‹ De la Commercialisation du Travail par les SyndicatsChapitre 2 sur 44 · D DS · texte numérisé non relu

D DS

possible les diverses opérations se rattachant à son objet, afin de les ramener à une formule simple. Il faut viser à ce qu’on appelle : l'économie de l’effort (1). »

En effet, tandis qu’il achète en gros ses matières premières, tandis qu’il écoule ses produits en passant des marchés à long terme avec des fournisseurs offrant les garanties les plus effectives, l’entrepreneur achète le travail au détail à des individus qui ne sauraient encourir aucune responsabilité.

D'autre part, le contrat de louage n’assure pas à l'employé plus de stabilité qu’à son patron. De plus, le salaire qui lui est payé, ne représente pas la somme de travail qu’il a pu fournir : en effet, tandis que certains ouvriers remplissent leur tâche avec conscience, et ont l’amour-propre du métier, d’autres, au contraire, ayant la conviction d'être exploités, travaillent avec ncnchalance : cependant les uns et les autres reçoivent dans la plupart des cas, une rémunération identique.

Ainsi, pour remédier à ces inconvénients, un régime nouveau semble nécessaire, régime qui s’appuie sur Îles deux idées économiques que nous avons exposées : le produit du travail est une marchandise, et comme telle, doit être payé suivant la quantité et la qualité qui ont été fournies ; l’entrepreneur à intérêt à acheter le travail en gros, à des personnes responsables.

1. Lewandosky. Revue politique et parlementatre, op. cit., P: 11.

me 9 …—.

Ce régime, c’est l’organisation collective et commerciale du travail.

Cette solution a été imaginée par M. de Molinari.

Dès 1843, il l’exposait dans un article sur « lavenir des chemins de fer ». Dans cet article, il entrevoyait déjà l’achat du travail en gros,coté en Bourse, comme le sont les autres marchandises ; et, effectivement, quelques années après, les Bourses de travail étaient fondées.

M. Yves Guyot, développant l’idée de M. de Molinari, a préconisé la formation de sociétés commerciales de travail.

Enfin, dans ces dernières, des groupements d'ouvriers se sont constitués, certains d’entre eux ont même adopté la forme de la société commerciale de travail, et ont conclu avec les entrepreneurs plusieurs contrats collectifs de travail.

Voici quelle est l’économie du système proposé :

L’ouvrier, vendeur du produit de son travail, doit être considéré comme faisant un acte de commerce. Mais, s’il veut accomplir celte vente isolément,il risquera de n’en tirer qu’un salaire désisoire. Siau contraire les producteurs detravail s'associent entre eux pour former une société,cette société,à base commerciale, se chargera de discuter les conditions du travail et les prix ; elle pourra assurer à chacun de ses membres un salaire plus équitable.

D'autre part, les patrons qui ont intérêt à acheter le travail en gros traiteront avec elles et passeront des contrats collectifs de travail.

Par ces contrats, la société s’engagera vis-à-vis de l'entrepreneur à fournir les produits du travail de ses membres, moyennant un prix correspondant à la quantité et à la qualité du travail fourni. Si la société manquait à ses engagements, elle serait responsable vis-à-vis de l’entrepreneur sur son fonds social ; de même, si l'entrepreneur violait le contrat, s’il refusait d'acheter les produits du travail aux conditions stipulées, il serait lui-même responsable, et pourrait être attaqué devant lestribunaux en dommagesintérêts.

Telle est la base de l’organisation collective et commerciale au travail.

Nous avons dit qu’elle avait déjà donné lieu à des applications pratiques : des sociétés ont été fondées, nous nous proposons de les étudier.

Mais l'application rigide qui découle des théories de M. de Molinari et de M. Yves Guyot soulève bien des critiques.

On leur reproche de diviser le monde ouvrier au lieu de le grouper ; et en effet, M. Yves Guyot désire la fondation de nombreuses sociétés concurrentes.

On leur reproche en outre de ne pas tenir compte de l’existence du groupement professionnel actuel, qui est le syndicat. M. Yves Guyot critique en effet le syndicat spécialement sur ce point.

Dans son livre sur « les conflits du travail et leur solution, » il pose la question en ces termes : « Les syndicats ne pourraient-ils pas faire eux-mêmes ces

entreprises de travail pour tout ou partie de leurs membres? »

€ M. Floquet crut, en effet, qu'avec la loi sur les syndicats, on pourrait réaliser l’idée de M. de Molinari, commercialiser le travail.

«Or, légalement, il n’est ni le mandataire de ses membres, ni leur gérant d’affaires.

€ Il ne peut donc exercer les actions qui apparüennent à une partie de ses membres, mais ceux qui auront conclu avec ses membres ne pourront pas avoir davantage recours contre le syndicat.

«Un syndicat professionnel ne peut jamais se substituer à ses adhérents dans l'exercice des actions que confèrent à ceux-ci les contrats de travail individuels. Il est défenseur des intérêts professionnels collectifs.

« Donc, conclut-il, ces indications suffisent pour montrer la nécessité de constituer des sociétés anonymes à capital variable, pour passer des contrats collectifs de travail d’une validité indiscutable (1). »

Nous croyons, au contraire, que le syndicat, loin d’être exclu du système de la commercialisation du travail, doit être la base de ce système.

Les sociétés qui se formeraient hors des syndicats, ne deviendraient jamais des sociétés puissantes, car elles auraient contre elles la grande masse des travailleurs, et elles risqueraient d’être mises à l’index par les syndicats eux-mêmes. D'autre part, les

Page 1