‹ De la condition des ouvriers dans les manufactures de l'État (tabacs-allumettes)Chapitre 27 sur 147 · l^écision ministérielle, juin · texte numérisé non relu

l^écision ministérielle, juin

et ouvrières les plus anciens et les plus dignes de confiance. A vrai dire, cet examen est tellement superficiel qu’il ne permet jamais de découvrir une soustraction. La seule fouille efficace est celle qui est pratiq uéeà huis-clos sur un ouvrier isolé. L’ingénieur a le droit de la [)rescrire chaque fois qu’un ouvrier donne lieu à des soupçons sérieux. L’usage de la fouille peut, au premier abord, paraître humiliant, mais il est nécessaire dans des établissements où un personnel très nombreux manipule des monceaux de matières appartenant à l’Etat, et qui ont une valeur relativement grande, sous un petit volume. En outre, même inefficace, la fouille a l’avantage de mettre le personnel ouviâer à l’abri de toute suspicion.

A l’atelier, les ouvriers peuvent causer entre eux tout en vaquant à leurs travaux, il leur est simplement interdit de faire un bruit qui pourrait dégénérer en désordre. Ils ne doivent pas se rendre dans des ateliers autres que le leur. Il leur est interdit de manger à leur place; un réfectoire est mis à la disposition du [lersounel à des heures déterminées. Les ouvriers peuvent y prendre leur repas de midi.

Toutes les mains-d’œuvre doivent être exécutées strictement suivant les prescri[)tions. Les matières premièi'es doivent être employées par les ouvriers exactement dans les conditions où elles sont livrées.

Enfin, il est interdit de faire du commerce, de placer des billets de loterie dans l’intérieur des établissements, d’y (piêter, sauf autorisation spéciale, d’introduire des allumettes, de fumer, etc.

CHAP. I. — l’atelier

En somme, la disci|)line, sans être sévère, est assez stricte, et cela est indispensable à la bonne conduite du travail, dans des établissements contenant nn aussi nombreux personnel que les manufactures de l’Etat.

Les sanctions destinées à assurer l’observation des règlements et l’exécution des ordres sont simples et peu nombreuses.

L’encouragement principal des ouvriei*s zélés et laborieux est de voir s’améliorer leur salaire, trest un des avantages du travail à l’entreprise.

On récompense en outre les ouvriers méritants, en leur attribuant les places les pins avantageuses ou les postes de confiance. Autrefois des gralitlcations étaient aussi distribuées chaque année, mais la grande majorité du personnel s’est toujours montrée hostile à ce procédé d’encouragement, qui suscitait d’ailleurs contre les chefs des accusations de favoritisme, et on y a presque complètement renoncé.

Par contre, les ouvriers peuvent être avantagés au moyen de primes personnelles journalières, accordées à titre permanent.

Les ouvriers et ouvrières participent enfin dans une très large mesure aux médailles d’honneur décernées par le ministre de l’industrie et du commerce.

La plupart obtiennent cette distinction aussitôt qu’ils atteignent Lancienneté minima exigée et qui est actuellement fixée à 37 ans de service pour les femmes et à 30 ans pour les hommes.

Les pénalités sont ; la mise à pied et le renvoi. L’ar-

SITUATION MATl^-RIELLE DES OUVRIERS

ticle 126 de riiistiTict.ioii spécifie qu’il ne peut être fait, à litre de punition, aucune retenue sur lessalaires.

La mise à pied, dont la durée peut variei* de un jour à un mois et môme davantage, suivant la gravité de l’infraction, consiste à interdire l’entrée de la manufacture pendant Ionie la durée de la punition et par conséquent à priver l’ouvrier de travail. Ce genre de punition malheureusement n’est pas toujours équitable et souvent il est peu efficace. Il frappe durement la mère de famille soucieuse de ses devoirs, et (jui ne peut que bien difficilement trouver à s’employer temporairement ailleurs, et laisse indifférents les ouvriers indépendants ou insouciants, qui accueillent parfois sans déplaisir un chômage forcé (l).

Un ouvrier n’est presque jamais puni sans avoir reçu préalablement un ou plusieurs avertissements.

Le directeur et ringénieur ont seuls qualité pour prononcer une punition. L’ingénieur ne peut infliger une mise à pied de plus de trois jours sans en référer au directeur. Les surveillanis et chefs de sections qui ont constaté une infraction se bornent à signaler les faits. L’ingénieur prononce, ou, si la faute lui paraît comporter une punition sévère, il soumet la

1. Un projet de loi actuellement en élaboration et voté par la Chambre le 6 décembre 1898 prévoit l’interdiction des mises à pied aussi bien cpie des amendes. Mais quoirpie criti(juable à bien des égards il })araît indispensable de maintenir cette sanction dans les manufactures de rbdal. On ne ])eut pas en effet en iniaginer d’autres car les sanctions morales sont inefficaces ; le renvoi est d’autre part trop grave |)Our j)ouvoir être prononcé en cas de fautes banales.

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