‹ De la condition des ouvriers dans les manufactures de l'État (tabacs-allumettes)Chapitre 16 sur 147 · Annales d'hygiène et de médecine légale, t. VI, i88i · texte numérisé non relu

Annales d'hygiène et de médecine légale, t. VI, i88i

mamnheim

« lence de ce poison dont les effets ne peuvent se com- « parer qu’à ceux du curai’e on du sulfocyanure de « potassium. A la dose de quelques gouttes, quelle que (( soit la voie d’introduction dans l’économie, l’animal « sur lequel on expérimente succombe invariablement « au bout de quelques instants... Or les tabacs que « manientet préparent dix heures sur vingt (juatre,les « ouvriers des manufactures, contiennent cet alcaloïde (( dans de très grandes proportions... Quand les tabacs (( sont livrés à la consommation, ils ont perdu par la « fermentation et les manipulations successives qu’ils « ont subies, la moitié ou les deux tiers de la nicotine « qu’ils contenaient. A priori on est donc porté à croire (( que la nicotine doit être absorbée par les ouvriers « dans des proportions assez considérables [)Our don- « ner lieu à quelques accidents ».

L’auteur continue en observant que cette absorption trouve pour s’exercer plusieurs voies:

1° Les poussières, qui se produisent particulièrement pendant l’époulardage, la démolition des masses, le transvasement du râpé.

2° Les vapeurs qui se dégagent des tabacs en fermentation et qui se traduisent par une odeur intense que le vent porte parfois à plus d’un kilomètre ;

3° Le contact du tabac sur la [)eau surtout pendant la mouillade et la confection des cigares.

Ln fait, il arrive que des ouvriers nouvellement recrutés éprouvent d’abord des vertiges, des nausées, de la diarrhée, tous les symptômes entiu (pie produit la fumée du tabac sur les personnes (pii n’y sont pas ha-

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l’atelier

bituées. On peut donc se demander avec raison si, à la longue, la santé des ouvriers des tabacs n’est pas altérée, autrement dits’il n’existerait pas une maladie professionnelle, le nicotinisme. Cette question a vivement préoccupé les hygiénistes.

Les uns ont cru constater une intoxication chronique (1); d’autres ont prétendu au contraire que les ouvriers des tabacs jouissent d’une immunité particulière à l’égard de certaines maladies, surtout la phtisie (2); suivant d’autres enfin, l’influence de la manipulation des tabacs sur la santé desouvriers est nulle (3).

En 1880, dans son rapport annuel adressé à l’administration, le docteur Lebail, médecin de la manufacture du Mans, attira l’attention sur les troubles de menstruation qu’il conslatait chez les ouvrières. L’administration soumit aussitôt la question aux médecins des autres manufactures. Aucune de leurs observations ne corrobora celle du docteur Lebail (4).

En 1897, le docteur Etienne de la faculté de Nancy publia une note (5) sur la mortalité infantile dans les familles des ouvrières des tabacs. Il concluait que la profession d’ouvrière aux tabacs ne paraissait guère

1. Rammazini (1882). Melier, rapport à l’Académie de médecine, 1845, Kostial, 1868, Jacquemart, 1880, Delaunay, Decaisne, Thévenot, 1881.

2. Parent-Duchâtelet et Darcet 1829, Siméon, directeur général des manufactures de l’Etat, i843.

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