CHAPITRE II
PETITE STATISTIQUE DES SUITES DE 42 FRACTURES PAR ARMES A FEU TRAITÉES DE DIFFÉRENTES MANIÈRES.
A la suite des journées du 30 novembre et du 2 décembre 1870, un grand nombre de blessés militaires passèrent sous mes yeux; je pus voir en quelques semaines traiter différemment plus de quarante fractures compliquées par armes à feu. J’imprime ici les résultats en catégorisant les cas de mon mieux, afin d’avoir une statistique qui puisse, ajoutée à d’autres pareilles, permettre des conclusions rationnelles.
g i. Voici d’abord les cas pour lesquels l’intervention chirurgicale (résection ou amputation) a été repoussée. Je les divise en trois catégories : A. Cas où la conservation s’imposait d’elle-même, vu la légèreté de la blessure; B. Cas où la conservation n’était qu’un pis aller, l’amputation étant impraticable, soit à cause du siège de la blessure, soit à cause du nombre des blessures, etc.; C. Cas où la conservation simple a été élue de préférence à l’amputation ou à la résection.
A. Moscorte (Henri), 2o ans, blessé le 30 novembre 1870 par une balle qui fracture les extrémités supérieures des 2 e et 3® métacarpiens gauches; extraction immédiate; plus tard, incisions multiples.
Considéré comme guéri le 20 février 1871.
Je pourrais multiplier ces cas avec des résultats variables, mais je veux seulement établir ici cette catégorie de blessures légères des os, pour lesquelles on n’a jamais recours à l’amputation et qui ne peuvent servir à établir un parallèle entre les deux modes de traitement rivaux : conservation et amputation.
Pour une raison également évidente, ne peuvent figurer dans un tel parallèle, les cas où la conservation n’est qu’un pis aller,
l’amputation étant impraticable. Tels sont ceux de la série suivante.
B. Conservation forcée.
1. Gazolet, blessé le 2 décembre; fractures compliquées de la jambe droite, delà jambe gauche et du bras droit par deux balles. Mort le 45 décembre 1870.
2. X..., 29 ans, blessé le 30 novembre par une balle qui, de haut en bas, traverse l’acromion et file derrière l’épaule où elle reste, sans briser l’humérus. La désarticulation n’était pas praticable. Mort le 9 décembre 1870.
C. Conservation élue , Vintervention étant possible , mais les désordres locaux étant ou paraissant modérés.
4. Ladeguillerie, 24 ans, entré le 2 décembre, balle à travers le milieu du radius seul cassé, débridement, survit le 1 er janvier en excellent état. Évacué.
2. X. Saint-Christophe, dix-neuf ans, balle à travers les os de
Y avant-bras près du poignet, conservé dans une ambulance, est venu finir à l’hôpital d’infection purulente. Mort.
3. Castaine, 21 ans, entré le 1 er décembre; séton de Y avantbras près du coude au devant des os, hémorrhagie grave le 8 décembre, amputation du bras gauche le 9. On reconnaît que l’apophyse coronoïde est cassée et l’articulation du coude ouverte, conservation par conséquent tentée par erreur, comme cela doit arriver souvent. Infection purulente. Mort le 26 décembre.