A^oir infra, chapitre III, § 3, II
exceptionnelles dans les manufactures de tabacs. Malgré cela, de nombreux progrès ont été réalisés.
Autrefois la torréfaction qui se pratiquait en étendant le tabac à l’air libre sur des plaques chauffées, faisait séjourner les ouvriers dans une atmosphère .irrespirable. Le paquetage des scaferlatis exécuté à bras était très pénible ; le paquetage hydraulique assez fatigant micore, va être remplacé à son tour par le paquetage mécanique. Le râpage du tabac pour poudre est devenu complètement automatique ; la fabrication des jus concentrés qui produisait des émanations nicütineuses a été renq)lacée dernièrement par une méthode nouvelle complètement inoffensive. Aujourd’hui on ne peut plus guère citer comme travail insalubre, que les transvasements du râpé pour la fabrication de la poudre. Le nombre des hommes qui y sont occupés dans les cinq manufactures où l’on fabrique de la poudre est d’ailleurs très réduit (1).
L’industrie des allumettes a été au contraire jusqu’en ces derniers temps, éminemment insalubre à cause de l’emploi du phosphore blanc. Les émanations phosphoreuses constituent d’ailleurs la seule cause d’insalubrité. Aucune main-d’œuvre n’est, par ellemême, nuisible à la santé. Dans les fabriques où les
I. D’après le décrcl du i5 mai iSpj aucune des mains-d’œuvre de l’industrie des tabacs ou des allumettes n’est complètement interdite aux enfants au-dessous de i8 ans (tableau A). La démolition des masses dans les tabacs, la fabrication des pâtes dans les fabri(pies d’allumettes, sont les seuls travaux compris dans le tableau C où l’emploi des enfants de moins de i8 ans est autorisé sous certaines conditions.
CHAP. I. — l’atelier
allumettes amorphes sont seules confectionnées, les conditions hygiéniques sont tout à fait comparables à celles des manufactures des tabacs. Nous verrons plus loin comment TAdministration a lutté contre les dangers du phosphore et comment, par suite de la suppression radicale du phosphore blanc, toute cause d’insalubrité a disparu.
Indépendamment des perfectionnements apportés à l’outillage et à la fabrication, partout les directeurs et ingénieurs se sont appliqués à simplifier les transports, à protéger le personnel contre les dangers inhérents à l’emploi des machines. L’Administration, de son côté, encourage toute initiative susceptible d’améliorer l’hygiène de ses établissements ou la sécurité du personnel, et n’hésite pas à accorder les crédits demandés à cette fin. Actuellement, dans tous les établissements, des vêtements ajustés sont fournis à tous les ouvriers occupés près de machines en mouvement ; à ceux qui exécutent des mouillades on donne des guêtres, des tabliers de cuir et des galoches afin de les protéger contre l’humidité. Dans les fabriques d’allumettes, des vêtements ou des blouses sont donnés à tout le personnel hommes et femmes.
Pendant les chaleurs, des boissons rafraîchissantes (COCO, café) sont distribuées, et les ateliers sont arrosés plusieurs fois par jour avec de l’eau aromatisée de vinaigre ou contenant une solution antiseptique. Dans les fabriques d’allumettes, au temps de l’emploi du phosphore blanc, des distributions abondantes de lait étaient faites et diverses mesures d’hygiène prises.
sur lesquelles nous reviendrons. Une balayeuse attachée à chaque atelier est chargée de le maintenir constamment en bon état de propreté. Dans plusieurs manufactures, un balayage général est exécuté une et deux fois par jour en dehors des heures de travail (1).
Malgré tout, sur quelques points, les manufactures ne remplissent pas les conditions prescrites par le décret du 10 mars 1894 sur l’hygiène et. la sécurité des usines. Dès sa mise en vigueur l’administration s’était préoccupée de cette situation ; après une minutieuse enquête, le Directeur général exposa au Ministre des finances, que certaines des prescriptions du décret étaient matériellement irréalisables et que d’autres, dont l’utilité était contestable, donneraient lieu à des dépenses tout à fait hors de proportion avec les avantages qui pourraient en résulter au point de vue hygiénique pour le personnel ouvrier.
A la suite d’une réclamation présentée par le congrès des ouvriers des tabacs en 1896. une nouvelle enquête fut prescrite et donna lieu aux mêmes conclusions.
En fait, parmi le personnel des manufactures de l’Etat les accidents graves sont extrêmement rares. Les blessures sont généralement anodines et donnent lieu à des chômages de très courte durée.
D’autre part, les rapports qu’adressent à l’adminis-
1. Dans plusieurs établissements, de nombreux crachoirs sont disposés et des affiches sont apposées rajipelant au personnel rinterdiclion de cracher par terre.