‹ De la colonisation du SénégalChapitre 46 sur 63 · LES MISSIONNAIRES · texte numérisé non relu

LES MISSIONNAIRES

On a essayé de laïciser les écoles à Saint-Louis, sous prétexte de ne pas froisser les sentiments religieux des marabouts. Or, voici un fait qui prouvera combien les noirs musulmans eux-mêmes ont de l’attachement pour les religieux :

Les frères de Ploërmel de Saint-Louis demandèrent à leur supérieur, à la suite de la laïcisation des écoles, la permission d'ouvrir des cours du soir où l’on n’'enseignerait que le français et l’arithmétique, et où il ne serait nullement question de religion. Tandis que la nouvelle école laïque, où l’on ne prononçait même pas le nom de Dieu, comptait une quarantaine d'élèves à peine, trois cents élèves au contraire se pressaient aux cours des frères de Ploërmel.

Le fait est concluant et prouve qu'un enseignement

et A EN

soi-disant libéral n’a guère de chance de réussir au

Sénégal.

Les missionnaires sont essentiellement voyageurs et

propagateurs. Leur nom même indique qu'ils sont des

envoyés, et dès qu'un lieu est évangélisé, leur but est de

s'étendre au loin. Ils apportent avec eux la patrie, et,

quoi qu'on en dise, partout où la croix d’une mission

s'élève, c’est un centre futur de la civilisation française

qui commence à se former.

LES NOIRS APPRÉCIENT DAVANTAGE LE DÉVOUEMENT DES MISSIONNAIRES QUE LES MERVEILLES DE NOTRE INDUSTRIE

Les noirs sont de grands enfants, mais ils ne sont. point dépourvus d'intelligence, et J'ai remarqué qu’ils professaient plus facilement de l'admiration pour le courage et le dévouement que pour les merveilles de l’industrie humaine, dont ils sont parfois les témoins. Les noirs de la côte, par exemple, qui voient tous les jours des bateaux à vapeur sillonner l'Océan ou remonter leur fleuve, un chemin de fer traverser le Cayor, des maisons superbes s’édifier près de leurs humbles cases de paille, restent très froids et très avares de compliments à notre égard.

Quand le premier train partit de Dakar, il n’effraya

pas les noirs comme nos paysans de jadis. Tout au contraire, les Woloffs se précipitèrent sur les wagons, en firent l'escalade,se placèrent commeils purent sur les passerelles et se Juchèrent même sur les impériales. Le monstre de fer s’ébranla au milieu des cris de joie et des battements

de mains, tout comme un train de Paris transportant des voyageurs à une fête de banlieue.

…__ Au reste, les noirs ont à l’égard de nos inventions modernes une réponse on ne peut plus philosophique: si les blancs ont fait ceci, disent-ils, c’est que cela pouvait Fe. être fait. [ls ne craignent pas les balles de nos fusils, as- —. surés que leurs amulettes, si le marabout ne les a pas trompés, les préserveront de leurs atteintes : mais ils restent étonnés devant le courage de nos jeunes soldats qu vont bravement au feu sans être protégés par des gris-gris. |

Les missionnaires sont peut-être les seuls Européens pour lesquels ils professent ouvertement l'admiration et le respect. Ils savent qu'ils ont quitté leur pays, abandonnant leurs familles et les joies du monde, dans un esprit de sacrifice, et non pour venir chercher chez eux à réaliser un gain par le trafic. IIS les voient à l’œuvre, cherchant à gagner les cœurs par la persuasion, et donnant eux-mêmes l'exemple de la charité, en abritant les malheureux et en soignant les malades, et si les musulmans

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