Comptes rendus de l’Académie des sciences, tome XXI
SITUATION MATÉPtlELLE DES OUVRIERS
Diverses inventions fiirentexpérimentées ; des essais de consommation parle public fni-ent meme faits (Allumettes Hœbecke, Pouteau, Otto-Miram). Aucun type ne parut satisfaisant et l’insuccès de ces tentatives semblait donner définitivement raison au D" Magitot qui écrivait (( il n’y a pas de succédané du phosphore blanc » (1).
On s’efforça alors de tourner la difficulté et de soustraire le personnel à Pintoxication, en réalisant la fabrication mécanique des allumettes. Différentes machines
étrangères furent essayées.
Deux ingénieurs des manufactures de l’Etat, MM.Sévène et Gahen entreprirent la construction d’une machine nouvelle, mais ils s’attaquèrent en même temps au problème même de la suppression du phosphore blanc et c'est à eux que revient l’honneur de l’avoir résolu grâce à l’emploi du sesquisulfure de phosphore (:2j. Depuis la fin de l’année 1898 le phosphore blanc n’est plus employé nulle part en France. Dès cette épo([ue le D' Courtois-Suftit, médecin des hôpitaux, aujourd’hui médecin en chef des manufactures de l’Etat, adressait une note à l’Académie de médecine où il disait (3) : c( 11 semble que l’on peut légitimement a conclure. à l’innocuité, au moins très probable, de la « nouvelle pâte au sisquisulfure de phosphore. Je ne
1. « Des industries insalubres », Hernie Deux-Mondes, i^^janvier 1897.
2. Le sesquisulfure n’éinel pas de vapeurs à la température ordinaire, il ne peut donc être nuisible.
7). Académie de médecine, séance du 27 décembre 1898.
CHAP. I, — l’atelier
(( cherche en aucune façon en m’exprimant ainsi à « faire une restriction... prudente. Mais à l’heure (( actuelle la fabrication est encore trop récente pour « que, pratiquement, on ait pu observer un change- « ment notable dans la santé du personnel ouvrier».
Depuis, l’expérience a pleinement confirmé ces pronostics. Aujourd’hui on peut dire que le phosphorisme et la nécrose ont disparu en France.
D’autre part la machine imaginée par MM. Sévène et Gahen est prête à être mise en service (^1). Elle réalise automatiquement toute la fabrication des allumettes chimiques. Grâce aux beaux travaux de MM. Sévène et Gahen, l’industrie des allumettes sera donc bientôt une des plus perfectionnées qui existent et dès maintenant elle a cessé d’être une industi*ie insalubre (2).