‹ De la condition des ouvriers dans les manufactures de l'État (tabacs-allumettes)Chapitre 17 sur 147 · Joire · texte numérisé non relu

Joire

4. Le docteur Ygonin, de Lyon, communiqua sa réponse à la société de médecine, 8 août 1880.

5. Annales d’hygiène 'publique et de 'inédecine légale^ juin 1897.

influer sur révolution de la grossesse, mais que la mortalité des enfants devenait considérable, quand leur mère continuait à les allaiter après avoir repris son travail à la manufacture.

La meme année, la fédération des ouvriers des tabacs provoqua une agitation au sujet du nicotinisme. Des articles alarmants furent publiés dans son organe V Echo (les Tabacs (septembre et octobre 1897) à l’appui de demandes d’augmentation des pensions de retraite L’administration ouvrit alors une nouvelle enquête. Les questions suivantes furent posées aux médecins de toutes les manufactures:

Existe-t-il un état de nicotinisme pour les ouvriers qui travaillent le tabac comme il existe un état de phosphorisme pour ceux qui travaillent aux allumettes?

2° La manipulation du tahac provoque-t-elle des maladies spéciales ou favorise-l-elle des affections d’ordre général ?

Nous avons sous les yeux tous les rapports adressés à Toccasion de cette emjuête. Quelques médecins déclarent avoir constaté parfois un court malaise chez les ouvrières non acclimatées; d’autres, au contraire, croient avoir remarcjué une influence favorable du tabac au moment de certaines épidémies, mais tous, unanimement et sans restriction, déclarent que la manipulation du tabac ne provoque aucune intoxication chronique et ne favorise aucune maladie d’ordre spécial ou généi'al.

D’autre part, les conclusions du ducteur Etienne,

CHAP. L — l’aTELIEÜ

relativement à la mortalité infantile, et qui sont basées sur l’observation de 17 familles et de 93 grossesses, sont contredites par les statistiques faites dans les crèches des manufactures.

En particulier, M. Darquier, directeur de la manufacture de Toulouse, a publié, en réponse à la note du docteur Etienne (1), le relevé complet des observations faites pendant 18 années consécutives, à partir de 1880, à la crèche de la manufacture de Toulouse. Sur les 507 enfants qui avaient fréquenté la crèche durant cette période, 91 décès s’étaient produits, soit 17,94 0/0.

Laissant de côté les enfants âgés de plus de 18 mois et sevrés à leur entrée à la crèche, la mortalité comprend 41 0/0 enfants nourris au biberon et 22,10 0/0 enfants nourris au sein maternel. Or ces chiffres sont tout à fait normaux.

En résumé si, en fait, la mortalité infantile est souvent très considérable parmi les enfants d’ouvrières des manufactures, cela semble devoir être imputé, non à l’influence du tabac, mais au manque de soins, nécessairement très fréquent de la part de mères, occupées dans les ateliers dix heures par jour. Et s’il n’est pas permis d’affirmer que la manipulation des tabacs n’a aucune influence sur la santé du personnel, en tout cas l’inexistence d’une intoxication chronique, le (( nicotinisme », paraît définitivement démontrée.

i. Rfivup Hcipntificiuc, 2 juillet 1898.

Fabriques d’allumettes (1). — Dans les fabriques d’allumetles où l’on manipule le [ihosphore blanc, les ouvriers subissent une intoxication chronique, le phosphorisme, et sont exposés à un mal terrible, la nécrose phosphorée. Le phosphorisme met les individus dans un état général de déchéance, de cachexie, et se manifeste par des troubles de la respiration, du système nerveux et de la nutrition. Tout l’organisme s’imprègne de phosphore, qui est un poison ; la nécrose phosphorée n’est autre chose que la carie des os, particulièrement des os de la mâchoire inférieure et nécessite parfois de très graves mutilations.

Les cas de nécrose sont rares ; à la fabrique de Pantin-Auhervilliers, dont l’installation est très défectueuse, il s’est produit dans l’espace de huit ans (1888 à 1896), 28 cas de nécrose dont une dizaine présentant une certaine gravité, sur un personnel moyen de 700 ouvriers et ouvrières. Quant aux décès causés par le phosphorisme, ils sont extrêmement rares On n’en a relevé que quatre pendant la môme période. Enfin la mortalité générale ne paraît guère plus élevée que dans beaucoup d’autres industries. 11 n’en est pas moins vrai que le phosphorisme cause à l’organisme un ensemble de dégâts, qui })ermettent de considérer la manipulation du phosphore blanc comme éminemment insalubre et qui justifie l’agitation récente en faveur de sa suppression. Cette agitation prit une grande

i. Pour traiter ce sujet, nous avons eu recours surtout à la thèse très intéressante et très complète du docteur Malm, intitulée : « Le phosphorisme dans les manufactures d’allumettes. »

CHAP. I. — l’atelier

acuité à partir de la reprise du monopole par l’Etat et surtout au cours de deux grèves importantes (1893, 1893) qui eurent un grand retentissement dans la presse et au Parlement. Les ouvriers réclamaient des augmentations de salaires en invoquant l’insalubrité de leur profession et demandaient subsidiairement la suppression du phosphore blanc.

Pendant les années de transition qui suivirent là reprise du monopole, la situation hygiénique laissa, en effet, beaucoup à désirer, surtout à Aubervilliers. La compagnie fermière, en embauchant les ouvriers, se contentait d’un examen médical insuffisant, aussi le personnel comprenait-il beaucoup d’individus débiles.

D’autre part, l’installation des fabriques, ainsi que nous l’avons dit, était défectueuse. Cependant l’administration avait sans retard entrepris la lutte contre le fléau.

En moins de quatre années, plus d’un million fut dépensé en aménagements divers ; des précautions minutieuses furent prescrites au personnel (interdiction de manger dans les ateliers, obligation de se laver les mains et de se rincer la bouche avec un gargarisme spécial avant de quitter les ateliers). Des vêtements de travail furent donnés, de larges distributions de lait furent faites ; les ouvriers atteints de phosphorisme furent envoyés à la campagne avec l’intégralité de leur salaire et une indemnité de séjour. Ces mesures demeurèrent vaines. L’insouciance des ouvriers ne permit pas d’assurer la stricte observation

des prescriptions d’hygiène; les avantages dont jouissaient les nécrosés suscitèrent des abus ; le nombre des malades s’accrut dans des proportions énormes. La progression des secours payés aux ouvriers de la fabrique d’Aubervilliers en témoigne (1).

et 1896. . .

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