‹ De la condition des ouvriers dans les manufactures de l'État (tabacs-allumettes)Chapitre 4 sur 147 · III. — Consistance du personnel ouvrier · texte numérisé non relu

III. — Consistance du personnel ouvrier

Manufactures des tabacs. — Au 1®’’ janvier 1875 l’ensemble des seizemanufaclures de tabac existantalors comprenait 17.668 ouvriersdes deux sexes dontl6.325 femmes et 1.343 hommes. Cet effectif a subi depuis cette époque de notables variations : il s’est accru d’une manière constante jusqu’en 1885. Il atteignit alors le chiffre de 21.703 ouvriers dont 20.038 femmes et 1.665 hommes. Pendant cette période quatre manufactures nouvelles furent construites : Dijon, le Mans, Pantin et Orléans. Le recrutement des femmes ayant été suspendu par l’administration pour toutes les manufactures à partir du 2 mai 1885, reffeclif diminua

MANNHEIM

crime façon progressive. De 18.32*2 en 1890, il était tombé en 1893 à 16.360(14.899 femmes et 1.461 hommes (1).

Le recrutement , partiellement l'epris cette année là (6 juillet 1893) cessa dès 1894 (^16 juin) et au janvier l89o l’effectif était réduit à lo.o98 (14.143 femmes et 1.433 hommes). Au D’’ janvier 1898 il n’était cjuede 13.034 (13.380 femmes et 1.434 hommes) lors- C]ue le recrutement fut repris et poursuivi jusqu’en 1901. Depuis les mois de janvier 1901 il est de nouveau suspendu par mesure générale pour une période indéterminée.

Au 1°'' janvier 1901, l’effectif des manufactures de tabacs était de 17.143 (13.692 femmes et 1.433 hommes). H est donc sensiblement le même qu’il y a 23 ans. Or pendant la même période, la production totale des manufactures a augmenté de près d’un tiers, ayant passé de 30 millions300.000 kilog. à 38 millionsTOO.OOO kilog. par an.

Gela tient à une double cause: d’une part le déve-

I. Le nombre des ouvriers dans certaines manufactures est descendu à cette époque à un chiffre extrêmement faible. xVinsi au janvier 1896 la manufacture de Lyon ne comptait plus que 402 femmes et celle du Havre 5 19. Aussi est- il arrivé que dans plusieurs villes, en particulier à Tonneins, et surtout à Lyon, des démarches très actives et très instantes furent faites en 1894 par les divers corps élus, auprès du Gouvernement et du Parlement, pour obtenir la reprise du recrutement dont la cessation complète pendant une si longue période, a})paraissait comme une mesure destinée à préparer la suppression de certaines manufactures.

CHAP. I, — l’aTELIÉR

loppemenl de l’outillage mécanique et d’autre part la diminution de la vente des cigares.

Considérons le tableau suivant qui donne les variations de la vente des diverses espèces de produits (1).

Poudre Rôles et

à priser

carottes

Scaferlatis

Cigarettes

Cigares

On voit que la fabrication de la poudre a légèrement diminué, celle des rôles et carottes a peu variée au moins depuis vingt ans, tandis que la confection des cigares a très sensiblement fléchi. Par contre la confection des scaferlatis a considérablement augmenté et la fabrication des cigarettes a plus que triplé.

Dans l’un et l’autre cas, l’action prépondérante des machines a permis d’accroître la production sans augmenter notablement la main d’œuvre.

Plusieurs machines à cigarettes nouvelles, récemment expérimentées dans quelques manufactures, ont un rendement tel, qu’il paraît dès à présent certain qu’elles suffiront à tous les besoins, tout en permettant de diminuer encore le nombres des ouvrières. En

I. Dans ce tableau les kilog. de poudre, rôles et carottes, sont des kilog. poids réel. Les kilog. de cigarettes désignent la quantité de 1000 cigarettes et les kilog. de cigares, la quantité de 200 cigares.

revanche, les essais faits jusqu’ici en vue de la fabrication industrielle des cigares au moyen de machines, sont restés infructueux. La confection étant toute entière manuelle ne dépend dans son ensemble que du nombre des cigarières.

En un mot, dans l’état actuel de l’industrie des tabacs, l’etïectif des hommes peut rester constant alors même que la production totale des manufactures varie dans d’assez larges limites, tandis que l’effectif des femmes doit être sensiblement proportionnel à Timportance que l’on veut donner à la seule fabrication des cigares.

Fabriques d’allumettes. — En prenant la gestion directe du monopole des allumettes, l’Etat licencia tout le personnel ouvrier de la Compagnie fermière et momentanément ferma toutes les fabi’iques. Elles furent réorganisées sur le modèle des manufactures de tabacs et un personnel nouveau fut recruté, mais on y comprit la très grande majorité des ouvriers de la Compagnie. Lès 1891, les cadres étaient reconstitués et le travail régulièrement repris. La manufacture d’Aix fut créée en 1894.

En 1896, le recrutement fut suspendu partout, par décision ministérielle, en vue de la mise en service d’une machine américaine à grand rendement. Par suite de circonstances diverses cette machine ne fut pas ado[)tée et la décision ministérielle devint peu à [)eu caduque. Sans avoii* é(é ofticiidlemen l repids le

CHAP. I. — l’atelier

recrutement s’est poursuivi de manière à pourvoir aux vacances (1).

La fabrication qui était de 29 milliards 1/2 d’allu' mettes en 1895 a dépassée 37 milliards en 1900. L’outillage mécanique n’a pas été beaucoup modifié pendant cette période, mais une meilleure organisation du travail, une assiduité plus grande des ouvriers, obtenue par une observation rigoureuse de l’hygiène et les rentrées d’ouvriers guéris, expliquent cet accroissement de production.

En 1900, le recrutement a été arrêté d’une manière absolue en raison de l’adoption prochaine d’une machine très perfectionnée imaginée par MM. Sevène et Gahen qui supprimera la plus grande partie des mains-d’œuvre.

Différentes catégories d’ouvriers (2). — La situation des ouvriers des monopoles est différente à bien des égards, suivant qu’ils ont un métier qui s’exerce dans l’industrie privée, ou qu’ils ne connaissent aucun métier, ou bien encore s’ils ont subi un apprentissage spécial à l’industrie monopolisée.

Ainsi un homme de peine ou un ouvrier d’état ren-

1. Si l’effectif nominal s’est maintenu à peu près constant jusqu’à l’an dernier, le nombre des journées de présence a notablement varié parce que beaucoup d’ouvriers soignés comme nécrosés au cours des années 1896 et 1896 continuaient à figurer dans les cadres des fabriques.

2. On remarquera que notre étude concerne au total, à l’heure actuelle, une population ouvrière de 19.442 âmes dont 17.135 fem¬

mes.

voyé d’une manufacture de tabacs, pourra s’embaucher ailleurs, tandis qu’une cigarière perd complètement le bénéfice de son apprentissage et subit ainsi par le fait du renvoi, un préjudice bien plus considérable. Inversement on peut recruter facilement un manœuvre ou un menuisier tandis qu’il faut toujours former une cigarière.

lœs manufactures de tabacs emploient environ 380 ouvriers d’état, ajusteurs, menuisiers, maçons, chaudronniers, vanniers, conducteurs de machines et chauffeurs. En plus, une centaine d’hommes sont occupés aux ateliers de Limoges, 80 environ dans les fabriques d’allumettes, soit au total o60 ouvriers d’Etat. Ainsi que nous le verrons, aucune des mains-d’œuvre des- services de fabrication des tabacs et des allumettes n’exige d’apprentissage véritable ; on peut donc considérer comme des manœuvres tout le restant du personnel masculin, soit en tout 1.720 hommes répartis comme suit (1) :

Service général. 4^^^ I*’® Section . i4o

Tabacs. /

1 2® Section .

Hommes. '

1 7)^' Section .

1 4® Section .

5® Section .

So

1 Allumettes. |

j Service général .

! Fabrication .

[ 5Go 1

Parmi les femmes, il y a 8.800 cigarières, 1.200 paqueteuses de scaferlati, 1.000 cigaretteuses dont

I. Ces cliiffres et les suivants se rapportent à la situation du personnel en 1900 ; ils sont approximatifs.

CHAP. I. — l’atelier

l’apprentissage dure ea moyenne respectivement 2 ans, 6 mois et 2 mois(l). Les robeuses, les paqneteuses de cigares sont au nombre de 1000 environ.

Aucune des autres ouvrières au nombre de 1450 dans les fabriques d’allumettes et de 3.500 dans les manufactures de tabacs n’ont à subir d'apprentissage. Les ouvrières femmes sont réparties comme suit par section.

Service général

et service

d’entretien. loo

i’’® Section. . . 1200

2® Section. ... »

5® Section .... i5o

4® Section. .. . 238o 5® Section. ... 1 lyoo

Allumettes.

Ainsi, les cigarières forment la moitié du personnel des manufactures de tabacs et la moitié du personnel féminin des monopoles.

Cette remarque est importante. En effet, dans les établissements dépendant d’une même administration, l’égalité de traitement de tous les ouvriers est de règle, et il est inévitable que la condition du personnel entier se modèle sur celle de la catégorie la plus nombreuse. Gela explique comment certains errements se sont infdtrés; établis à l’origine au profit des seules cigarières, ils se sont généralisés par la suite.

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