II. — Administration et direction des manufactures de l’Etat
Toutes les règles concernant la direction, Tadministration, la gestion et l’organisation des manufactures de l’Etat, sont codifiées dans « V Instruction du 9 août 1862 sur le service des manufactures ». De nombreux chapitres ont été modifiés et bien des articles sont toml)és en désuétude ou ont reçu une interprétation nouvelle, mais dans ses principes l’instruction primitive est toujours en vigueur. Une nouvelle rédaction est actuellement à l’étude.
Les ouvriers et ouvrières sont répartis par ateliers comprenant des effectifs extrêmement divers. Chaque atelier est placé sous la surveillance d’un préposé, homme ou femme, dont la fonction est indépendante du grade; ils ont le titre de surveillants, contre-maîtres ou contre-maîtres principaux. Autrefois on n’employait que des préposés hommes; depuis plusieurs années
i. Répartition des manufactures par classes au i6'’janvier 1902.
Hors classe. — Reuilly, Pantin, Gros-Caillou ;
I'’® classe. — Bordeaux, Dieppe, le Havre, Lille. Lyon, Marseille, Nice ;
2® classe. — Dijon, le Mans, Nancy, Nantes, Orléans, Toulouse, Li moges ;
5® classe. — Cliâteauroux, Morlaix, Riom, Tonneins.
Kabri([ues d’allumelles : l^antin-Aubervilliers, Aix, Règle, Marseille, Saintine, Trélazé.
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on tend à leur substituer des femmes dans tous les ateliers composés exclusivement de femmes. Ces préposés surveillent le travail et tiennent la main à ce
qu’il soit exécuté conformément aux prescriptions ; ils
procèdent aux distributions des matières, reçoivent les produits confectionnés et sont chargés de tenir les différentes comptabilités de l'atelier. Ils doivent maintenir l’ordre, la discipline et veiller à l’observation des règlements. En contact constant avec le personnel, leur rôle est assez difticile et exige beaucoup de sang-froid et de tact.
Les ateliers se i‘ap[)ortant à une même fabrication, forment une section. La première section seule n’est pas spécialisée ; on y exécute les opérations préparatoires communes à toutes les fabrications.
Le service général, chargé des manutentions de matières premières, de produits fabriqués, de fournitures, tant à leur réception qu’à leur expédition, est rattaché à la première section. La poudre à priser est fabriquée par la deuxième section ; les rôles et les carottes par la troisième, le scaferlati ou tabac à fumer ainsi que les cigarettes enveloppées de papier par la (juatrième. Enfin les cigares de toutes espèces ainsi que les cigarettes enveloppées de tabac, par la cinquième section.
Indépendammentdes sections de fabrication, il existe dans toutes les manufactures une section dite : section des machines chargée du service d’entretien du matériel et des hâtiments. Son personnel est comfiosé exclusivement d’ouvriei's d’état.
Dans les fabriques d’allumettes on distingue théo-,
riquement la première seclioii comprenant le service général, la deuxième qui est celle des allumettes eu bois, la troisième celle des allumettes en cire et eutiu la section des machines. Eu pratique il n’y a que trois sections: le service général, le service de fabrication et le service d’entretien.
Gba([ue service est dirigé par un chef de section recruté au concours parmi les contre-maîtres de première classe. Les chefs de sections des machines doivent posséder une inslimction théorique et surtout une instruction pratique étendue. Ils forment un corps spécial des contre-maîtres mécaniciens. Les chefs de sections ont pour mission de s’assurer que les surveillants des ateliers remplissent bien leurs fonctions; ils maintiennent entre les diverses mains-d’œuvre la concordance ■nécessaire à une bonne fabrication et ils centralisent la comptabilité de tous les ateliers de la section. La bonne marche des services dépend beaucoup de ces employés. 11 est indispensable qu'ils possèdent une réelle autorité sur le [)ersonnel des préposés et des ouvriers.
Les chefs de section sont placés eux-mêmes sous les ordres directs de l’ingénieur. Chacjue jour ils se réunissent dans le bureau de celui-ci, lui rendent compte des incidents qui ont pu survenir la veille, lui soumettent tous les documents (|ui ()ermettent de suivre la marche du service, ainsi que les demandes formulées par les ouvriers.
L’ingénieur résout immédiatement les (juestions qui sont de sa compétence et donne les instructions
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l’atelier
nécessaires à l’exécution des décisions prises d’autre part.
L’administratiou de chaque manufacture ou fabrique est attribuée aux employés supérieurs, comprenant: le directeur, l’ingénieur et le contrôleur.
Le directeur est le chef de rétablissement. Il a la haute direction de toutes les opérations qui s’exécutent dans la manufacture, ainsi que de la police intérieure.
L’ingénieur est chargé de la conduite effective de la fabrication, en tout ce qui touche aux manipulations des matières, à l’entretien du matériel et bâtiments, à la surveillance du personnel des ouvriers et préposés.
Le contrôleur n’a aucune part active dans les travaux de l’établissement, mais il est chargé de la vérification de toutes les écritures relatives au mouvement des matières, aux salaires des ouvriers, aux achats des fournitures. Il veille au maintien des formes prescrites par les instructions.
Chaque jour les employés supérieurs se réunissent en (( conférence » et prennent toutes les décisions que comporte la gestion de l’établissement : procédés de fabrication, méthodes de travail, mesures d’ordre d’une part, achats, adjudications, demandes de crédit d’autre part. Le directeur préside, l’ingénieur tient un procèsverbal des conférences. Eu cas de dissidence, que le directeur soit seul de son avis ou qu’un seul des membres du conseil se trouve en désaccord avec lui, c’est lui qui décide, mais l’avis motivé des membres dissi-
dents est inscrit au procès-verbal qui est immédiatement transmis à l’administi'alion centrale. Le directeur correspond avec le directeur général, soit par lettres, soit en adressant à Ladministration des procèsverbaux des conférences ou des « délibérations » prises à la suite d’un vote, lorsqu’il s’agit de propositions entraînant des dépenses. En cas d’absence du directeur, l’ingénieur fait l’intérim. En cas d’absence de l’ingénieur, le directeur le remplace. L’institution du « conseil » obligeant les employés supérieurs à délibérer avant de résoudre une question et les rendant solidairement responsables des mesures prises, donne aux ouvriers la plus sûre garantie de pondération et d’impartialité.
L’administration du monopole est confiée au directeur général des manufactures de l’Etat, qui est placé sous l’autorité du ministre des finances. Il est assisté de deux administrateurs, dont l’un s’occupe exclusivement du service des manufactures et fabriques, et dont l’autre est chargé du service de la culture et des achats. L’entretien des bâtiments et des machines est confié au service central des constructions. Le travail d’administration est divisé entre plusieurs bureaux : à côté des administrateurs sont placés deux ingénieurs en chef inspecteurs, que le directeur général envoie en tnission dans les manufactures pour vérifier sur place les services et maintenir l’unité des méthodes. En cas d’incidents graves, ces mômes ingénieurs sont souvent envoyés sur les lieux comme délégués du ministre. Les administrateurs et ingénieurs en chef,
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réunis sons la présidence du directeur général, foianent le conseil d’administration des manufactures de l’État.
Toutes les questions importantes sont soumises au conseil mais le directeur général, seul responsable devant le ministre, a Tinitiative des décisions. Les instructions concernant l’ensemble des manufactures ou fabriques sont adressées aux chefs de service sous forme de circulaires ou sous forme de lettres communes.
ïelleest, dansses grandes lignes, l’organisation des manufactures de l’Etat. Envisageant l’administration centrale et les directions locales au seul point de vue de leurs rapports avec le personnel ouvrier, il nous paraît inutile de développer davantage ces indications générales.