‹ De la colonisation du nord de l'Afrique; nécessité d'une association nationale pour l'exploitation agricole et industrielle de l'AlgérieChapitre 34 sur 53 · TITRES ELLES SE FONT · texte numérisé non relu

TITRES ELLES SE FONT

Il y a quelques années, les terres étaient à trèsbas prix dans le Deylick d'Alger. Un haut dignitaire de l'armée , qui en est aussi une des plus belles gloires, affirmait, en 1833, que le gouvernement, avec 100,000 fr., aurait pu acheter une étendue de terrain de 100 à 200 lieues carrées ^.

Cela nous rappelle un fait curieux rapporté par un ancien voyageur : l'abbé Poiret, pendant son séjour en Barbarie, a connu un chef arabe, qui pour une jument, avait cédé au bey de Gonstantine près de dix lieues carrées de terre cultivée ^.

* Nouvelles observations de M. le maréchal Çlauzel sur ta colonisatiotij p. 27.

' J^oyage en Barbarie j par l'abbé Poiret, II' part., letnc ]^XIV, p. 169 et 170.

Depuis la conquête , la valeur du sol exploitable a considérablement augmenté. Il ne faut pas en chercher seulement la cause dans l'agiotage malheureusement trop répandu des propriétés foncières : ce changement favorable provient , en grande partie, de l'extension du mouvement colonial et de l'industrie agricole.

Mais il ne faut pas croire , pour cela , que les acquisitions d'immeubles exigent aujourd'hui de grands sacrifices. 11 y a encore très-loin du prix des meilleures terres dans l'Algérie à ce que valent les terrains les plus médiocres en France. D'ailleurs, l'usage où sont les Maures , dans les opérations de ventes immobilières , de ne point exiger le paiement intégral de leurs propriétés et de se contenter d'une rente annuelle, facilitera toujours singulièrement les opérations de ce genre *♦

' « M. le duc de Rovigo estimait que nous devions occuper les principaux points du littoral ; nous rendre , par là , maîtres des grandes voies d'importation et d'exportation j et attendre , dans cette position, du temps et des effets de notre système militaire et politique, la soumission progressive du pays.

» Ce système n'exclut pas la formation, dans le voisinage des villes, de toutes sortes d'établissemens agricoles par les capitalistes qui peuvent y être disposes. Les acquisitions de terres sont trèspraticables , puisque les Maures ne demandent pas mieux que de les vendre moyennant de modiques rentes. Les capitalistes peuvent de même acquérir, si le gouvernement en permet l'alic-

L'aliénation des terres du domaine présente aussi des occasions très-avantageuses.

Le gouvernement français a hérité des immeubles que les anciens souverains de l'Algérie possédaient par donation, achat, construction ou confiscation. Les représailles de la guerre et la fuite d'une partie de la population des villes et des campagnes, ont amené la séquestration d'un grand nombre d'autres biens. Ce sont des propriétés de toute espèce, des boutiques, des maisons, des jardins, des fermes, des parcelles de terre et de vastes surfaces dont la situation précise et l'exacte contenance ne sont pas toujours connues ^,

nation, les biens des corpoi'ations ou fondations religieuses, etc.

» Enfin, avec un état tranquille , rien n'empêche les Européens de s'associer à des Maures pour des opérations de culture et de dessèchement.» — M. Piclion , Jlgei' sous la domination française^ 1. II, eh. VI, p. 29^,

' « Les anciens registres ayant disparu pour la plupart , parce que les précautions qu'il aurait fallu prendre dans l'origine avaient été négligées, il devint très-difficile de connaître tous les immeubles appartenant à ces diverses catégories 5 d'une part, il fiUut s'en rapporter à des ouï-dire dénués de preuves , à des renseignemens fautifs, qui entraînèrent une foule d'erreuis ; de l'autre, les usurpations devinrent faciles au milieu de l'ignorance et de la confusion générales j tous les soins possibles ne purent les éviter.

y> A force de travaux cl de rcchercbcs. on parvint enfin à for-

En 1831 , sur un total de 5,000 immeubles que donna le recensement des propriétés de la ville d'Alger, 3,000 appartenaient à l'État et représentaient un capital de plus de 40,000,000 de francs *.

Les aliénations des propriétés urbaines s'effectuent aux enchères publiques ou à l'amiable, en vertu d'un arrêté du gouvernement local. L'adjudicataire se soumet « au. paiement d'une rente annuelle , rachetable par le versement du capital calculé au denier vingt ,

mer des états à peu près complets , qui cependant laissent encore à désirer dans les détails.

» Les principaux édifices furent affectés à des services publics, d'autres en grand nombre ont été démolis pour la construction des places ou l'élargissement des rues ; près de deux cents immeubles ont été restitués : le reste forme un total de quatorze à quinze cents immeubles, dont se compose aujourd'hui le domaine productif. La valeur de celui-ci , dans l'intérieur des villes , peut, d'après des données admissibles, êti'e estimée à i, 100,000 f., celle de l'ancienne dotation des fontaines à i5o,ooo fr.

» Un grand nombre de ces immeubles, consacrés au casernement et aux magasins de l'armée, constituent le domaine militaire, non productif de revenus et administré par le génie : le produit de ceux qui peuvent ctie loués momentanément est versé au trésor. D'autres édifices également improductifs sont affectés aux services civils. » — Tableau officidj II« part., ch. XXXV, p. 585 et 587.

' Observations du général Clauzel sur quelques actes de son gom'ernement à Alger ^ p, 107 et 108.

à la reconstruction sur les plans donne's d'alignement et quelquefois de façade b *. Il doit être fourni caution pour l'accomplissement des obligations souscrites.

Dans le commencement , ces ventes s'opéraient à si bas prix , que douze alie'nations faites antérieurement à l'année 1835, ne produisent que 349 francs de rentes. Plus récemment, il a été fait 122 aliénations urbaines, comprenant 10,274 mètres 69 centimètres , et estimées à un million environ, pour un total de 61,501 fr. 35 centimes, en rentes annuelles. Pour les adjudications publiques, le prix moyen, en rente annuelle, du mètre carré, a été de 5 fr. 98 cent. , et , pour les ventes de gré à gré , de 4 fr. 65 cent.

Le gouvernement paraît avoir des notions aussi confuses sur la superficie de ses possessions rurales que sur l'étendue de ses propriétés urbaines. D'immenses fragmens du sol, faute de noms, ne figurent pas même sur ses sommiers, quoiqu'ils fassent partie du domaine public - : entre autres beaux immeubles, il

' Situation des ctablissemens français dans l^ Algérie ^ IP part., p. 588.

' Ibid., II« paît. , p. 388 et 389.

« Lfs évaluations du domaine public qui ont clé donrx'fs jus-

possède , assure-t-on , douze fermes considérables dans la plaine de la Mitidja *.

Les aliénations des biens de cette classe se font aussi , d'après un arrêté du gouverneur ,

qu'à présent sont généralement fort exagérées ; il est très-difHcile , pour ne pas dire impossible, d'en fixer la valeur d'une manière exacte.

» Le domaine a été classé en fermes , eu propriétés rurales , comprenant, avec les jardins, les maisons de campagne sans fermes, et en propriétés urbaines. Les fermes ou terrains à culture n'ont pas tous été visités en détail j leur contenance, la nature de leur sol ne sont pas bien connues.

» Indépendamment des portions du territoire qui portent des noms, les seuls qui puissent figurer sur les sommiers tant qu'elles ne sont pas en rapport, il est certainement de vastes surfaces que le cadastre signalera mieux et qui pourront être mises en culture j les fermes elles-mêmes ont une importance et une valeur trèsvariable , selon les circonstances , par fétablisseinent d'un poste dans le voisinage , l'ouverture ou l'achèvement des canaux d'assainissement , le percement des routes , les relations amicales ou hostiles avec les tribus voisines.

» De semblables causes influent grandement sur la valeur des maisons de campagne : le moindie filet d'eau que l'on découvre ou que Ton retrouve la fait doubler j elle est très-faible pour le premier propriétaire qui l'achète en ruine. Elle s'élève rapidement, et sans proportion avec les dépenses, quand l'immeuble a été réparé par un Européen. Un assez grand nombre de ces immeubles sont devenus des habitations aussi agréables que commodes, » — Tableau officiel ^ II* part., p. 587.

' Rapport sur la colonisalion de la régcnfc (VJlgfr^ par M. de la Pinsomii'rc. V' paît., p. f\'~ .

soit aux enchères, soit de gré à gré. L'administration, comme elle le dit elle-même, n'exige pour les fermes ou les terrains « que le paiement d'une rente très-faible , qui constate plutôt un droit qu'elle ne constitue un prix de vente > *. Le concessionnaire est tenu , en sus de cela , à faire lever le plan de la propriété, à l'entourer de haies, à pratiquer des fossés d'assainissement , à planter des arbres , et à mettre chaque année une portion déterminée du terrain en culture.

Si le colon ne remplit pas ses engagemens, la propriété revient h l'État. Mais presque toujours après quelques années de travail, il se trouve dans une position assez avantageuse pour racheter la rente. C'est conformément^ ces princip<3s et par des concessions de cette nature, que depuis 1832, les communes de Kouba, de Delhy-Ibrahim et de Bouffarick ont été formées -.

' SUuation des ètablissemcns français dans l'Algérie, IP part. , p. 389.

' « A Rouba, vingt-trois familles composées de cinquante-neuf individus, occupent vingt habitations qui ont été réparées; des orphelins logent chez des voisins qui cultivent leurs terres ; les concessions embrassent une étendue de gS hectares 67 ares 62 centiares. Il a été cultivé 53 hect. 70 ares 2 cent. Il reste à cultiver 59 hect. 87 arcs 60 cent.

<) A Delhy-lbiahim, cinquante faniUlcs , cnniposccs de deux

Il a été aliéné pendant les six années, qui ont suivi rétablissement définitif de la domination française, 4,619 hectares 92 ares 35 centiares de biens ruraux, moyennant BIO fr. de rentes annuelles. De ces terres concédées

cent vingt-sept personnes , habitent cinquante maisons réparées. La concession est de 227 hect. 34 ares 67 cent. Il a été cultivé 91 hect. 61 ares 65 cent. Restent donc à cultiver i55 hectares ^3 ares 02 centiares.

» Les cultures consistent en blé, orge, pois, fèves, pommes de terre et potagers.

» Des motifs différens ont fait créer l'établissement de BoufTarick , et l'on a suivi d'autres erremens pour le faire prospérer.

j» Un camp pennanent avait été établi dans cette partie de la plaine, où se croisent les principales routes qui conduisent d'Algçr à Blidah et à Mcdéah , et de l'est à l'ouest. Le domaine y possédait des fermes d'une grande étendue j M. le maréchal Clauzel ordonna d'y placer des colons.

» Le génie fut chargé de tracer le plan d'une ville qui se lierait avec le camp retranché. Le domaine fît lever le plan du terrain et le divisa en lots. Les lots destinés à recevoir des constructions sont d'un tiers d'hectare environ ^ ceux de la campagne de quatre hectares.

» La ville a été divisée en 162 lots, et la campagne en 1^3. Des premiers, 84 restent à concéder, et des seconds, 23.

» On compte actuellement, à Boufïarick , 38 maisons terminées, 20 barraques en bois, et 2.5 maisons commencées. Sur les 617 hectares 78 aies cultivables de la campagne , iio hectares 81 ares sont déjà cultivés. Plusieurs pépinières ont été plantées et sont dans un état satisfaisant. » — Ibid., Il" part., § XXXV, j). 3c)o et 5g 1 .

à perpétuité ou temporairement , les deux tiers environ ont été aliénés, terme moyen, au prix de 1 franc par hectare et l'autre tiers pour 2 francs 60 centimes *.

Quels bénéfices ne pourrait-on pas réaliser sur les immeubles acquis à ces conditions, en s'appliquant à leur donner la valeur productive des meilleures terres de l'Europe ?

Ainsi les deux modes d'aliénation le plus généralement suivis dans la vente ou la concession des biens ruraux, favoriseraient également notre société; et elle serait placée dans les circonstances les plus heureuses, non-seulement pour exploiter, mais pour acquérir le sol.

' Tableau officiel , II» part., p. 389 et Sga.

Cependant, 36 hectares 58 ares 70 centiares ont été vendus assez avantageusement pour donner, en moyenne , une redevance annuelle de 48 fr. par hectare.

CULTURE PAU LES ÉMIGRANS d'eUKOPE.

Par quels moyens notre association so procurcra-t-clle les cultivateurs qu'elle associera au l)énélice de rexploitalion du sol ? C'est là une question du plus grand intérêt et qu'il importe de résoudre.

Plusieurs fois dans l'examen des causes qui entravent les progrès de la colonisation, nous avons signalé l'insnflisance des bras et l'extrême cherté de la main-d'œuvre.

Les artisans venus d'Kurope se font payer h un taux exorbitant , parce qu'ils sont en petit nond)re et n'ont jias de concurrence h craindre. Le simple manœuvre exige très-souvent un salaire de 2 h 3 francs, ce qui porte a i et même à 5 francs le prix de la jouriKr [)our les cultures ordinaires. Ces liommes , ap-

partenant pour la plupart à des professions mécaniques, sont d'ailleurs e'trangers aux travaux de l'agriculture *.

Chaque partie de l'économie rurale, outre ses principes généraux, a ses connaissances pratiques , locales , traditionnelles, qui peuvent seulement s'acquérir dans les pays de cultures spéciales. Les arts si diversifiés d'élever le ver à soie, de greffer l'olivier, de fabriquer l'huile, de diriger la vigne, de faire le vin, d'ensemencer les terres et de soigner les troupeaux , veulent des mains exercées depuis longtemps.

Les ressources en ce genre étant tout-à-fait insuffisantes dans le nord de l'Afrique , notre association sera nécessairement obligée de se pourvoir en dehors de la colonie et de faire un appel aux classes laborieuses de tous les pays de l'Europe.

Il lui répugnerait trop de prêcher l'abandon du sol natal à des familles dont le sort serait heureux et l'avenir assuré. L'attachement aux foyers paternels est une chose sainte.

• Les rapports officiels contiennent un état du prix des journées dans les principales villes de l'Afrique française. La maind'œuvre est un peu moins élevée à Alger qu'à Oran , Bone et Bougie. — Situation des établissemensjrançais dans L'Al~ gérie, IP part., § XXX, p. 565.

un sentiment moral , un princii)e conservateur, et notre association, plutôt que de le combattre, renoncerait pour toujours à ses projets d'exploitation. Mais elle n*a pas besoin de répandre l'esprit d'émigration; il existe partout, il est en mouvement dune extrémité de l'Europe à l'autre. Il s'agit seulement de le détourner de la direction, souvent calamiteuse, qu'il a suivie jusqu'à ce jour, et de le pousser dans une voie infiniment préférable *.

'^ Le capitaine F^eiisbicr, dans ses annales de l'Algérie, t. II, II* part., ch. X, p. 456, fait une peintuic cnergique du soit uiallicureux qui attend les cinigrans d'Europe de l'amic côté de rOccan Atlantique.

« Les Américains , dit-il, eniploieni toutes sortes de moyens pour faire venir dans le ÏNouveau-Monde des gens que la misère puisse mettre à leur discrétion. Lorsque ces uialheureux arrivent, leurs ressources se trouvent toujours épuisées , et ils sont alors forcés d en passer par ce que veulent les propriétaires; ceux-ti leur font souscrire des engagcnicns pendant la durée desquels leur industrie est exploitée par ces maîtres avides. Après avoir passé plusieurs années dans cette servitude véritable , ils reçoivent quelques faibles secours et se créent alors une existence indépendante.

» Ces esclaves volontaires sont des objets de commerce ; on les vend, on les cède , on les échange, comme on pourrait fair<d'un bœuf ou d'un cheval ; c'est ainsi que les Américains ont établi chez eux la traite des blancs. L'esclavage des blancs existe dans toutes les provinces du sud. Si les pauvres paysans allemands et suisses savaient le sort qui les attend en Amérique . ils seraient moins désireux de s'y rendre : mais les gotivernemens le

ao

Le malaise général répandu dans toutes les sociétés européennes, la mauvaise organisation du travail , les souffrances inséparables de la condition précaire des classes laborieuses, et les progrès du paupérisme dans les pays de manufacture, conduisent, chaque année, près de deux cent mille Européens au-delà de l'Océan Atlantique *. Ce sont des hommes de toutes les parties de l'Angleterre, de l'Ecosse, de l'Irlande, de quelques cantons delà Suisse, des royaumes de Wurtemberg, de Bavière, de Westphalie , des provinces les plus populeuses de la France et surtout de l'Asace ^.

Si les expatriations sont moins fréquentes

leur laissent ignorer, ayant intérêt à se débarrasser des gens qui sont quelquefois à la charge des communes. »

• Nouvelles observations de M. le maréchal Clauzel sur la colonisation cV Alger j adressées à M. le maréchal ministre de la guerre j p. a5.

' M. de Villeneuve Bargemont portait, il y a trois ans, la population indigente de l^Europe , où l'on compte 226,44^,200 habitans, à 10,897,555 individus, c'est-à-dire à 1/20 8/10 delà population générale.

Voici dans quelle proportion , suivant ce savant économiste , «e nombre prodigieux de pauvres était réparti entre les dilïerens pays de l'Europe. L'Angleterre en renfermait 3, 000, 000, l'Allemagne, 680,000, l'Autriche, 1,280,000, la Prusse, 425,933, le Daneraarck, 100,000, la Suède, 164,600, la Suisse, 171,000, les Pays-Bas, 877,000, la Russie d'Europe, 525, 000 , la France,

parmi nous que dans les autres pays, ce n'est pas que la position de nos prolétaires soit plus heureuse.

Nous savons à quoi nous en tenir sous ce rapport. Depuis long-temps, le paupérisme a reçu chez nous, qu'on nous passe l'expression, une existence légale et une protection officielle. Pour sa part de subvention, il est inscrit sur le grand -livre du budget de l'État ; il surcharge le cahier des taxes communales. Pendant l'année 1833, d'après les états dressés par les bureaux de bienfaisance et recueillis par le ministre du commerce , plus d'un million deux cent mille indigens ont participé aux secours à domicile, ou ont été admis au traitement dans les maisons hospitalières *.

1,600,000, l'Italie, 750,000, l'Espagne, 45o,ooo le Portugal , 141,000, et la Turquie d'Europe, 142,000.

D'après ces chifiies généraux , le rapport des iudigens à la population générale, serait en France , dans la proportion de i à 25, en Allemagne, de i à 20, en Suisse, de i à 10, dans les Pays-Bas, de i à 7, en Angleterre, de i à 6; et l'Autriche, le Danemarck , la Suède , le Portugal, l'Italie, présenteraient le même rapport que la France, c'est-à-dire i sur 25. — Économie politicjuc chrétienne , ou recherches sur la nature et les causes du paupérisme j par M. de Villeneuve Bargemont, t. II, liv. II, p. 1-12.

^ ' Documcns statistiques sur la France ^ publiés par U ministre du commerce . tableau XXIII , p. 95, et tableau XX^^^

Quoique le litre de ce grand et beau travail ne désigne que

Que serait-ce si , à ce nombre, on ajoutait les pauvres qui vivent des aumônes de la main à la main, ceux que la religion soutient sans éclat par le ministère du clergé , ceux que se réserve l'humanité des institutions privées, et ceux enfin qui, par délaissement ou par fierté, ne participent pas aux dons de la charité publique ? Est-ce une exagération de dire que , si on faisait l'inventaire de tous ces besoins et de toutes ces misères, on trouverait que la France ne compte pas moins de trois millions d'indigens ?

Et faut-il rappeler combien la morale souffre d'un si déplorable état de choses? Pour tous , le découragement ou la démoralisation ; pour beaucoup, le suicide ou la folie, et, pour un plus grand nombre , le crime et la prison. Voilà, en deux mots, quels sont chez nous les résultats ordinaires du paupérisme ^

Ces réflexions affligeantes ne sont point étrangères à notre sujet.

Notre association ne veut pas seulement

M. le ministre du commerce , le mérite de la conception et de l'exécution appartient véritablement à M. Moreau de Jonnès.

' Voyez les deux essais que nous avons donnés dans la Nouvelle Miner\'e et dans le Droit, sur les progrès du païf^ périsme en France^ et ses rapports avec V accroissement des crimes , des suicides et de la folie.

fouder un établissement industriel de l'autre coté de la Méditerranée. Elle ambitionne aussi riionneur de contribuer i» la colonisation de l'Afrique, et, par conséquent, h la grandeur, à la prospérité et à la gloire de la France. C'est dans cet esprit qu'elle a arrêté les principes qui régleront ses rapports avec l'émigration.

Elle ne veut pas seulement des cultivateurs pour exploiter ses terres, elle veut des colons qui prendront l'engagement de s'attacher détînitivement au sol.

Tous les postulans ne seront pas indistinctement admis dans ses exploitations. Comme elle fera des avantages aux travailleurs dont elle acceptera les services, elle se croira en droit d'être exigeante. Elle ne prendra que des hommes instruits dans quelques-unes de ses cultures spéciales et pourvus é$anc attestation de médecin constatant leur état sanitaire. Elle demandera surtout, comme conditions premières, des garanties de moralité, d'ordre et de travail.

Toutes les colonies nouvelles, qui ont été frap{)ées d'une dissolution violente et prématurée, n'ont succombé que ])ar l'invasion des corruptions de la vieille Europe. Depuis la conquête , les établissemens français dans le nord de r \friqiie on! beaucoup souffert de cet

impur méhinge ^ C'est un tléau infiniment plus à craindre, selon nous, que les irruptions des Bédouins.

L'association défrayera le transport de chaque colon sur la côte d'Afrique, ou se chargera d'obtenir son passage gratuit sur lesbàtimens de l'Etat -.

Elle traitera de gré à gré avec lui pour la fixation de son salaire, et, du jour où il

' De l'établissement des FratK^ais dans la régence d'Aliter, par M. Genty de Bussy, chap. VIII, p. 283. — Considérations politiques sur la colonie d'Alger, par le capitaine Peyronnet, p. i58.

^ Le pouvoir de délivrer des passeports pour l'Afrique aux ouvriers français sans occupation , pendant long-temps restreint dans des limites assez étroites , a été rendu l'année dernière à toutes les administrations locales , par une circulaire de M, le ministre de l'intérieur.

Toute persane valide à laquelle ces autorités auront donné un passeport , pourra obtenir le passage gratuit sur un des bâtimens de l'État, si elle exerce une profession qui se rattache aux travaux publics, aux constructions et à l'agriculture. La circulaire ministérielle désigne particulièrement les maçons , tailleurs de pierres, plâtriers, charpentiers, menuisiers, peintres en bâtimens, couvreurs, tuiliers, briqueliers, chaufourniers, forgerons, serruriers, taillandiers, charrons, mécaniciens, fondeurs, potiers de terre, cordiers, jardiniers, laboureurs, terrassiers, manœuvres.

Le passage gratuit sera étendu , sur déclaration nominative , aux conjoints , aux ascendans , descendans , parens à tous les degrés, ouvriers ou serviteurs de l'émigrant , et voyageant avec lui. Les entreprises agricoles ou industrielles pourront également

signera son eugagcmcnt, elle lui donnera uur promesse de concession de terre, proportionnée à ses services, et échangeable, après un certain nombre d'années, contre un titre définitif de propriété. La concession sera entièrement libre, et elle ne pourra, en aucun cas, servir de pr(''textc à l'établissement d'une charge ou d'une redevance quelconque sur les })roduits du travail de l'ouvrier.

Toutefois, le colon, par une clause particulière , devra autoriser l'association , dans l'intérêt de son avenir , à faire une retenue sur son salaire journalier. En déterminant la quotité de celle-ci , on aura toujours égard à ses besoins. La retenue n'aura d'autre but que de pourvoir à son traitement en cas de maladie, et, plus tard, à ses frais d'établissement quand il entrera dans la pleine jouissance de sa part de propriété.

Le produit cunmlé de cette réserve devra être consigné, chaque mois, dans une caisse publique, par les directeurs de la société.

(il)tciiir la faveur du passage gr.itiiil pour tous les oiiviiers on ( ultivatcurs qu'elles duivoiit cinjtloyfr dans leurs exploitations.

Comme ressoiiirc temporaire , l'admiiiiitralion d'Afriijue ouvrira aux cmigrans le» chantiers des travaux publics, où ils trouveront des moyens assures d'existence. — M. de Montaiivct Circulaire (lu 3n aoiit iS3H.

En retour des garanties et des services quei l'association exigera de chaque colon, elle lui créera donc un fonds d'épargne pour les éventualités de l'avenir, et l'élévera au rang de propriétaire du sol.

S'il est marié ou s'il devient chef de famille après son engagement , il sera strictement obligé de faire instruire ses enfans dans les principes de sa religion, et de les envoyer à l'école primaire la plus prochaine. Dans le cas où l'école publique serait par trop éloignée, l'association pourvoirait elle-même à l'instruction élémentaire , morale et religieuse des enfans nés de parens employés à la culture de ses terres.

Bref, notre association contribuera, autant qu'il sei a en elle , à augmenter le bien-être matériel de l'émigrant comme ouvrier , à développer le sentiment de sa dignité morale comme homme, et à préparer un sort heureux à ses enfans, sur qui reposera un jour la force de la colonie.

N'avons-nous pas raison de penser que ces précieux avantages constitueront pour le cultivateur et pour sa famille, un sort de beaucoup préférable à celui qui attend les émigrans européens sur la terre d'Amérique? N'est-il pas évident que ceux-ci se sentiront plus heureux et plus à l'aise sur une plage d'où l'on

peut (iécouvrir a l'œil nu les cotes de l'Kurope, que dans un pays situé à l'autre extrémité de rOoéan Atlantique et séparé par trois mille lieues de Taurien monde? N'avons-nous pas sujet de croire que nos pauvres laboureurs iVançais, auxquels il répugne tant de s'embarcjuer pour une teire lointaine, seront plus disposés à se prévaloir des ressources de l'émigration quand on leur parlera d'un sol rapproché, en «jiielque sorte, de leurs propres loyers, et compris dans les limites de la domination française ' ?

' Plusieurs économistes ont signalé comme nous, les avantages qui résulteraient pour les classes pauvres de la colonisation agricole de rAlVKjue française. Nous citerons entre autres M. de Villeneuve Cargcraont , Economie politique chrclicnne , t. II, liv. VII, p. 5Gc)-58o j — M. llutrnc de Pomnieuse , des Cola-' nies agricoles, W pnrl,, p. ly {-210: — et M""' Galti de Gauîond, Du syslhnc île Fouricr, cli. W, § VI , p. 34o-357.

WXl.

CVLTIKE PAU LFS l.>il)K.KNES.

(Je sciait mal compreiiclri' la pensée do l'association nationale , que de lui supposer le projet de s'appuyer exclusivement sur les émigrans d'Europe pour la culture du sol. Dans la situation actuelle de l'Afrique française, une pareille résolution serait aussi contraire aux intérêts bien entendus de la colonisation, qu'aux principes d'une sage politique.

Il ne faut pas se le dissimuler, les frais de la production seraient de beaucoup trop élevés, si tous les travaux ('taient confiés ii <les cultivateurs d'outre-mer. Sans parler des dépenses que le déplacement de ceux-ci occasionnera à notre société, un plus haut prix s'attaclu r;i nrcessairement à leur coopération qu'à l'assistance des naturels du [lays. Le Iravailleui iridi;;ène

se contentera toujours d'un plus faible salaire que l'européen, par cela même que sa sobriété' est excessive , et qu'il appartient à une civilisation moins avancée.

La domination des Turcs reposait entièrement sur l'existence d'une caste privilégiée et l'exclusion du plus grand nombre des avantages sociaux; et, sous ce rapport, il faut bien le dire, elle se rapprochait de l'ordre politique établi chez toutes les nations du monde civilisé. Il y avait donc h Alger, comme partout ailleurs , une classe pauvre , accoutumée à donner beaucoup au travail et a recevoir peu en échange. Elle connaissait à peine l'usage de la viande , et vivait presqu'entièrement d'une espèce de macaroni, connu sous le nom de couscousou. Un grand nombre , pour toute nourriture , se contentaient même d'un morceau de pain trempé dans une huile fort commune *.

Avant l'arrivée des Français, le prix de la journée d'un kabaïle, dans la capitale de la régence et dans ses environs, était ordinairement de cinq sous, outre un supplément en nature, composé de quatre petits pains noirs de la valeur de deux sous les quatre. Aujourd'hui, malgré l'activité industrielle qui résulte des déve-

^ Esquisse de l'état d'Algei-j par William Shalcr, ch. Ill, p. 84 et 85.

loppemcnsde la colonisation, le Lerhèiwî no demande pas plus do vingt sous pai' jour ii Alger et dans la Milidja ^

Ainsi, h ne considérer que la modicité du salaire, il y aurait un avantage réel à employer les indigènes. Mais ont-ils assez le goût et l'aptitude du travail, pour que l'on puisse tirer un grand parti de leur concours ? Nous n'en doutons nullement, et pour détruire les préventions contraires qui peuvent exister à ce sujet, il nous suffira de présenter ici quelques observations sur les dispositions naturelles de ces peuples, pour l'industrie agricole, manufacturière et commerciale.

D'abord, un fait important nous frappe et domine tous les autres, c'est qu'après tant de révolutions sociales, religieuses, politiques et militaires, l'agriculture est restée la principale industrie du pays. Ses deux branches les plus importantes, la culture des terres et l'élève des bestiaux se partagent les soins et absorbent

' Alger sous la domination Jrancuisc ^ par M. Piclioii , liv. II , cliap. YI , p. 5o5. — Pi.o7.ct, P'oyage dans la régence d'Alger, î. II, ch. JI, p. 27.

« Les meilleurs ouAriers sont les ProveiKanx et les iiidiirèiies. Il ne manque à ceux-ci que la pratique et une meilleure nourriture qui leur donne la force nécessaire pour tuer bon parti de leurs bras. » — M. Meurice , Proccs-verhan.r et rapports de la commission d'Afrique , p. 5fS6.

l'existence toute entière de la grande majorité de la population indigène. Les tribus errantes elles-mêmes , savent féconder le sol par le travail , comme on le reconnaît aux champs cultivés qui entourent le site changeant des Douars *; et il faut peut-être attribuer leur vie nomade , moins à un penchant invincible, qu'à la nécessité de pourvoir leurs troupeaux de pâturages toujours abondans. Quant aux Kabaïles, ils cultivent avec ardeur la terre h laquelle ils s'attachent volontairement, et se montrent aussi habiles à en vendre les produits, qu'à les convertir à tous les usages, par des procédés ingénieux. Outre qu'ils connaissent l'art d'exploiter les mines, de fondre et de travailler les métaux, ils fabriquent de l'huile, du savon , de la poudre à tirer, etc. - De très-loin, ils se rendent aux

• M. le général Monck-d'Uzer, Prccts-verbaux et rapports de la commission d' Afrique, p. 566.

« Les Kabaïles sont un peuple actif et intelligent. Ils tirent de l'agriculture et de leurs troupeaux tout ce qu'il faut à leur subsistance. Ils exploitent les mines de fer qui sont dans leurs montagnes, et convertissent en fonte les minéraux qu'ils en ont extraits. Ils connaissent aussi la fabrication de l'acier, qui leur sert à la confection de toutes sortes d'armes , et d'une grande quantité de petits objets de coutellerie. « — Shaler, Esquisse de l'état d^ Alger j cli. IV, p. 120.

' M Les Berbères fabriquent de la poudre pour leur usage ; mais ils n'en vendent jamais. Cette poudre est beaucoup plus estimée

marches et aux foires où se font les affaires les plus actives; à telles enseignes qu'on voit des marchands entreprendre un voyage de dix à douze journées pour se rendre des confins du désert à Alger, avec des mulets chargés de dattes. Les femmes filent la laine et tissent les étoffes qui servent de vêtemens aux Arabes et aux Berbères dans toutes les saisons.

Les Kabaïles de l'Atlas , comme les habitans des montagnes de notre Auvcrgrte, sont aussi dans l'usage d'aller demander du travail aux populations des villes. Ils se font journaliers, hommes de peine, jardiniers, cultivateurs et domestiques à gages; en cette dernière qualité, ils prennent du service non point seulement chez leurs co-religionnaires , mais dans les maisons des consuls européens et des marchands Israélites*. L'appât du gain et du bien-être

que celle qu'on faisait à Alger. Je crois devoir foire observer icf que la fabrication de la poudre exige des connaissances spéciales assez étendues. Elle suppose que les Berbères sont beaucoup plus iustruils qu'on ne le pense généralement. » — Le capitaine Rozet, Voyage dans la régence d'Alger, t. II, ch. II , p. i8 et 19.

' Esquisse de l'état d'Alger, par William Shalcr, cli. IV. p. 1 14-124.

« Les Berbères sont très-attachés à leur pays , et ne peuvent passer six mois sans y retourner. Les Européens qui en ont à leur service , m'ont assuré que c'étaient d'excellens domestiques , et

l'emportent sur les répulsions de croyance et de race.

Pour ce qui est des Maures, l'exercice de plusieurs professions leur est comme réservé conformément à l'ancienne distrilmtion du travail : ils sont tailleurs, brodeurs, tisserands, teinturiers, cordonniers, tourneurs, etc. Ils se distinguent dans la fabrication des étoffes de soie et des tapis, surtout dans les broderies d'or et^U'argent *. Ce sont eux qui forment, comme on sait, la presque totalité des habitans des villes.

Assurément il y a là des dispositions , des aptitudes et des connaissances qui, en plus d'un genre, pourront être heureusement utilisées par notre association nationale. Avec une conduite habile et des ménagemens convenables, elle réussira à attirer les travailleurs indigènes sur ses exploitations et dans ses ateliers. Huit années d'expérience ont suffisamment démontré qu'ils ne répugnent point à s'associer aux travaux et aux entreprises des colons européens. Les rap-

sur la fidélité desquels on pouvait se reposer. » — Rozet , t. II , ch. II, p. 27.

' Maimo! , Description de l'Afrique, t. II , ch. XI , p. 829 |^ et 55o. — Pananti , Relation d'un séjour à Algerj ch. XIII, p. 35g. — Tableau des ètablissemens français dans l'Algérie , II* part., chap. XXII, p. 52o et '5ii.

ports officiels, en parlant des Arabes et des Kabaïles, si l'acilement recrutes par le génie militaire et les ponts-et-chaussées , assurent avec raison , « que les naturels du pays se présenteront en foule sur tous les points où des chantiers publics seront ouverts».

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