CHAPITRE IV
.DE l'État moral créé et développé dans notre pays.
A toute époque, il y a eu des révoltés, des misérables avides de vengeance, des chevaux de sang ou des bêtes vicieuses, ruant dans les brancards, et essayant de les briser.
Mais, actuellement, le nombre en est légion, et si on avait laissé faire longtemps encore, on aurait passé des actes individuels des anarchistes à des actes collectifs. Il n'y a pas de préfet, de fonctionnaire au courant de la police qui ne sache que tel département, indemne il y a quelques années, compte plusieurs milliers d'anarchistes.
Autrefois, on disait que chaque citoyen était l'artisan de son propre sort, qu'il n'avait rien à attendre que de son courage et de ses efforts; aujourd'hui, on publie que les moyens légaux sont impuissants, que l'ignoble bourgeoisie boit le sang du peuple, que, sans répit, elle consomme contre le prolétariat, le crime social de se rassasier de toute la fortune sociale. Ainsi s'exaspèrent les déshérités.
Il n'y a pas de nation, douée de la santé la plus robuste qu'on voudra supposer, qui puisse résister longtemps i\ ces coups de béliers formidables.
Nous reconnaissons aussi, loyalement, qu'il est d'autres causes pour faciliter et développer l'anarchisme et la révolution sociale.
La société doit, avant tout, se défendre contre les infirmités morales et physiques, en améliorant des inégalités trop vraies. Le crime a une tendance à augmenter, parce que la richesse augmente, parce que les besoins humains augmentent, parce que les spectateurs dos jouissances des uns et des misères des autres, autrefois séparés, se heurtent aujourd'hui constamment dans la rue.
La diffusion extraordinaire de la richesse a semé, à côté d'un bien-être précieux, une corruption , une fièvre de plai-
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sir, un contraste brutal de joies et de souffrances qui prédisposent rhomme aux mauvais conseils.
Dans cet ordre d'idées, on a beaucoup fait et on doit encore beaucoup faire.
Il y a aussi de graves responsabilités pour ceux qui ont donné lieu aux scandales financiers de notre époque, malheureusement couverts par la prescription. Dans Tamendement soutenu par M. Jaurès dans la séance de la Chambre du 25 juillet 1894, il y a beaucoup de paradoxe, mais aussi une large part de vérité. Pour être logique, cet orateur aurait dû embrasser aussi dans son amendement la presse socialiste révolutionnaire ^
Nous ne devons pas non plus négliger un autre élément de désordre moral.
L'excuse, au moins relative des criminels, le plaidoyer pour les scélérats, sont devenus une sorte de cabotinage bien porté.
Quand un assassin a tué plusieurs innocents et que la justice lui prend sa vie, comme il a pris celle des autres, on s'écrie, avec de fausses larmes dans la voix : < Ce n'est pas € une solution ! > On soutient que le Président de la Bépublique aurait dû faire grâce..
Et l'on voit de grandes dames se presser d'adopter l'enfant de l'assassin, pendant que sont sans secours des milliers d'orphelins de pauvres gens, morts victimes de leur honnêteté, quelques-uns même de leur devoir.
Il suit de là une compassion malsaine, une émotion scandaleuse, résultat de la publicité des interrogatoires, des plaidoiries, de l'exécution entourée de détails faits pour