‹ De la condition des ouvriers dans les manufactures de l'État (tabacs-allumettes)Chapitre 8 sur 147 · MANN H KIM · texte numérisé non relu

MANN H KIM

écotées ou de rognures ; les sous-capes ou enveloppes consistant en parties de feuilles grossièrement étalées et dans lesquelles on entoure les tripes ; on obtient ainsi la poupée , qui, habillée d’une cape ou robe découpée dans une feuille de tabac de belle qualité, devient le cigare. Outre les opérations préalables dont nous avons parlé: composition, époulardage, mouillade et, pour certaines espèces, lavage, méthodique, essorage et torréfaction, la fabrication comporte donc deux catégories de mains-d’œuvre: d’une part, Vécotage des tripes, V étalage des sous-capes^ Vétalage et parfois le découpages des feuilles pour robes et, d’autre part, la confection proprement dite des cigares.

Suivant les manufactures, le travail est plus ou moins divisé. Dans quelques-unes, les cigarières exécutent toutes les préparations {méthode havanaise) dans

d’autres, le travail est réparti entre écoteuses qui écotent les feuilles pour tripes, trient et étendent les sous-capes, et les étaleuses ou robenses qui étalent les feuilles destinées aux robes et les taillent s’il s’agit de robes pour cigares ordinaires.

La main-d’œuvre de la cigarière dans ce dernier cas est réduite à la confection proprement dite du cigare ; généralement, elle comprend aussi la taille des robes (|ui s’effectue alors au moyen d’un couteau circulaire.

L’écotage est un travail (rune facilité extrême n’exigeant aucun a[)prentissage, aucune habileté et n’occasionnant aucune fatigue. Il convient aux femmes vieillies, fatiguées, convalescentes ou infirmes. L’étalage n’est guère plus difticile, mais demande une cer-

CHAP. I

l’atelier

laine légèreté de main car il faut éviter de déchirer les feuilles dont le tissu est souvent délicat (1). Les ouvrières étendent les feuilles sur une jambe en maintenant les extrémités d’une part entre leurs deux genoux et d’autre part entre le genou et une table.

Le robage comprend l’étalage et la taille des robes qui est faite, soit au moyen d’un couteau circulaire, soit à l’emporte-pièce. L’habileté de l’ouvrière consiste à tirer bon parti du tabac, c’est-à-dire à extraire le plus grand nombre possible de robes satisfaisantes, (rénéralement, au bout d’une quinzaine de jours les robeuses connaissent leur métier, mais il faut un mois à six semaines pour terminer leur apprentissage.

Le travail des cigarières varie, ainsi que nous l’avons dit, suivant le degré de division du travail ; la confection même du cigare donne lieu à deux méthodes principales : la confection à la main et la confection an moule. La cigarière travaillant à la main, place sur sa table une sous-cape dans laquelle elle enveloppe des tripes puis elle enroule en spirale la robe autour de la poupée, et donne au cigare la forme voulue, en

façonnant la tête dont elle fixe l’extrémité au moyen d’une colle de farine teinte avec du jus de tabac.

Lorsqu’au lieu d’employer des robes taillées d’avance la cigarière prépare ses robes elle-même, ce mode de confection constitue la méthode havanaise.

Pour le travail au moule, la cigarière prépare de la même manière les poupées, mais ensuite elle les intro-

1. Certaines espèces employées pour robes, le Sumatra, par exemple, coûte 12 francs et plus le kilog.

(luit dans des alvéoles feinelles, creusées dans une forte planche en bois(l) qu’elle recouvre au moyen d’une seconde planche portant les parties mâles des alvéoles. L’ensemble de ces deux parties constitue un bloc. Des hommes réunissent ces blocs par groupes, les compriment au moyen d’une presse et recommencent la même opération après que la cigarière a retourné •toutes les poupées sur elles-mêmes dans leurs alvéoles. Au bout de 24 heures les cigarières retirent les

poupées des moules et placent les robes. Le manie-

ment des blocs cause aux ouvrières une certaine fatigue mais leur emploi permet d’obtenir des cigares plus réguliers et un travail plus rapide.

Le métier de cigarière est difficile : il exige une très grande dextérité de main et ce n’est qu’au bout de trois mois, qu’une ouvrière moyenne arrive à faire d’une manière à peu près régulière des cigares satisfaisants. En une année elle n’atteint que les deux tiers de sa productivité normale et l’on peut considérer que l’apprentissage ne dure pas moins de deux ans. Ce qui marque bien à quel point le travail des cigarières est délicat, c’est qu'elles doivent subir un apprentissage chaque fois qu’elle changent d’atelier, non pas seulement quand elles doivent modifiei‘ leur méthode de travail, mais simplement lorsqu’elles doivent conlèctionner une sorte différente de cigares. Une ouvrièi'e de la confection des cigares àO fr. 10, doit subir un apprentissage de trois mois environ

I. Oïl cMiijiloie aussi des munies simji/es. Cluujiie cigare est alors dans un moule spécial maintenu fermé par une sorte de pince.

CHAP. I. — l’atelier

avant de pouvoir confectionner des cigares à 0 fr. 15 avec une habileté éçiuivalente. Or ces deux cigares se font exactement de la même manière; ils ne diffèrent que par la forme (donnée par le moule) et par le tissu des feuilles employées comme robes.

En résumé, le métier de cigarière est le plus difficile que présente l’industrie des tabacs. Il nécessite de la part des ouvrières des qualités multiples ; suivant la conformation de leurs mains, la souplesse et la précision de leurs mouvements, la finesse de leur toucher et le degré d’attention qu’elles peuvent soutenir, la productivité de ces. ouvrières varie du simple au double. Quelques-unes arrivent à posséder une habileté prodigieuse et d’autres restent absolument réfractaires.

On n’a pas réussi encore à fabriquer mécaniquement les cigares d’une manière industrielle. 11 existe des machines employées à la fabrication des cigares dont les tripes sont formées de feuilles hachées ; d’autres destinées à fabriquer des poupées sont à l’essai. Leur emploi est trop peu étendu pour qu’elles présentent de l’intérêt au point de vue qui nous occupe.

Les cigares sont examinés un à un par des vérificatrices, certaines espèces passent dans des séchoirs spéciaux, puis ils sont paquetés.

Les ouvrières du paquetage placent les cigares dans des sacs qu’elles confectionnent .ou dans des coffrets qu’elles garnissent. Leur travail est assez méticuleux mais pas fatigant ni difficile. Cependant comme toutes les paqueteuses doivent savoir exécuter diverses

sortes de paquetages, l’apprentissage peut parfois durer trois mois et plus.

Les cigares paquetés sont rangés dans des caisses qui sont fermées, clouées et plombées par des emballeurs.

Page 1