesser la guerre , dont la durée produirait en somme des maux beaucoup plus grands pour le vainqueur comme pour le vaincu.

Si l'on ne peut ni refouler graduellement le peuple arabe , ni le refouler brusquement, ni l'exterminer, il fout se résigner à vivre avec lui. ,

Nous devons tendre par tous les moyens possibles à nous assimiler les Arabes, à modifier graduellement leurs mœurs. Nous ne devons pas prétendre à leur attachement : du moins , ce résultat ne peut être obtenu qu'après plusieurs générations. Mais, en leur rendant notre joug tolérable, nous afl'aiblirons beaucoup l'esprit de révolte dont ils ont toujours été animés sous tous leurs dominateurs. Pour atteindre le but , il ne faut pas , selon nous, les mettre dans une

zone et nous dans une autre. Cela serait dailleurs matériellement et moralement impraticable. On peut resserrer chaque tribu sur son territoire , maison ne peut pas, sans ramener immédiatement la guerre, jeter plusieurs tribus sur le territoire de leurs voisins. D'ailleurs, en cantonnant ainsi les Arabes séparément, on formerait deux camps ennemis en présence l'un de l'autre ; l'agglomération des indigènes ferait fermenter leurs esprits, et, sans se compter, ils se croiraient capables de secouer le joug, surtout s'ils se voyaient en face d'une société aussi mal constituée que celle que nous leur avons présentée jusqu'à présent.

Il nous paraît infiniment plus sage de les mêler à notre société \ et de les faire jouir de tous les avantages qu'elle comporte. C'est par ce contact continuel que leurs mœurs se modifieront , qu'ils prendront d'autres habitudes agricoles : le goût de la propriété bâtie et des cultures sédentaires et soignées leur viendra par l'exemple. Quand ils l'auront , ce goût , il y aura un grand pas de fait , sinon vers la fusion des deux peuples , du moins vers un état de résignation et de calme. On tient à sa maison , à ses arbres, à ses vergers, à ses prairies, et l'on est bien moins disposé à se jeter dans les aventures de l'insurrection.

D'après ces grandes considérations :

Nous voudrions faire marcher de front la colonisa tion arabe avec la colonisation européenne. Une partie des sommes votées au budget pour la colonisation serait appliquée à construire des villages pour les Arabes , ou du moins à les aider dans ces constructions, comme aussi à exécuter des travaux d'utilité générale qui contribueraient beaucoup à les attacher

* Nous avons, dans la plaine de la Mitidja , l'exemple de la possibilité du mélange. Plusieurs petites tribus y vivent en bonne harmonie avec les colons européens. Il n'y a pas plus de contestations d'Arabes à Européens qu'entre les Européens.

.111 sol. Nous mettrons en première ligne les irrigations et les plantations.

Nous ne pouvons faire la colonisation européenne qu'en spoliant les Arabes quand ils sont propriétaires du territoire de la tribu , ou en les resserrait quand ils n'ont d'autres titres que ceux de la longue

i'ouissance. Les resserrer équivaut à la spoliation. *our exécuter une chose qui blesse à un si haut degré les intérêts les plus chers à l'homme , il faut être toujours fort ; mais la force toute seule ne suffirait pas ; il faut que la rigueur de l'acte soit tempérée par des mesures favorables qui compensent en grande partie le dommage opéré. Il faut que les Arabes trouvent , dans certains avantages agricoles que peut procurer un bon gouvernement, un équivalent de ce qu'ils perdent en surface. Détourner les eaux d'une rivière, et quelquefois d'un simple ruisseau, les distribuer avec intelligence et justice, c'est souvent donner à mille hectares une puissance productive plus considérable que celle des terres qu'on aura prises à la tribu , pour fonder des villages européens.

Des ponts, des routes, des chemins, des mosquées, des marabouts, des plantations, quoique ayant moins d'importance que les irrigations, peuvent contribuer beaucoup à faire atteindre le but.

La bonne et impartiale justice, qui ne distinguera jamais TEuropéen de l'Arabe, doit aussi exercer une grande influence.

En disant qu'il faudrait resserrer les Arabes pour l'aire la colonisation européenne, nous n'avons pas entendu qu'on put prendre leurs terres sans les leur payer, lorsqu'ils en sont propriétaires. C'est déjà bien assez que de les en priver, et de les forcer ainsi à réduire les troupeaux, qui font leur aisance sans exiger le travail pénible qui est le partage des peuples de l'Europe.

La justice et la bonne politique exigent que Ton paie les terres que l'on prendra aux tribus propriétaires, et c'est le plus grand nombre, surtout dans les provinces d'Alger et d'Oran. Ces expropriations avec indemnités ne seront pas la partie la plus coûteuse de la colonisation, pourvu que les Européens ne soient pas autorisés à acheter en dehors du rayon actuel de la colonisation civile; ce qui ferait augmenter le prix des terres. Entre Arabes , elles ne sont pas chères : ce que nous avons acheté jusqu'ici pour la colonisation n'a pas dépassé trois fois la valeur du produit ; en sorte qu'une terre qui pouvait rapporter 100 francs, était payée 300 francs. Peut-être serait-il équitable d'élever un peu ce taux. Dans tous les cas, nous croyons que le territoire d'un village de iOO feux, à 10 hectares par famille, en tout 1 ,000 hectares, ne coûtera guère que 30 à 40,000 francs. C'est beaucoup, sans doute, parce que ce sera très-multiplié ; mais cette manière de procéder épargnera bien des collisions, toujours très-coûteuses, et bien des assassinats. Mettre autant que possible la justice de son côté, en même temps que la force, voilà la bonne politique du conquérant.

Mais aux tribus qui ne possèdent pas avec titres,' mais qui ont la longue jouissance, on peut se dispenser de payer le terrain qu'on leur supprimera ; à condition toutefois : 1 " de ne leur prendre que le quart ou même le cinquième de leurs terres ; 2*^ de leur diviser le reste conformément à l'importance et à la fortune de chaque famille, et de la rendre propriétaire incommutable ; 3° d'exécuter sur leur territoire des travaux d'utilité générale qui compensent, en partie du moins, l'espace qu'on leur aura pris.

Tels sont, à notre avis , les principaux moyens de résoudre à la longue le grand problême du mélange pacifique des deux peuples sous un même gouvernement.

Nous n'avons fait qu'indiqncr prcccdcmmcnt le danger qu il y aurait de continuer à mettre en présence des Arabes une société faiblement constituée de lout point. Il a été fiïcile au lecteur de compreiKlre que nous sommes partisans de la colonisation militaire. C'est à notre avis le seul grand moyen d'aller vite et de fonder un véritable peuple dominateur. La force, qu'on ne s'y trompe pas, est la grande base de notre établissement ; tous les autres moyens sont infiniment secondaires. Ils n'opèrent qu'à la longue , et l'on a besoin à chaque instant, vis-à-vis des Arabes, d'être fort.

La force de la colonisation résulte de deux élémens : le bon choix des individus , et leur organisation ou leur constitution.

Comment pourrait-on nier que des soldats, choisis par la conscription sur toute la population de France, ne donneraient pas, physiquement et moralement, une aggrégation plus solide que celle de la population qui nous arrive ?

Or, il est d'une immense importance , pour imposer du respect aux Arabes , de leur présenter une aggrégation d'hommes robustes, disciplinés et moraux. Nos soldats nous offrent ces avantages , qu'il est impossible de trouver au même degré dans la population civile, qui est un mélange de plusieurs nations.

On a opposé à la colonisation militaire qu'elle serait trop coûteuse. Que l'on veuille bien examiner ce qu'a coûté déjà la colonisation civile qui se fait autour d'Alger; que l'on fasse entrer en hgne de compte toutes les dépenses directes ou indirectes, laugmentation des fonctionnaires qu'elle a provo- ([uée et provoquera chaque jour davantage, et l'on arrivera au chiffre d'environ 4,000 fr. par famille.

Nous ne croyons pas que la colonisation militaire (oùle autant. Dabord, les agens d'exécution se trou-

veront dans l'armée, et ne coûteront en sus de leur solde halntuelle qu'une récompense honorifique et un grade s'ils se distinguaient dans cette tâche.

La colonisation civile n'ayant presque aucune force en elle-même, aura besoin d'être gardée toujours par une armée croissante au fur et à mesure de l'extension du territoire envahi par les colons. C'est cette dépense indirecte, mais permanente et pleine d'inconvénicns politiques, (ju'il faut mettre dans la balance du côté de la colonisation civile.

Sans doute, il est dur pour la nation, après avoir dépensé beaucoup pour la conquête, d'être encore obligée de sacrifier cinq ou six cents millions, peutêtre un milliard , pour y établir le peuple qui doit la conserver et l'utihser : mais, à notre avis, c'est là l'invincible conséquence de notre entreprise.

Ceux qui croient que les capitalistes et la colonisation libre, sans bourse déher pour le Gouvernement, peuvent suffire à l'œuvre, ne doivent vouloir ni de la colonisation civile, ni de la colonisation militaire laite par l'État.

Nous avons dit notre opinion sur la puissance des capitalistes en cette matière. Nous pensons que la colonisation libre serait encore plus impossible et surtout plus lente.

En supposant que ces deux moyens pussent produire quelque chose, il faudrait attendre les résultats pendant un ou deux siècles, avec une armée permanente de cent mille hommes d'abord, s'accroissant en proportion des progrès que feraient les capitalistes. Il est aisé de comprendre qu'au bout de vingt ou trente ans seulement, cette colonisation qui n'aurait nominalement rien coûté au budget, serait pourtant la plus chère de toutes.

Nous n'examinerons par les dangers politiques qui en résulteraient en Afrique et surtout en Europe. Le lecteur intelligent les verra d'un coup d'œil.

Nous Icriiiinonsccl aperçu on disant <|uc la co- Umisalion la phts forlement cotistituée et la plus rapide, quelles que soient les sommes qu'elle coûtera, sera de beaucoup la plus économiqua et la plus politique.

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