‹ De la confection des moignons et de quelques moignons en particulier (poignet, coude, jambe)Chapitre 16 sur 17 · Roussel, 21 ans, entré le 2 décembre; balle à travers · texte numérisé non relu

Roussel, 21 ans, entré le 2 décembre; balle à travers

Y avant-bras droit près du coude, le col du radius est cassé; ouverture de l’articulation problématique, reconnue plus tard. 10 décembre, résection du coude, le gonflement étant très-considérable. Mort le 26 décembre.

5. Sellier, 27 ans, balle à travers le bras droit cassé à la partie moyenne, état local satisfaisant, débridements, extraction d’esquilles. Il survit, le 20 février, avec un état général satisfaisant, mais la guérison est encore loin.

6. Hœnig, 25 ans; le 1 er décembre, balle à travers le bras gauche, cassé au niveau des attaches du grand pectoral. Débridements, infection purulente. Mort le 19 décembre.

7. Bourdelon, 30 ans, blessé le 30 novembre; balle à travers le bras, cassé au niveau du col chirurgical. Débridements, in fection purulente. Mort le 26 décembre.

8. Bonnin, 22 ans, entré le 1 er décembre ; balle à travers le bras droit, cassé au niveau du col chirurgical ; article intact, inflammation considérable ; le 3 décembre, résection de la tête humérale. Infection purulente. Mort le 25 décembre.

9. Lemeur, 26 ans, entré le 2 décembre ; balle à travers le bras droit, fracturé obliquement. Débridements, enlèvement d’esquilles. Mort dans les premiers jours de janvier.

10. Boudiaise, 23 ans, entré le 4 décembre dans un service de médecine ; balle à travers le bras, cassé au tiers moyen ; nombreuses esquilles; arrivé en chirurgie le 11 décembre trop affaibli pour être amputé ; débridements, enlèvements d’esquilles. Mort le 17 décembre.

14. Hardy, 29 ans, entré le 2 décembre; balle à travers le bras, cassé au milieu. Désordres locaux peu considérables, débridements. Mort le 25 décembre.

12. Couadon, 25 ans, entré le 1 er décembre; balle à travers Yavant-pied, premier et deuxième métatarsiens cassés; articulation du gros orteil ouverte, débridements. Mort le 48 décembre.

13. Dupeiron, 33 ans, entré le 1 er décembre; balle en séton sur le dos du pied, le scaphoïde touché et ses articulations cunéennes ouvertes, débridements. Mort le 18 décembre.

14. Thomas, 20 ans, blessé le 30 novembre, traité dans une ambulance, puis entré à l’hôpital le 14 décembre; balle entrée vers la malléole externe, ressortie sous le pied , paraissant n’avoir brisé que le calcanéum ; inflammation considérable, amputé au-dessous du milieu de la jambe. Mort.

15 . Berleau, 21 ans, entré le 2 décembre; balle à travers la jambe, d’avant en arrière, péroné seul cassé. Mort le 26 dé cembre.

16. X..., jeune soldat, entré le 2 décembre, traité dans un autre service; balle à travers le péroné , seul cassé. Survit le 15 février en bon état.

17 Y...., jeune soldat blessé le 2 décembre, par une balle qui ne traverse que le tMa en le cassant. Survit le 15 février avec espoir de guérison.

18. Roscop, jeune et fort, entré le 2 décembre. Balle à travers les deux os de la jambe au tiers inférieur, inflammation considérable; amputation au lieu d’élection le 7. Mort le 15.

19. Langlois, 24 ans, entré le 1“ décembre. Balle à travers la misse au-dessus du tiers moyen, débridements. Mort le 13 décembre.

20. F..., capitaine, 43 ans, entré le 2 décembre. Balle à travers le milieu de la cuisse fracturée, débridements. Mort le il décembre.

21. Cramois, 21 ans, entré le 2 décembre. Balle restée dans, la cuisse fracturée au milieu, débridements. Mort vers le 25 décembre.

22. Renaud, 23 ans, blessé le 6 décembre. Balle à travers la cuisse fracturée au tiers inférieur, débridements. Mort le 1 er janvier.

23. Fumoul, 32 ans, entré le 8 janvier. Balle à travers le mi-

- àl —

lieu de la cuisse fracturée, occlusion; elle cède, débridements. Mort le 18 janvier.

24. X..., garde national, 32 ans. Blessé le 19 janvier, balle à travers la cuisse fracturée au milieu. La direction du séton semble , indiquer que la balle n’a fait que choquer l’os sans le traverser, par conséquent en le cassant sans le broyer, chevauchement de

1 décimètre. Ni occlusion, ni débridement, ni lavages. Extension continue dans une gouttière, le malade survit en

parfait état le 20 février.

Ces malades ont été pansés au moins une fois chaque jour, les plaies intérieurement lavées à l’eau alcoolisée, les débridements faits au besoin èt les exquilles extraites, les membres placés dans des gouttières; des toniques donnés, etc»

Voilà donc exclusivement dans la série C (conservation librement choisie), 24 fractures qui ont donné 19 morts, et donneront 'peut-être 5 guérisons.

A quoi peut mener une statistique ainsi présentée en bloc? à l’erreur. Analysons-la donc rapidement. Trois guérisons probables, 1, 16 et 17, appartiennent à des fractures d’un seul os sur un segment de membre qui en a deux. Un malade (5) semble devoir guérir d’une fracture du bras, et peut-être un dernier (24) d’une fracture de cuisse.

En résumé : fractures d’avant-bras d’un seul os, une guérison probable, des 2 os; 1 mort. — Ouvertures de l’article du coude;

2 morts. — Fractures du bras; 7 morts, 1 guérison probable. —Fractures de l’avant-pied; 2 morts.— Fracture du calcanéum; 1 mort. — Fractures de jambe, d’un seul os; 1 mort, 2 guérisons probables : des 2 os; 1 mort; —- de cuisse; 5 morts, 1 guérison possible.

Je connais en ville un blessé en voie de guérison d’une fracture incomplète du tibia seul, dont la crête a été écornée. A ce propos je ferai remarquer qu’on voit les malades qui guérissent

de fractures compliquées pendant six mois, un an et plus, que plusieurs médecins les visitent et que tout au contraire, ceux qui tournent mal disparaissent en général rapidement entre les mains de leur premier chirurgien qui les oublie bientôt avec la meilleure foi du monde. Au contraire, ceux qui guérissent figurent généralement sur toutes les statistiques des gens qui en ont entendu parler, pour la plus grande gloire de la chirurgie dite conservatrice, à laquelle, du reste, je ne suis pas en mesure de faire de procès.

Les partisans de celle-ci ne pourront pas dire que je n’ai pas été généreux à leur égard; j’ai éliminé les cas de conservation forcée (série B), qui doivent nécessairement donner des résultats plus que médiocres, et j’ai conservé des fractures du radius seul, du péroné seul, du tibia seul, pour lesquelles on n’a généralement pas recours à l’amputation et qui ne peuvent manquer de donner de favorables résultats. Je suis même allé chercher en dehors de mon service deux de ces cas de guérison probable (16 et 17). On pourra, je le sais, trouver des séries plus heureuses, et pour diverses causes.

§ 2. — Fractures des membres traitées par Y amputation.

Il y a ici deux catégories principales à établir; les amputations ont été faites primitivement, avant la fièvre traumatique ou secondairement. Ces opérations ont été quelquefois imposées par l’étendue de la lésion (cas défavorables), la conservation n’ayant aucune chance. Dans les cas les plus nombreux, l’opération a été pratiquée, la conservation ne pouvant être tentée dans de bonnes conditions.

A. Amputations primitives.

a. — Amputations primitives imposées, la conservation étant impossible.

4. Sponville, 35 ans, garde national, rapporte u ae bombe qui lui éclate dans les mains, et lui coupe les deux avant-bras le 3 janvier; on régularise les moignons le 4. Mort le 10.

2. Kirsch, 16 ans, blessé d’un éclat d’obus, qui lui touche le bras gauche, enlève large comme la main de peau devant la poitrine et brise le bras droit à moitié séparé de l’épaule. Amputation immédiate à lambeau externe. Mort en huit jours.

b. — Amputations primitives, l’état local semblant défavorable à la conservation.

1. Le colonel N..., 45 ans, blessé le 30 novembre, avant-bras traversé par une balle, deux os broyés. Amputation immédiate circulaire, phlegmon du moignon, incisions, conicité. Mort d’épuisement vers le 15 janvier.

2. Esnout, jeune soldat, blessé le 30 novembre. Amputation à!avant-bras, la fièvre commençant ; pourriture d’hôpital, conicité. Mort dans un autre service.

3. Kœhler, 19 ans, saxon, blessé le 30 novembre; très-affaibli par l’hémorrhagie; amputation immédiate du bras droit trèshaut , moignon conique, évacué d’abord en médecine, puis rue deîtivoli. A la fin de janvier, la plaie est large comme une pièce de 5 francs en argent, l’os saillant est couvert de fongosités, une petite fusée sous la peau se fait à la partie interne. Transporté dans un état satisfaisant au milieu des prisonniers prussiens, il est privé d’aliments réparateurs et meurt de faiblesse (de faim, dit un membre de l’internationale qui le visitait et m’apprit sa mort). Mort vers le 8 février.

4. Chamusot, 34 ans, blessé le 30 novembre, balle dans le coude droit , amputé le 2 décembre au matin, au milieu du bras droit , aucune réaction ni avant ni après. Mort le 17 sans frissons.

5. Legueré, 22 ans, blessé le 2 décembre. Amputation immédiate du bras gauche; au dixième jour, hémorrhagie abondante. Le 1 er février, le moignon étant presque cicatrisé, érysipèle ambulant, angine couenneuse. Un petit séquestre est sorti le 3 fé-

1871. — Farabeuf. 7

vrier. La cicatrice s’est refermée malgré l’état général grave. Guéri le 20 février.

6. Arnaudet, 27 ans, blessé le 2 décembre, amputé immédiatement du bras gauche, évacué le 19 décembre en parfait état, mangeant et se levant (Ambulance, 12, rue de Lyon), complètement guéri le l eT février; je l’ai revu le 20 février dans la rue.

7. Priac, 24 ans, jeune soldat, blessé le 2 décembre, amputé immédiatement du bras, évacué en médecine, puis, le 19 décembre, à l’ambulance de la rue de Lyon, où il est mort d’infection purulente.

8. Quelvilec, 27 ans, entré le 2 décembre, balle à travers le bras droit, cassé au tiers inférieur, accidents inflammatoires déjà développés le lendemain 3, jour de l’opération. Infection purulente. Mort le 27 décembre.

9. Un malade d’un service de médecine, blessé le 2 décembre, amputé du bras droit le 3 décembre. Mort le 24 décembre.

10. Dutosia, 27 ans, blessé le 1 er décembre. Désarticulation immédiate tarso-métatarsienne du fied gauche. Le 15 février tout à fait guéri.

11. Mouret, 28 ans, blessé le 30 décembre, amputé le 31 de la jambe droite (sus-malléolaire), infection purulente. MortlelB janvier.

12. Gateau, 20 ans, blessé le 30 novembre, amputé de cuisse, partie moyenne, le 3 décembre, avant la fièvre ; infection putride. Mort en quinze jours.

13. Delfour, 21 ans, blessé le 2 décembre, amputé le 3 au milieu de la cuisse droite ; infection purulente. Mort le 29 décembre.

B. Amputations secondaires.

a. — Am putations secondaires voulues, le chirurgien ayant attendu la ün de

la fièvre ou sa période d’état pour amputer.

Aucun cas.

b. — Amputations secondaires après tentative de conservation, l’état local

s’étant rapidement et considérablement aggravé.

1. Jeune soldat, blessé au bras, l’artère axillaire oblitérée naturellement à la suite, gangrène mi-partie sèche et humide, amputation de racine d ’avant-bras dans des tissus malades, vingt jours après la blessure. Mort rapide.

2. Castaine, 21 ans, entré le 1 er décembre, blessé le 30 novembre, séton de l’avant-bras, en avant des os près du coude, hémorrhagie grave, amputation du bras gauche le 10 décembre, infection purulente. Mort le 26 décembre.

3. Thomas, 20 ans, blessé le 30 novembre d’une balle au pied, tentative de conservation,. amputé de jambe au-dessus du milieu le 16 décembre. Mort rapide.

4. Roscop, jeune et fort, entré le 2 décembre; tentative de conservation, amputé de jambe au lieu d’élection, le 7 décembre. Mort Te 15.

Il a été fait trois résections secondaires au quatrième et au cinquième jour, genou, tête humérale, coude; les trois malades, Levser, Roussel et Bonnin, sont morts. Ceux-ci figurent dans la statistique de conservation, celui-là n’y figure pas. Il avait une balle dans le genou, et l’on n’a jamais espéré le guérir par la conservation.

En résumé, j’ai vu et suivi 19 amputations, pansées à plat tous les jours à l’eau alcoolisée, sans aucune réunion. 4 amputations secondaires après échec de conservation ont donné 4 morts. Sur les 15 primitives, 2 faites d’urgence (une double), la conserva-

tion étant impossible, ont donné 2 morts. Sur les 43 autres, faites volontairement, les conditions étant mauvaises pour la conservation, il y a : 1 amputation de Lisfranc, 1 guérison;

1 amputation de jambe, 1 mort ; 2 amputations de cuisse,

2 morts ; 2 amputations d’avant-bras, 2 morts ; 7 amputations du bras, 5 morts, 2 guérisons.

Cette petite statistique est sincèrement faite dans le but d’apporter un grain de sable à la solution du problème plus que jamais posé : Étant donnée une fracture compliquée par arme à feu, la conservation bt l’amputation étant praticables, doit-on, en général , préférer l’un ou l’autre de ces deux modes de traitement ? J’ai rapporté des observations fort écourtées, il est vrai, mais je n’ai pas voulu les imprimer en tableaux. Ceux-ci tyrannisent véritablement le jugement du lecteur qui ne regarde que les totaux, et néglige toujours d’étudier chacun de leurs éléments en particulier. Je me garderai bien de rechercher des conclusions générales en additionnant des choses dissemblables, car on ne peut assimiler les différentes fractures du bras aux différentes fractures de cuisse, les amputations primitives aux amputations secondaires, etc. Et si, dans une balance, je mettais, d’un côté, les résultats généraux de la conservation, de l’autre, ceux de l’amputation, je grossirais le nombre des médecins qui compromettent la statistique et déroutent la science.

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