I. — Travail à la journée
Le salaire h la journée a l’avantage de permettre d’exiger de l’ouvrier une main-d’œuvre très soignée. Par contre, ce système ne stimule pas la productivité et nécessite une surveillance continuelle destinée à éviter des pertes de temps abusives. D’autre part, n’établissant aucune proportionnalité entre le coût de la main-d’œuvre et la production, il rend difficile la prévision des crédits et impossiiîile le contrôle de leur emploi.
C’est pourquoi il n’est appliqué dans les manufactures de l’Etat que lorsque la nature ou les conditions du travail l’exigent.
En premier lieu, le salaire à la journée s’impose cliaque foisque le travail accompli ne peut être mesuré d’aucune manière.
C’est le cas de travaux tels que la conduite des machines, le chauffage des chaudières, qui consistent en une simple surveillance ; les maîtresses auxquelles incombe le devoir de former les apprenties ne peuvent évidemment pas êti'e payées autrement qn’à la journée.
11 en est de même des receveuses, chargées, les unes d’examiner les cig
des vérificatrices, ares et de rejeter
1. Chaque ouvrier peut participer modes de réiiiuiiératioii suivant la tàclie
naturellement aux <pii lui incombe.
deux
CHAP. II
LE SALAIRE
ceux qui présentent des défectuosités, les autres de contrôler le poids des paipiets de scaferlati et celui des boîtes d’allumettes.
De telles besognes, ne laissant aucune trace, leur utilité dépend uniquement de la conscience de l’ouvrier.
On paie encore à la journée une catégorie du personnel dont on dispose suivant les besoins du service. Cette catégorie comprend les servantes, les balayeuses, et, en général aussi, les ouvriers du service d’entretien.
Les ouvriers fournissent bien réellement ici des présences, du temps, et il est logique de les payer à la journée.
L’avantage principal de cette modalité de salaire, consistant à permettre d’etre très exigeant sur la qualité du travail, c’est à elle que l’on'a recours chaque fois que la dépense de main-d’œuvre est secondaire et que la perfection d’exécution importe seule. Tel est le cas des travaux d’ajustage, de montage ou de réglage de machines.
Pour la même raison on paie à la journée les « pâtissiers » des fabriques d’allumettes. Les produits chimiques entrant dans la composition des pâtes doivent être dosés rigoureusement et il est essentiel que leur mélange soit parfait.
Il serait évidemment facile de rémunérer cette maind’œuvre au prorata du poids de pâte confectionnée ; mais en incitant le « pâtissier » à travailler vite, de manière à réaliser une économie de salaire insigni-
fiante, on risquerait des malfaçons entraînant des pertes de matières d’un prix élevé.
Enfin, tlans des établissements aussi importants que les manufactures de tabacs ou les fabriques d'allumeltes, il se présente au cours des fabrications une foule de travaux exceptionnels ou plutôt imprévus. Ils figurent dans les budgets sous la rubrique de « travaux divers » et exigent des crédits qui ne peuvent être alloués que sous forme de « journées de salaire ».
L’emploi du salaire à la journée n’est pas imposé ici par la nature du produit ou les conditions du travail, mais par une simple nécessité administrative.
On paie encore à la journée les ouvriers pendant les périodes d’essai d’une machine ou lorsqu’on expérimente une organisation nouvelle du travail.
Tels sont les seuls cas d’application du salaire à la journée. Ils sont, on le voit, aussi restreints que possible ; ils ne comprennent pas, notamment, certaines mains-d’œuvre, telles que les chargements et déchargements, les transports, qu’il peut paraître difficile, au premier abord, de rémunérer autrement.
Nous verrons comment on a réussi à payer à la tâche, même les travaux de cette espèce.