AVANT-PROPOS
Je m’étais proposé, depuis plusieurs années, de présenter comme thèse un travail original composé de recherches anatomiques et physiologiques sur la circulation périphérique et ses organes. Je voulais rechercher, entre autres choses, le débit des différentes artères du corps humain dans toutes les attitudes, afin de mettre dans la main du chirurgien la faculté de régler à volonté l’irrigation artérielle des membres. D’autre part, un fait constaté fortuitement par moi dans une injection artérielle et veineuse m’avait montré l’influence énorme de la pulsation artérielle sur la circulation des veines collatérales emprisonnées dans une gaine peu extensible, et m’avait paru pouvoir conduire à des aperçus nombreux, sinon nouveaux, sur la circulation veineuse, au double point de vue physiologique et pathologique. J’avais compté, sur les six derniers mois de l’année 1870, pour exécuter des expériences cadavériques, mais l’épouvantable guerre que des hommes... ont, comme en se jouant, déchaînée sur leur pays, ne m’a pas permis d’exécuter mon travail.
Je prie donc mes juges, surtout mon président, qui avait droit de me demander mieux, de m'excuser, si forcé par le temps, je leur présente cette thèse, digne à peine 1871. — Farabeuf.
de fixer l’attention des élèves pour qui elle a été composée.
Ce que je vais écrire n’est en effet que la reproduction partielle d’un cours rapide que j’eus à faire en juillet 1870, à un groupe de jeunes chirurgiens et d’élèves des ambulances. Je m’efforçai surtout de leur donner des notions précises sur la confection des moignons en général, croyant ainsi rendre service aux blessés qui leur tomberaient sous la main. Quoi de plus pitoyable que de voir de pauvres mal amputés attendre six mois et plus la cicatrisation de leur plaie! et quand ils survivent, emporter, en fin de compte, un moignon conique, inutile, embarrassant, douloureux et toujours prêt à s’ulcérer.