INTRODUCTION
Il existe des contrées qui sont destinées par leur situation géographique à servir de carrefour aux migrations humaines et de creuset pour la fusion des races : ainsi en est-il du Cambodge. A travers les âges, de toutes les directions, les hommes s’y sont portés. Les uns, terriens des hautes régions arides, en mal de sol fertile et d’eau suffisante, suivant le cours du Mékong immense qu’ils découvrirent et déifièrent; les autres, marins aventureux de l’Inde et de la Malaisie, abordant le delta du fleuve prestigieux dont ils remontèrent les vallées verdoyantes. Tous gagnés par les dons d’une nature prodigue : terre fécondée par des crues périodiques, fleuve qui renverse deux fois par an son cours comme pour livrer à l’homme les richesses de ses ondes retenues dans une nasse naturelle de gigantesques dimensions t). Tout vouait le Cambodge à la légende comme au choix pratique des hommes.
Il s’en est suivi une coexistence perpétuelle de races diverses, qui fusionnèrent dans un enchevêtrement de métissages multiples, dont la race khmère fut la résul-
tante.
Si la croyance en une origine divine subsiste vivace
1) Le Tonlé Sap.
be
dans le peuple cambodgien, qui se prétend issu d’Indra, créateur des eaux douces, et de la fille du roi des dragons de mer, il est certain que cette affabulation transpose dans le domaine de l'imagination la réalité de faits ethniques.
L’anthropologie ne permet pas encore de discriminer, avec certitude, les stigmates caractéristiques de la race khmère; elle est, en apparence, aussi polymorphe que la race française, et l’on trouve au Cambodge des Négritos et des Mongoloïdes, des Aryens et des Polynésiens, comme des Celtes et des Nordiques, des Latins et des Germaniques en France. Or, comme l'immigration se poursuit incessamment dans le pays et que la douceur des moeurs permet l’absorption rapide et complète des éléments étrangers, il se trouve que, par endosmose continue, la population s'accroît de nouveaux sujets dont il est difficile de déterminer la nationalité, dès la première génération.
Le seul critérium qui permettrait de distinguer le Khmer d’un étranger résiderait dans les constatations de l’état-civil. Mais, bien que cette institution existe, théoriquement, depuis 1911 2), il est impossible d’y recourir, même pour les personnes nées depuis cette époque, PAsiatique répugnant à se soumettre à une réglementation dont il redoute les conséquences militaires et fiscales, sans en percevoir les bienfaits civils. Il n’existe donc aucune base certaine permettant une discrimination rationnelle.
Or, s’il importe en tous pays d’être fixé sur la nationalité des étrangers qui y résident, afin de pouvoir leur appliquer la loi nationale, dans tous les cas où ils sont
2) Ordonnance Royale du 20 novembre 1911.