‹ De la colonisation du SénégalChapitre 13 sur 63 · COMPAGNIE A MONOPOLE · texte numérisé non relu

COMPAGNIE A MONOPOLE

Je ne pense pas que le système des colons libres ait actuellement des chances de réussir. Il serait plus simple, à mon avis, de monopoliser pour un temps l’agriculture du Sénégal dans les mains d’une grande compagnie. Je sais que ce mot de monopole semble aujourd’hui odieux. Il ne faut pas oublier pourtant que ce sont des compagnies privilégiées qui ont fondé le Sénégal et que, si le commerce de cette colonie subsiste encore, on le doit à cinq Ou six importantes maisons qui monopolisent sinon en apparence, du moins en réalité, toutes les grandes transactions.

Quand on veut lancer des entreprises lointaines, 1l faut en laisser l'initiative à des particuliers. Tout le monde

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sait que l'État perd toujours là où des particuliers font fortune, et la raison en est très simple. Les employés de FE = l'État le croient assez riche pour supporter des pertes ‘4 à causées par leur incurie, et d’ailleurs chacun comptesur son voisin pour la réparer si elle vient à ne pas passer inaperçue. Dans une compagnie commerciale au contraire, tous ont intérêt à ne rien gaspiller et do un. 1e compte rigoureux de leur gestion. de Je proposerai donc de confier à une compagnie privi- 3 légiée le monopole d’une certaine partie de terres cultivables : ce qui d’ailleurs n’empêcherait pas des colons libres de se livrer aux mêmes travaux. | Je crois qu’on trouverait facilement à former une as sociation sans que l’État fit aucun déboursé. Il fra Se pour amorcer les bonnes volontés, de dégrever pendant : un certain temps la compagnie agricole de toutes pa- +18 tentes, de droits d’entrée et de sortie, de façon qu elle S fût indemnisée de ses premiers frais. 2 Une compagnie qui se formerait n'aurait pas besoin | d'envoyer plus de vingtemployés exelusivementpris dans l’agriculture et qui pourraient au besoin faire un stage dans la ferme modèle que Je proposais tout à l’heure. Ces employés auraient sous leurs ordres des noirs au courant déjà de la culture, et dans le cas où l’admimis-. Fe tration coloniale mettrait à leur disposition des condamnés indigènes, la compagnie réaliserait des bénéfices de main-d'œuvre.

La dernière compagnie privilégiée fut celle de N’Galam qui avait tenté en 1830 la culture de l’indigo. Un des statuts de la société portait qu’elle devait employer

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une partie de ses capitaux à des travaux agricoles. L’indigo obtenu fut reconnu comme étant d’une qualité aussi belle que celui du Bengale. Malheureusement, le prix de revient était si élevé qu'il ne pouvait lutteravec les indigos de l'Inde. Par un sentiment très louable, le gouvernement s'empressa de dégager la compagnie de N'Galam de ses obligations. Ce fut un tort. En effet, comme le fait remarquer Anne Raffenel, l'État lui-même donnait le signal de l'abandon de la culture.

La compagnie de N’Galam « aurait réussi parce que « son privilège était encore assez lucratif pour qu'elle « désirât le conserver, même au prix d’une exigence qui « n'était en somme qu'un droit-d’octroi dont le montant « était consacré à un travail d'utilité générale » (Anne Raffenel, Nouveaux Voyages au pays des Nègres).

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