HISTORIQUE
Il ne semble pas que les observateurs aient prévu la possibilité d’une communication entre la carotide interne et le sinus caverneux. Aussi l’iiistorique de la question qui nous occupe ne remontet-il pas au delà d’une trentaine d’années. Le premier exemple de ce genre, malgré ce qu’il avait d’insolite, passa presque inaperçu, sans doute parce que les détails n’en ont jamais été complètement publiés.
C’est dans le compte-rendu des travaux de la Société anatomique * pour 1833 par M. Bell, secrétaire, qu’est mentionnée une pièce présentée par Baron dans le courant de cette année. Le passage du compte-rendu, qui mentionne la présentation de la pièce, se trouve à la page 178 du tome X des Bulletins de la Société {Bulletin n° 6. — février 1836). Mais l’indication se réduit à quelques phrases que nous reproduirons plus loin textuellement, parce qu’elles résument tout ce que nous avons pu découvrir sur ce cas intéressant.
En effet, la présentation, faite par Baron dans le courant de l’année 1835, ne se trouve consignée nulle part dans les Bulletins de la Société, ainsi que nous avons pu nous en assurer. Le Bulletin n° 8 (tome IX), qui donne les séances de janvier 1835, et le Bulletin n° 7 du tome XI, qui donne les séances de décembre de la même année, n’eu renferment aucune trace. Nous n’avons pu trouver non plus aucun renseignement à ce sujet dans les indications bibliographiques manuscrites, léguées par Bell à la Bibliothèque de la Faculté de Médecine.
Quoi qu’il en soit, ce passage du compte-rendu de Bell est précieux, parce qu’il se rapporte au premier exemple connu de la lésion que nous étudions, et aussi parce que. malgré sa brièveté, il en résume les traits les plus saillants.
Le second fait que nous possédions appartient à M. Nélaton, qui l’observa en 1855 dans son service, à l’hôpital des Cliniques. L’observation a été publiée in extenso dans la thèse de Henry (Thèses de Paris, 1856. Considérations sur l'onècrijsme artério-veineux). Cette observation est très-complète. Elle avait été communiquée en partie.
l’année précédente à la Société anatomique (Bulletins, 4855, t. XXX). Mais la relation du Bulletin renferme des inexactitudes.
M. Nélaton avait diagnostiqué pendant la vie la nature de la lésion qui s’offrait à lui pour la première fois. Il en avait même reproduit les principales conditions anatomiques dans une expérience sur le cadavre, comme on peut le voir sur une pièce déposée par lui au musée Dupuytren. Le malade ayant succombé à des hémorrhagies foudroyantes, l’autopsie prouva que ces inductions étaient fondées. L’artère carotide interne fut trouvée rompue dans le sinus caverneux.
En 1858, M. L. Hirschfeld communiqua à la Société de biologie (Comptes-rendus, 2e série, t. V, p. 138) un nouveau fait dans lequel * la communication de la carotide interne avec le sinus ne fut reconnue qu’à l’autopsie. Cette observation, que la Gazette des Hôpitaux (1859, p. 57) a également publiée, est intéressante, mais beaucoup moins complète que la précédente, surtout pour la symptomatologie.
Le quatrième et dernier fait appartient encore à M. Nélaton, et date de 1865. La lésion fut diagnostiquée pendant la vie et vérifiée par l’autopsie, la mort étant survenue consécutivement à la ligature de la carotide primitive, l/observation, que nous avons recueillie, à cette époque, à l’hôpital des Cliniques, n’a pas encore été publiée ; nous la donnons plus loin en entier.
Ce cas se trouve cependant indiqué en quelques lignes dans la thèse de Fleys (Thèses de Paris, 1865. Essai sur les signes et le diagnostic des tumeurs intra-orbitaires)-, mais les détails en ont été évidemment communiqués à l’auteur avant que l’autopsie eût vérifié le diagnostic.
M. Legouest a mentionné également ce cas à propos d’une observation analogue lue par lui à l’Académie de médecine (Mém. de l'Acad. de méd., t. XXVII, 1865-66).
C’est à ces quatre faits que se réduit tout ce que nous avons pu trouver sur la rupture de la carotide interne dans le sinus caverneux. Les recueils étrangers n’en renferment pas d’exemple, à notre connaissance; mais ils nous ont offert un bon nombre d’observations de tumeurs anévrysmales de l’orbite qui ont des connexions étroites avec la lésion que nous étudions.
Il nous arrivera plus d’une fois de faire allusion à c»* observa-
tions, ainsi qu’à d’autres publiées en France. Nous ne pouvons les reproduire en entier, à cause de leur longueur, nous voulons encore moins les résumer, dans la crainte de les défigurer ; mais nous donnerons à la fin de ce travail les indications bibliographiques nécessaires pour les retrouver.