CHAPITRE II ÉTABLISSEMENT DU PLAN DE GUERRE
Précédemment, on a vu la direction assignée à l'offensive allemande par Clausewitz et Moltke, en raison de notre situation politique, do notre passé historique, pour battre les armées principales ; gagner Paris, la Loire ; y atteindre le but de la guerre. On a également entrevu les préparatifs à réaliser dès le temps de paix pour garantir à cette offensive la puissance de pénétration suffisante. On a rapidement envisagé comment les projets allemands pouvaient être contrecarrés par les organisations nationales de Gambetta militairement employées.
Basé de la sorte, le plan allemand consiste, dès la paix, à préparer et à disposer l'outil capable de le réaliser : l'ar^ mée; à pourvoir à ses besoins; à l'amener ensuite à la bataille. Organisatioii, mobilisation, transport, concentration, alimentation des troupes, sont donc les premiers points à résoudre. Ils constituent pour l'état-major, en temps de paix, une tâche que Moltke résume « en la mission d'étudier dans ses plus minutieux détails le groupement des grandes masses de troupes, ainsi que leur transport dans une éventualité de guerre quelconque, et de tenir prêts à l'avance les projets d'exécution nécessaires ».
Il ajoute : « Lors des mouvements de début d'une armée, les considérations militaires viennent se doubler des considérations politiques et géographiques les plus multiples... Mais toutes les dispositions à prendre peuvent être discutées
ÉXABLISSEME-NT DU PLAN DE GUERRE ig
(Je longue main et, étant donné d'ailleurs que les troupes sont prêtes à entrer en campagne, et que le service des transports est organisé, elles doivent conduire au résultat cherché... » C'est ainsi qu'elles trouvent leur place dans le plan de guerre, et une place considérable. Elles marquent, par rapport à la guerre de masses, telle qu'elle se pratiquait au commencement du siècle, une modification profonde, conséquence de l'emploi des chemins de fer.
Les chemins de fer permettent en effet de concentrer rapidement à la frontière des millions d'hommes, d'engager immédiatement toutes les ressources que fournit la mobihsation. Par ce fait les premières rencontres deviennent, en général, les actions décisives de la campagne, elles prennent un caractère gigantesque particulier à noire époque, tandis que les autres affaires de la campagne rappellent davantage les proportions de i8o5, 1800, même 1796. Les- premières opérations ont gagné en importance, en rapidité, en précipitation ; elles ont entraîné comme conséquences une mobilisation minutieuse, une concentration réglée dès le temps de paix dans tous les détails ; la nécessité et le rôle d'une couverture fonctionnant dès que la crise politique se produit : de là résultent une préparation et une série d'actes sur lesquels la guerre de Napoléon peut nous fixer dans les principes, mais non dans les détails d'exécution.
Bien plus, les millions d'hommes réunis à proximité de l'ennemi et prêts à le combattre sans retard ne peuvent pratiquer l'ancienne formule : « se disperser pour vivre ; se concentrer pour combattre » ; elle ne garantirait à leurs effectifs ni l'un ni l'autre de ces résultats. Il faut marcher et vivre en ordre dense, pour cela s'alimenter sur l'arrière. Le système des approvisionnements roulants renversé par le système des réquisitions de la Révolution redevient néces-
saire; il renaît du développement même des armées nationales. Le fonctionnement de ce service en temps de guerre doit être assuré dès la paix par des organisations spéciales et à prévoir dans un plan de guerre.
Mais il fait également sentir ses exigences et ses conséquences sur les opérations. Les chemins de fer étant nécessaires à l'alimentation de l'armée, au moins au début de la guerre, celle-ci ne peut s'éloigner des voies ferrées. De même, en cas d'échec, elle doit se retirer vers les zones de l'intérieur qui peuvent l'alimenter, c'est-à-dire vers les régions de production. C'est ainsi que le territoire devient la base d'opérations des forces en campagne; les chemins de fer, leurs lignes de communications obligées. Mais alors, au-dessus de la capitale, siège d'un gouvernement facilement séparé de ses armées, apparaît l'importance des grands centres du pays, des ports de mer, des riches provinces, où les armées trouvent encore les moyens de vivre, comme aussi de soutenir le gouvernement à la condition qu'il les suive. C'est ainsi que la guerre nationale, par son développement, a réduit le rôle de la capitale, en tant qu'objectif des opérations, et a fait sortir des nécessités nouvelles les objectifs nationaux.
Quoi qu'il en soit, après avoir étudié en détail ces dispositions de mobilisation, couverture, transports, concentration, alimentation, discutées et préparées de longue main et d'un effet certain, volontiers on chercherait dans le plan de guerre un programme des opérations permettant d'atteindre le but de la guerre. Sur ce point cependant il n'y a pas d'illusion à se faire. Moltke écrit lui-même :
(( Quand il s'agit de la tâche de la stratégie, de l'emploi des moyens d'action, c'est-à-dire des opérations, nos propres dispositions se heurtent bientôt aux dispositions libre-