LE COTONNIER
Le cotonnier est peut-être de tous les végétaux, celui qui alimente le commerce le plus important et l'industrie la plus active. Originaire d'Asie , et d'une nature souple comme les fruits moelleux qu'il produit, il s'est acclimaté successivement dans presque toutes les parties du monde : aujourd'hui , il vit en Amérique , h Tunis, en Egypte, à Malte, en Sicile, sur les côtes de l'Andalousie et jusque dans les régions les plus chaudes de la France.
Dès le douzième siècle, le cotonnier était cultivé en Afrique, sur les plateaux situés au nord et au sud de l'Atlas. Edrisy en signale de nomhreuses plantations à Sétif , à Tobna , à Omm-Rebi, a Cabsa, h Sedjelmasa, à Daï , à Tiidéla , etc, ; dans ces deux derniers can-
tons, les belles capsules recueillies par le laboureur étaient rapidement transformées en étoffes par d'habiles ouvriers ; et c'est de là que les habitans du Maghreb faisaient venir la plupart des tissus de coton qui leur étaient nécessaires *. La culture du cotonnier paraît avoir été surtout très-active dans les plaines de l'Habrah, où on le rencontre encore à l'état sauvage ^.
Sous la domination des Turcs, les populations modernes de la régence ont entièrement abandonné cette riche industrie.
Quand les Français entreprirent de la raviver, ils furent donc obligés de s'approvisionner de semences au dehors et de faire des études toutes nouvelles : c'est ainsi que des cotons de la Louisiane, de Castellamare , de Malte, etc., furent semés, d'abord sur les terres du jardin de naturalisation , et, plus tard , sur celles d'un petit nombre de colons. Partout le succès le plus complet paya promptement et largement les peines des cultivateurs ^. « Les cotons ont
' Edrisy, Délasaemens de l'homme du monde, traduction de M. A. Jaubert, t. I^"", III'' climat, p. 207-254. Les villes et les districts agricoles et manufacturiers de Tudéla et de Daï étaient habités par des Berbères de dilïérentes tribus. — D)id., p. 221.
^ Situation des établissemens français dans le nord de l'Afrique, II' part., chap. XIII, p. 281.
^ Annales de la soeiété coloniale de l'état d'Alger,, rédi"
admiral)lement réussi h Alger, disait M. Laboulie à la Chambre des députés, dans la séance du 10 juin 1836 : on a récolté sur la propriété d'un de nos honorables collègues, des produits d'une valeur égale à ceux des meilleures plantations de la Louisiane, d
Le rapporteur de la commission d'Afrique , M. de la Pinsonnière, s'exprimait ainsi, au sujet de l'introduction du cotonnier : « Le sol et le climat de la régence se prêtent parfaitement à ce genre de culture , et on peut en attendre les
gces par M. Joanny Pharaon, t. P% p. 34 et 35. — Première lettre à M. Passy^ député,, rapporteur du budget du ministère de la g'uerre pour l'annce i856, par M. Eugène Renault, délégué d'Alger, p. i6.
« Le terrain du jardin de naturalisation employé, en i855, à la culture du coton de la Louisiane , lit-on dans les Annales de la société coloniale j formait un arpent environ, non fumé et non arrosé. La végétation a néanmoins été si vigoureuse , que les plantes espacées de deux pieds sur des lignes séparées par un intervalle de trois pieds, ont atteint rapidement deux pieds d^élévalion , et ont porté chacune de 3o à 5o capsules d'un beau volume. La soie, par sa longueur et sa finesse, nous a semblé supérieure au coton d'origine américaine.
» Le cotonnier de Castellamare , cultivé également en terrain frais et en terrain sec , a donné des résultats non moins satisfaisans; la soie, par sa finesse et son brillant, nous a paru préférable au coton originaire de Castellamare. Les plantes ont donné des capsules plus fournies que celles de la Louisiane. »
plus grands résultats» *. Le gouvernement, dans sa Statistique générale de l'Algérie, témoigne la même confiance : « La culture du coton a été essayée , dit-il , et les essais promettent beaucoup •» ^.
Parmi les expériences les plus récentes et les plus heureuses, on en cite une qui a l'avantage d'établir, avec beaucoup de netteté , la part des dépenses et celle des bénéfices. Elle a été faite sur une plantation de quatre hectares appartenant h un colon européen.
' Rapport sur la colonisation de l'ex-règencc j P* part., p. 72.
« La culture du coton à Alger mérite la plus sérieuse attealion ; car pour soutenir la concurrcuce dans l'état actuel de l'industrie , il faut non-seulement que la France s'attache à perfectionner les procédés de manufacture, mais encore à se procui'er la matière première au plus bas prix possible.
« Tout le monde sait que la navigation française est plus chère que toutes les autres ^ et qu'à distances égales , nous ne pouvons lutter avec nos concurrens 3 or, le voisinage d'Alger devra singulièrement influer sur les frais de transport et nous donner un avantage, qui, tout faible qu''il sera , ne doit pas être dédaigné.
» Quelles que soient les espèces de coton auxquelles on s'attachera, il sera indispensable de se procurer des graines de bonne nature j il n'y en a que de très-douteuses à Alger, et celles de la Louisiane, de Fernambouc et d'Egypte , paraissent préférables à toutes les autres.» — Ibid.
- Tableau officiel j, U^ \)avt., chap. Xlïl , p. 181.