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DE LA COLONISATION EUROPÉENNE EN AFRIQUE

La colonisation européenne en Afrique est le vœu de tout le monde. On s'en est peu occupé pendant les deux ans et demi de pacification qui ont suivi le traité de la Tafna. Il est même assez remarquable que dans les environs de Bône, où l'on a joui dès le principe de beaucoup de sécurité , on n'ait pas songé du tout à coloniser. Les propriétaires européens se sont bornés à faire cultiver par les Arabes , les terres qu'ils avaient

nchclées : cl nous convenons (|ue cela était beaucoup plus avantageux qu<' lio l'aire cultiver par des inains européennes, qui coûtent plus cher, directement par le salaire journalier , et indirectement par les constructions qu'il faut fiiire pour loger les travailleurs. Avec l'Arabe , au contraire , on n'a aucun déboursé à laire, aucune installation à créer. On se borne à lui livrer la terre et la semence. Il se paie avec une partie des produits, qui est très-inférieure à celle qui est prélevée en Europe par le métayer. Les propriétiiires un peu intelligens ont très-bien vu que s'ils faisaient cultiver par des ouvriers d'Europe, ils ne pourraient manquer de se ruiner , car le produit ne couvrirait jamais la dépense.

Mais dès que les hostilités de 1839 curent éclaté, on se passionna avec force pour la colonisation. Il fallait, disait-on, la faire marcher de front avec la guerre, qui n'était qu'un moyen et non pas un but. L'opinion imposa au Gouverneur-Général et à l'armée la tâche multiple et simultanée de vaincre Abd-el- Kader, de soumettre les tribus, de leur donner un gouvernement, de faire l'obstacle continu et la colonisation.

La guerre n'était pas le but, cela est vrai: mais comme il était impossible de faire la colonisation sur uneéchellede quelque importance avant d'avoir soumis les Arabes autour de nous, la guerre devenait la première et la plus importante question à résoudre, puisque c'était de celle-là que dépendait la solution de toutes les autres.

Cependant les hommes peu pratiques faisaient toujours de la guerre une question fort secondaire. On gourmandait le Gouverneur-Général de ce qu'il faisait trop la guerre. 11 répondait qu'il croyait mieux servir les intérêts de la colonisation, et les affaires civiles .en général, en travaillant à leur donner de la sécurité, ({ucn restant à Alger pour poseï' la première pierre,

(le chaque village et aider le conseil d admiiiistralioii dans tous les petits détails.

Disons-le avec franchise : cette ardeur pour la colonisation qui avait dormi i^n temps de paix, et qui se réveillait en temps de guerre, était, chez la plupart des esprits, fort mal éclairée. On faisait abstraction complète du peuple arabe et des difficultés qu'allaient nous opposer ses habitudes guerrières, ses droits sur le sol , résultant de titres écrits ou de longue possession . On raisonnait comme si le sol eût été vide et entièrement à notre disposition.

On ne comprenait pas davantage les immenses difficultés qu'il y a à établir des familles sur une terre nue et souvent en friche. On paraissait croire qu'il suffisait de les y jeter et de leur marquer un carré de terrain, pour que, dès la première année, elles y trouvassent une subsistance abondante par la bonté du sol dont on exagérait la fertilité.

Nous avons entendu dire souvent à des hommes éclairés d'ailleurs , qu'il fallait jeter sur la terre africaine des flots, des torrens de population.

C'est que ces hommes n'avaient jamais mis la main à l'agriculture, et qu'ils ignoraient complètement les travaux, les tribulations de la vie des champs. Ils s'étonnaient de ce qu'en dix-huit mois nous n'eussions institué qu'une vingtaine de villages. Ils s'attendaient à les voir sortir de terre par centaines comme des champignons après une pluie chaude d'automne.

Le dernier fermier de France aurait mieux jugé la tjuestion que ces hommes du monde.

Il n'y a rien de plus difficile que de fonder la prospérité d'une société agricole sur une terre, même bonne de sa nature, quand il faut tout créer. Que de siècles il a fallu pour que les village de France arrivassent au point où nous les voyons ! H y a encore en France, dit-on, cinq millions d'hectares en friches. Il y en a bien un plus grand nombre de très-mal cultivés;

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