IX. — AUTRICHE-HONGRIE
L'art. 516 du Code pénal prononce une amende de 25 à 200 florins contre l’aubergiste qui favorise la débauche chez lui. En cas de récidive, il peut se voir supprimer l'exercice de sa profession.
Une amende de 50 florins est encourue par l’aubergiste qui sert des boissons spiritueuses à un homme en état d'ivresse. Après deux condamnations dans un délai de deux ans, l’exercice de sa profession peut lui être interdit de trois mois à un an.
Où voit par cet aperçu des législations étrangères, combien la France est en retard sur les autres nations au point de vue de la réglementation des débits de boissons.
Aussi les fâcheux résultats de notre système français, qui, sous prétexte de liberté, permet au premier venu de débiter au peuple des boissons plus ou moins pernicieuses, ne se sont pas fait longtemps attendre. Notre pays qui, au commencement de ce siècle, était celui qui consommait le moins de spiritueux, tient aujourd’hui le premier rang pour la consommation de l'alcool.
D’après les chiffres officiels fournis au Congrès anti-alcoolique, on boit en France, en moyenne,
14 litres d'alcool à 100 degrés par individu, tandis
que la Belgique et l’Allemagne n’en consomment que 10, l’Angleterre 9, la Suisse 8 1/2, l'Italie 7, la Hollande et les États-Unis 6, la Suède 5, la Norvège 3, et le Canada 2. |
La progression dans la consommation de l’absinthe est tout à fait effrayante. Voici les quantités d'alcool pur contenues dans l’absinthe qui ont été frappées de droits : 57,000 hectolitres, en 1885; 65,000, en 1887; 81,000, en 1888; 91,000, en 1889; 105,000, en 1890; 110,000, en 1891; 129,000, en 1892, et actuellement on est arrivé au chiffre de 170,000.
De nombreuses sociétés se sont fondées depuis quelques années en France pour combattre l’alcoolisme. Une des plus récentes est « l’Union des femmes françaises pour la tempérance », qui à à sa tête Me Legrain, la femme du distingué médecin en chef de Ville-Evrard.
En outre, des restaurants de tempérance ont été ouverts dans les principales villes de France, et l’on est heureux de constater que leur nombre s’accroît chaque jour et que le succès a couronné les efforts des vaillants champions de l’anti-alcoolisme.
Nous ne citerons que les principales sociétés de restaurants de tempérance.
L'Association alimentaire de Grenoble date de cinquante ans. Elle fournit à ses sociétaires des repas sains et à bon marché. Vingt-cinq centimes
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suffisent pour être sociétaire. L'Association possède un fonds de réserve de 80,000 francs et un mobilier de 22,000 francs.
L’ « Union française anti-alcoolique » a ouvert dans les quartiers populeux de Paris, des restaurants où les employés et les ouvriers peuvent, moyennant une somme modique, prendre des repas sains et succulents.
Un des plus intéressants de ces restaurants de tempérance est situé rue Saint-Bernard, n° 43, dans le faubourg Saint-Antoine. La boisson préférée est une espèce de cidre très léger qui se vend O fr. 05 le verre : on peut prendre si l’on préfère un petit carafon de vin ou de bière. Enfin, si nous ajoutons que, dans la salle de restaurant, se trouvent des livres et des périodiques mis à la disposition des consommateurs, on comprendra facilement que les tables qui s’y dressent soient toujours prises.
A Lyon, existe, depuis le 26 mars 1888, une société de logements économiques et d'alimentation.
La Société des restaurants économiques de Nancy, créée en 1887, toujours dans le but de fournir aux ouvriers une nourriture saine et à des prix modiques, est en pleine prospérité.
Il n’est jamais accordé dans ces restaurants plus de trois portions de vin, soit 3/ de litres à une même personne.
Il est interdit d’y séjourner en dehors des heures
de repas, et les femmes n’y sont admises qu'accompagnées de leur famille.
Souhaitons de voir se créer, à côté des restaurants de tempérance, des cafés où l’on ne débite pas d'alcool. Le peuple ne perdra pas vite l'habitude de fréquenter les cabarets : aussi faudrait-il lui offrir des cabarets qui ne soient pas nuisibles à sa santé. Quand l’ouvrier aura oublié le chemin des débits d'alcool, que de maux seront évités et comme on saura gré à ceux qui se seront mis à la tête de cette œuvre d'humanité : la lutte contre l’alcoolisme.