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LES MISSIONNAIRES DU SAINT-ESPRIT

Il existe enfin un troisième moyen de coloniser le Sénégal, et jinsisterai particulhèrement sur celui-ci, parce qu'il me semble seul praticable pour le moment. Je n’ai pas l'intention de faire de la propagande en faveur des missionnaires, et si je vais appeler sur eux l’attention, c’est, je puis l’affirmer, sans parti pris et parce que je me suis rendu compte moi-même sur les lieux combien ils s’attachaient à la cause dela prospérité de la patrie. Ils représentent, et j'espère le prouver suffisamment, un système de colonisation au Sénégal qu'un homme impartial ne peut dédaigner, puisque les deux autres, celui des colons libres et de compagnies privilégiées, ne semblent reposer que sur des théories difficiles à mettre encore en pratique.

Le troisième moyen que je vais donc proposerest celui de faire appel au dévouement des Missionnaires, dévouement d'autant plus méritoire pour eux et d'autant moins

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coûteux pour l'État qu'il est tout à fait gratuit etne réclame seulement qu’une protection morale qu'il serait antipatriotique de refuser à tous les citoyens qui s'ex-

patrient pour étendre au loin l'influence française.

La colonisation d’un pays s'obtient de deux façons :

par la culture du sol en friche et par l'initiation de ses habitants aux progrès d’une civilisation basée sur la morale. Nous prétendons bien, nous autres, civiliser les

noirs, mais sommes-nous certains de leur apporter le bonheur parce que nous leur découvrons de nouvelles

exigences sociales, que nous leur créons des besoins encore inconnus et que nous leur vendons des liqueurs frelatées.

Je ne parle pas ici de la prétendue civilisation qui n’est autre qu'une ambition de conquête dissimulée.

Si nous n'avons pas le droit, à proprement parler, d'imposer notre autorité à des gens qui sont chez eux, il n’est pas moins vrai qu'il est dans l’ordre et la loi inéluctable des choses de faire reculer la Barbarie le plus

loin possible, mais encore faut-il le faire par des moyens

quisoient vraiment civilsateurs et non plus aussi barbares que les sauvages eux-mêmes.

Or, la culture du sol et l'instruction morale des habitants, tel est le double but que poursuivent les missionnaires de leur initiative privée. Des colons libres ou des sociétés commerciales consentiraient à peine, avec de gros

bénéfices, à s’adonner à la culture, et eux accom-.

plissent leur double tâche, humblement, gratuitement sans qu'on daigne même leur accorder le tribut d’admiration qui leur est dû.

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Nous avons vu que le Sénégal, élant donné l’msalubrité de son climat, ne pouvait être encore une colonie de peuplement et qu'il serait peut-être téméraire d’y faire un appel d’émigration.

Cependant les conditions climatériques d’un pays changent avec le temps, et des colonies florissantes aujourd'hui étaient d’abord, avant d’être cultivées et assainies, aussi funestes aux Européens que le Sénégal.

Il faut donc nous contenter de préparer les voies à une émigration future, et nous aurions mauvaise grâce à refuser le concours de ceux qui nous l’offrent dans un esprit entier d’abnégation.

Je vais montrer les missionnaires à l’œuvre au Séné-

- gal où j'ai appris à les connaître et à les aimer, laissant à Pimpartalité de chacun le soin de décider si oui ou non ils y accomplissent une œuvre nationale qui mérite d'être

encouragée.

Ils appartiennent àla congrégation du Saint-Esprit et du Sacré-Cœur de Marie. Les projets de colonisation par la culture dont j'ai fait plus haut le récit, abandonnés sans retour par le gouvernement et les particuliers, 1ls les ont repris à leur propre compte, et patiemment, sans se laisser abattre par les catastrophes, continuent sans bruit la grande œuvre du défrichement des terres vierges et des intelligences obscurcies.

Tandis que les commerçants s’empressent de fuir notre colonie africaine aussitôt qu'ils y ont réalisé des gains suffisants, que les militaires, après avoir poussé des pointes hardies et glorieuses dans des régions jusque-là inconnues, reviennent en France raffermir leurs santés à

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jamais ébranlées et y jouir en paix du fruit mérité de leurs exploits, les missionnaires s’attachent à ce pays Ingrat. Partis jeunes, ils y deviennent vieux au bout de peu de temps, ils y meurent enfin presque tous, mais qu’importe ! |

De nouveaux jeunes gens, brûlant de la sainte flamme des apôtres, accourent les remplacer à leur poste de dévouement et reprennent leurs entreprises au pomt même où les obscurs martyrsles ont laissées.

Que les pères du Saint-Esprit me pardonnent de n’insister que sur la partie matérielle de leur œuvre civilisatrice. Je sais que leur modestie pourrait s’'émouvoir de louanges qu'ils ne croient pas mériter et qu'ils attendent une autre récompense plus grande et plus haute que celle de la terre.

Les missionnaires constituent une même famille qui obéit à un même esprit, à une même ligne de conduite, à un plan tracé d’avance, il n’y a pas à craindre qu'ils

abandonnent leurs projets de culture commencés, puisqu’ils reconnaissent le Sénégal comme étant d’une admirable fertilité.

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