II. — Travail à l’entreprise
Le travail à l’entreprise est équitable parce qu’il proportionne exactement le salaire à la peine, favorisant ainsi les laborieujt. 11 facilite la surveillance parce que l’ouvrier a intérêt à éviter les [lertes de temps ; il
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est économique aussi, car il développe la productivité de l’ouvrier et, comme les bases de salaires sont établies de manière à faire correspondre , pour chaque espèce de travail, un certain gain à une activité et à une habileté moyennes, le coût de la main-d’œuvre peut être d’autant plus réduit que le rendement de l’ouvrier est plus grand. Enfin ce mode de salaire se prête parfaitement aux nécessités de la comptabilité administrative, puisqu’elle proportionne le coût de la main-d’œuvre aux quantités fabriquées et permet ainsi une prévision exacte des crédits et un contrôle rigoureux de la dépense.
Pour ces diverses raisons, le travail à la tâche a été étendu à la presque totalité des mains-d’œuvre. Nous allons passer rapidement en revue les formes sous lesquelles on applique ce système de salaires.
Travail iisdividuel. — La forme normale du travail à l’entreprise, correspond au cas où l’ouvrier travaille individuellement, à une lâche bien déterminée, et sans que sa production dépende d’aucun autre facteur que ses qualités personnelles. La grande majorité des ouvriers des manufactures de l’Etat travaillent dans ces conditions ; par exemple, les écoteuses, étaleuses, cigarières, robeuses, qui sont payées en raison du nombre de cigares et de robes confectionnés ou du poids de feuilles écotées, étalées, découpées.
Dans les fabriques d’allumettes, la mise en pi*esse est payée au prorata du nombre des presses préparées.
La confection des sacs, coffrets, caisses, toniieanx, l’aignisage des lames de hachoirs, etc., sont rémunérés de la même façon.
Dans tons ces exemples, les ouvriers travaillent d’une manière complètement indépendante et sont libres de déployer tonte leur activité. Le salaire à la tache présente tons les avantages que nous avons énumérés.
Les conditions de travail sont différentes quand, par suite de l’emploi d’un appareil mécanique, l’ouvrier n’a (jiLune action restreinte ou nulle sur la production.
Ainsi le hachoir, la machine à cigarettes, fonctionnent avec une vitesse constante, que le hacheur et la cigaretteuse ne sont pas maîtres de modifier. La production est alors limitée et ne dépend guère de l’ouvrier. Cependant, celui-ci peut s’approcher du rendement maximum, dans la mesure où il parvientà éviter les causes d’arrêt. .Le salaire à la tache est donc particulièrement avantageux dans ce cas, puisqu’il a pour effet d’intéresser l’ouvrier au bon entretien de la machine et, par voie de conséquence, à la bonne qualité des produits.
La situation n’est pas la même quand l’ouvrier ne peut intervenir en aucune façon dans l’opération effectuée par rapjiareil ; l’ouvrier chargé de la conduite des torréfacteurs exécute le travail d’un chautïeur ; il n’en est pas moins payé au prorata du poids de tabac torréfuL Le râpage du tabac à [)riser, la mouillade et le séchage mécanicjue, sont autant de cas où le salaire
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à la tâche change complètement de caractère ; néanmoins il est toujours applicjné à cette catégorie de mains-d’œuvre parce que, au point de vue de la comptabilité, il conserve tous ses avantages.
Travail combiné. — Certaines mains-d’œuvre exigent le concours de plusieurs ouvriers formant une équipe. Le type du travail combiné est fourni par le paquetage des scaferlatis. La conduite du torréfacteur, celle des hachoirs dans quelques manufactures de tabacs, le chimiquage et le cartonnage dans les fabriques d’allumettes en sont d’autres exemples.
Le salaire à l’entreprise leur est toujours appliqué et le prix du travail est réparti entre les ouvriers qui y participent, au prorata de la difficulté de leur besogne et de l’effort qu’elle exige.
De cette manière, les ouvriers, alors même qu’ils sont attelés à une même tâche, ne sont pas placés dans la dépendance les uns des autres, en ce sens que jamais aucun d’eux n’est appelé à jouer, à l’égard de ses aides, le rôle d’entrepreneur en sous-ordre. Grâce à ce système, le travail à l’entreprise s’applique au travail combiné dans les mêmes conditions qu’au travail individuel.
Travail collectif. — Il existe un grand nombre de mains-d’œuvre qui nécessitent la coopération de plusieurs ouvriers, sans qu’il soit possible d’apprécier, soit le temps employé, soit l’effort exercé, soit la quantité de matières manipulées [lar chacun de ceux qui y participent.
SITUATION MATÉIlIliLLE DES OUVRIERS
On réunit alors ces ouvriers en associations ou brigades ; clans ce cas, les mains-d’œuvre sont encore rémunérées à l’entreprise, mais toutes les sommes gagnées par les associés sont réunies en une masse commune, répartie ensuile au pi’orata du nombre des heures de présence de chacun.
L’association est un lien purement personnel, de telle sorte cjue des ouvriers [leuvent être constitués en brigades, sans qu’ils soient nécessairement astreints à travailler en commun, ni même qu’ils soient employés à des besognes connexes.
En général, cependant, on ne réunit en brigades que des ouvriers appelés habituellement à coopérer, à se remplacer mutuellement ou ayant, tout au moins, des intérêts communs. Lorsqu’un ouvrier étranger à la brigade lui est momentanément adjoint, il est payé dans les mêmes condi lions que les associés. Si un des associés concourt aux travaux d’une autre brigade, ou même, dans certains établissements, s’il exécute individuellement (les mains-d’œuvre payées à l’entreprise ou à la journée, il rapporte à la masse commune les sommes qu’il a gagnées.
Le travail collectif a évidemment l’inconvénient de ne pas permettre de tenir compte des aptitudes ou de l’effort individuel ; le partage égal du gain nuit aux bons ouvriers el peut les décourager ; par contre, l’association crée une solidarité qui se traduit [)ar une surveillance mutuelle très tavoiaible à la [)roduction. Lors(pie l’abondance du ti*avail vai*i(‘, il suflit de modifier l’effectif de la bi*igade pour assurer à chaque
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associé un gain à peu près constant, correspondant à une somme de travail très régulière. Dans certaines manufactures cette manière de faire est érigée en système, et l’on parvient ainsi à réunir les avantages du travail à la journée à ceux du travail à l’entreprise.
Le travail en association se prèle aux mains-d’œuvre les plus variées. Dans toutes les manufactures, les manutentions de matières, fournitures, produits fabriqués, leur déchargement, chargement, expédition, sont exécutés par les ouvriers, réunis en une brigade dite du (( service général ».
Dans les manufactures de tabacs, les mouilleui*s, les ouvriers chargés de la fabrication de la poudre, ceux qui sont employés aux masses de scaferlati, les époulardeuses, etc., etc., comme dans les fabriques d’allumettes les soufreurs, les ouvriers du séchoir, forment autant d’associations.
On l’éunit quelquefois les ouvriers en brigade, alors même que le travail individuel à l’entreprise est applicable. Ainsi les hacheurs de scaferlati, les emballeurs de scaferlati, de cigarettes ou de cigares, sont réunis en associations dans plusieurs manufactures. Les ouvriers employés à ces travaux sont en effet toujours appelés à s’entr’aider ou à se remplacer momentanément. De plus, leur besogne diffère selon la matière qui est mise en œuvre. Le hachage du scaferlati supérieur, celui du scaferlati ordinaire ou de troupe, ne se font pas dans les memes conditions. 11 en résulte des difficultés pour la distribution du travail et
des jalousies dans le persoluiel, auxquelles on coupe court en associant les ouvriers.
Cette forme du salaire à l’entreprise, véritable mode spécial de rémunération, que l’on pourrait appeler le salaire à ï association, a pris une extension qui [laraît destinée à croître encore. 11 permet de payer à la tâche les travaux qui semblent se prêter le moins à ce mode de rémunération et qui sont précisément ceux où le paiement à la journée donnerait lieu aux plus faciles abus ; de plus, il fournitsouvent le moyen
du salaire à l’entreprise.