‹ De la conduite de la guerreChapitre 7 sur 64 · X\ I PREFACE · texte numérisé non relu

X\ I PREFACE

nous être ni complet ni d'un intérêt immédiat; le modèle ne nous restera pas, sans doute, à copier.

Mais, une fois écartées ces conditions premières, nous voyons bien la guerre obéir aux mêmes principes supérieurs, surtout du côté japonais.

Après une préparation méthodique aussi avancée que possible, la notion de sûreté éclaire et couvre tous les actes. La 12' division débarque la première à Tcliemoulpo, loin de l'ennemi, puis s'avance pour couvrir le débarquement de la P® armée à Tchinampo, à 220 kilomètres plus près de Tadversaire.

Cette armée constituée passe le Yalu pour couvrir les débarquements des IP, IIP et IV' armées dans le Liaotoung même, sur les communications de Port-Arthur. Voilà bien pratiquée la théorie de l'avant-garde napoléonienne.

Les Japonais passent-ils à l'action, c'est l'esprit d'offensive qui inspire toutes les décisions, l'initiative de chacun qui les vivifie.

En stratégie comme en tactique, on attaque. Mais l'attaque n'est pas simple, elle s'accompagne constamment d'une manœuvre, visant, en stratégie, la hgne de communication de l'adversaire, en tactique, l'enveloppement d'une aile ennemie pour la détruire, ou pour atteindre encore la ligne de communication. A Moukden, l'armée de Nogi ne cherche pas tant à écraser la droite russe par une attaque de flanc, qu'à gagner ses derrières pour déterminer par là la retraite de toutes les forces ennemies. C'est ainsi que la bataille-manœuvre de l'époque

PRÉFACE XVH

napoléonienne et de 1870 se transforme en bataille-opération de plusieurs jours, que la décision du champ de bataille devient un fait stratégique, que Tunion se fait plus intense entre la stratégie et la tactique.

Quand, sous la pression de ce double besoin de l'attaque de front et d'une attaque de flanc grandement élargies, l'assaillant étend ses lignes au delà des limites connues jusqu'à ce jour, il fait un nouvel appel à la puissance de l'armement et à la fortification du cham^ de bataille pour leur rendre toute la solidité nécessaire — le fantassin japonais ne se sépare pas de sa pioche, — et, pour pouvoir encore commander, le commandement recourt au télégraphe.

Gomme on le voit, l'esprit garde bien la même conception de l'acte de guerre dans son essence, mais, par un emploi plus étendu et plus soigné des moyens matériels, il la rend encore viable et praticable sur des espaces de plus en plus vastes.

Encore une fois, les perfectionnements de l'industrie modifient les formes de la guerre, continuent l'évolution de l'art, mais sans provoquer de révolution, sans atteindre en rien les principes fondamentaux de la conduite de la guerre^ qu'on a essayé de discuter dans cet ouvrage. Ils se sont confirmés en Mandchourie.

Page 1