INTRODUCTION
L'extension progressive des grèves, les désordres qu’elles occasionnent dans toutes les branches de l'activité sociale, et qui constituent un péril des plus menaçants pour l’avenir de l’industrie nationale ; la violation de la liberté du travail qui en découle; l’attitude menaçante des syndicats ouvriers s’efforçant de transporter leurs revendications du terrain économique sur le terrain politique ; l’obstination systématique de certains entrepreneurs vis-à-vis des employés leur refusant toute initiative dans la discussion du contrat de travail : tous ces faits connexes, et dont l ensemble forme ce que les économistes ont appelé « la question sociale », ne cessent de préoccuper aujourd’hui les esprits.
De Lacroix
Or, sans oser affirmer que «les solutions proposées jusqu'ici sont restées impuissantes à conjurer les causes du conflit » (1), on est obligé de constater que les mesures législatives qui ont été prises, n’ont pas été assez efficaces pour ramener le calme, et pour rétablir l'équilibre entre les deux éléments de la production.
Soit, en effet, que l'application pratique des remèdes proposés n'ait pas répondu à la conception trop idéale que s’en était faite leurs auteurs; soit que les réformateurs eux-mêmes n'aient pas tenu compte de l'éducation économique, encore très incomplète, des masses, et aient basé leurs systèmes sur une interprétation trop optimiste des sentiments humains, on n'est jamais parvenu, au moyen de ces solutions, à étouffer des conflits ; et, si des conséquences désastreuses ont pu être évitées, s’il y a eu dans bien des cas un apaisement momentané, les causes de ces conflits sont restées toujours aussi vivaces parce que l’on « n’a pas rendu résolument justice à chacun suivant son droit » (2).
Ces causes de conflit, en effet, sont inhérentes au régime lui-même : car, si le travail et le capital sont les éléments solidaires de la production, leurs intérêts respectifs sont souvent diamétralement opposés.
1. Lewandoski. Revue politique et parlementaire. « L'organisation commerciale du travail », p. 1x1.
2. Lewandosky. Repue politique et parlementaire. « L’organisation commerciale du travail », p.112.
Sante. he
S'il est impossible de régler leurs rapports d’une façon mathématique, il est nécessaire de poser avant tout des principes qui se détachent de toute formule sentimentale, quitte dans la pratique à en adoucir la rigueur; de trouver une solution qui règle les rapports du capital et du travail sur une base différente.
L'erreur du régime actuel, du salariat, provient de ce fait, que, dans les contrats de travail, on considère l'individu, ou tout au moins le travail de l’individu, comme faisant l’objet du contrat, alors que l’on devrait considérer le résultat obtenu. Ce n’est donc pas le travail qui est apprécié par le patron, mais bien le résultat de ce travail, qui seul peut faire l’objet des échanges.
Or, avec le régime du salariat, l’entrepreneur passe avec l’ouvrier un contrat de louage par lequel ce dernier s'engage à fournir son travail, moyennant un prix fixé à forfait. C’est donc par une série de contrats analogues et sans lien entre eux, qu’un directeur d'usine engage tous ses employés, appréciant leur travail, non pas d’après le rendement de chacun d’eux, mais, la plupart du temps, d'après le nombre d'heures passées à l’atelier.
Ce régime «ne répond plus aux tendances de l’esprit moderne, et cette conception des rapports entre patrons et ouvriers constitue, à l’heure actuelle, une erreur économique et une erreur sociale ».
« La loi de l’industrie et la condition de son développement, c’est assurément de simplifier autant que