BOUILLAUD
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ignore là où siège le mal ? » Pour compléter la pensée de ce beau génie, disons aussi : Qu'est la médecine, si l'on ignore la structure et les fonctions ou l'anatomie et la physiologie des parties dans lesquelles le mal a son siège, si l'on ignore enfin en quoi consiste ce mal, c'est-à-dire de quelle ma'nière les parties qu'il occupe sont modifiées, sous le double rapport de leur anatomie et de leur physiologie? Hors de là, la connaissance des maladies est un vain mot, et, hors de la connaissance des maladies, l'art de guérir ou la thérapeutique est également un vain mot. Malheur donc à l'enseignement médical, s'il était confié à toute autre école que celle dont les Galien, les Morgagni, les Bichat, les Corvisart, les Laennec, les Broussais, etc., sont la glorieuse et vivante personnification! Ceux-là sonlle flambeau de la médecine, les
autres n'en seraient que le fléau Toute autre école ferait
nécessairement, en eflet, rétrograder la médecine, aujourd'hui si brillante, vers cette médecine ontologique, dont la puissante main des Broussais et des Laennec avait fait une éclatante et sévère justice.
XI. Notre honorable collègue, M. Tardieu,dans une allocution à laquelleon nesaurailreprocherqued'avoirétètropcourte, puisqu'elle étaitsi insiructive elsi lumineuse, a signalé unrapport particulier entre l'épilepsie et la paralysie générale. Dans le discours qu'il vient de vous lire, messieurs, l'un de nous dont l'autorité, en pareille matière, est universellement reconnue, M. Baillarger, a cru devoir s'expliquer, à son tour, sur ce même rapport entre l'épilepsie et la paralysie générale. Je saisirai donc aussi celle occasion pour revenir sur des considérations que j'ai déjà développées, soit dans cette enceinte, soit ailleurs. J'ai le regret de répéter que cette expression de paralysie générale donne une idée bien peu exacte de l'état morbide auquel elle a été appliquée. En effet, en s'en tenant à sa signification littérale, la dénomination de paralysie générale devrait désigner une paralysie de toutes les fonctions de l'innervation cérébro-spinale, ou du moins la paralysie de tous les actes musculaires auxquels préside cette innervation. Il n'en est rien pourtant. Il suffit, en effet, que des sujets atteints d'aliénation mentale éprouvent un certain em-
barras de la parole, balbulienl, chancellenl en -^^^^h^"^' ^^^j; ■ pour qu'on prononce aussitôt le terrible nom de paralysie
^\Taif ne prolongeons pas davantage ^elte discussion de mots.^^t rappelons seulement que, d'après des reche.ches cliniques et expérimentales, souvent répétées depuis plus de trente ans qu'elles ont été commencées et livrées à la pnbUcilé • 1° les lésions spéciales de la parole, sous le double rapport des actes intellectuels et des mouvements coordonnes qui ia constituent, correspondent à des lésions matérielles ou dynamiques du cerveau, ayant pour siège spécial les lobule, antérieurs de cet organe; T les lésions spécia es de la marche ou de la progression, et de la station ou de 1 équilibration générale du corps, correspondent à des lésions ayant pour siège spécial le cervelet. Les troubles de la parole comme ceux de la marche et de la station existent souvent , soit séparément, soit ensemble, ce qui est bien plus rare, chez des individus non atteints de folie ou d'aliénation mentale proprement dite. Or, quand ils existent chez des individus aliénés ou fous, ils annoncent, d'une manière certaine, que, sans préjudice d'autres lésions propres à la lolie elle-même, il s'en trouve dans la partie antérieure du cerveau et dans le cervelet.
Pour ce (lui concerne plus particulièrement les troubles de la marche et de la station, ou a remarqué, avec Bayle, que souvent ils survenaient à la suite de l'espèce de Iblie dans laquelle prédominent les idées de grandeur et d'ambition, sous toutes les formes. Cette particularité, qui a paru si singulière, le paraîtrait moins, ou plutôt cesserait de le paraître, si les faits cliniques avaient suffisamment déposé en faveur de cette doctrine hardie de Gall, qui avait localisé dans la partie postérieure-supérieure du cerveau l'ambition, l'orgueil, la fierté. En effet, en se propageant d'avant en arrière, les lésions productrices de l'aliénation mentale, après avoir atteint la partie postérieure du cerveau, s'étendraient du côté du cervelet, qui se trouve dans le voisinage, et de là ces troubles de la marche et de la station, dont nous parlions tout ii l'heure.
Portés à un très haut degré, ces désordres de la marche el de la station n'empêchent pas, nous le répétons, que lesma-
Jades, dans leur lit ou assis, puissent exercer les mouvements d'extension, de flexion, d'abduction, d'adduction, etc., des membres inférieurs, comme le supposerait, au premier abord, la dénomination de paralysiegénérale. Quoi qu'il ensoil, cette impuissance des fonctions de la station et de' la progression est, pour certaines lésions du cervelet, ce que la démence est pour certaines lésions du cerveau; elle constitue une sorte de démence des fonctions que nous venons de nommer.
Mais, comme l'ont déclaré MM. Tardieu etBaillarger, chez les aliénés, avant \di paralysie géné?^ale, il survient parfois de véritables attaques d'épilepsie. Eh bien I un nouveau rapprochement se présente encore ici k l'e.sprit, et je l'expose sans lui accorder plus de valeur qu'il ne lui en est dû. Ne se pourrait-il pas que, dans ce cas, il surgît du côté du cervelet une sorte d'état aigu, passager, analogue à celui qui produit un accès de manie ou de folie aiguë de peu de durée? Cette épilepsie serait une sorte de folie de certains mouvements coordonnés, commeun violent accès de manieserait.deson côté, une sorte d'épilepsieou de bouleversement des facultés intellectuelles et afi'ectives. J'implore ici toute l'indulgence de l'Académie pour des rapprochements et des mois figurés dont je ne me sers qu'à regret, et à défaut de meilleurs arguments. Mais j'ai, depuis longues années, été conduit à quelques-uns des rapprochements sur lesquels j'appelle l'atlention de l'Académie, à l'occasion des nombreuses expériences que j'ai faites, en diverses occasions, sur le cerveau ef le cervelet. Il résulte de ces expériences que, dans les cas où l'on se contente d'irriter îecervelet, de le cautériser très superficiellement, par exemple, les animaux sont, sur-le-champ, frappés de convulsions générales, accompagnées parfois de distorsion des yeux, d'écume à la bouche, qui ressemblent exactement à celles de l'épi lepsie. On détermine ainsi une sorte d'épilepsie expérimentale. En raison de leur voisinage du cervelet, il se peut que la moelle allongée, la protubérance annulaire, les tubercules quadrijumeaux, participent, plus ou moins, à l'irritation que provoque la cautérisation, et qu'ils jouent un certain rôle dans les phénomènes alors produits. Mais ce qu'il y a de positif, c'est que des allaques cpilcpliformcs de ce genre n'é-
datent jamais quand on expérimente de la même manie, e sui flobesTérébr;^ exclusivement, tandis que, au contraire,
ne m n u jamais alors de survenir des troubles plus ou lins proioncés dans les facultés intellectuelles propres aux animaux qui sont soumis à l'expérience.
Maintenant, messieurs, rappelez dans votre mémoire e s accidents épileptiformes survenus dans les cas d hemoirbag e avec déchirure de la substance du mésocepbale, de la moelle allongée, avec épanchement dans le quatrième ventricule, et ;l°s admirerez, avec moi, celte concordance des observations
cliniques avec les expériences dont nous venons de parler.
r,n'arrête, messieurs, car j'ai déjà trop longtemps abuse de votre bienveillante atlention. Mais toutes ces données cliniques et expérimentales n'auront pas été perdues, je 1 espère, pour l'éclaircissement de diverses questions obscures soulevées par la note de M. Trousseau.
Conclusions générales. - De notre discussion dérivent les conclusions suivantes, les unes relatives aux expressions médicales employées dans la note de M. Trousseau, les autres relatives aux doctrines que contient cette note, c est-à-dire, en termes plus courts, relatives à la lettre et 'a Vesprit.
Conclusions relatives aux expressions ou à la lettre de la note sur la congestion cérébrale apoplecti forme dans ses rapports avec Vépilepsie.-i° Les mots de congestion cérébrale apoplectiforme et d'épilepsie qui se trouvent dans le titre de la note, ceux d'apoplexie, d:éclampsie, de maladies vertigineuses, d'élonnement cérébral, d'impatience cérébrale, de stupeur immédiate du cerveau, etc., manquent plus ou moins d'exactitude, de signification précise, ne sont pas, comme ils devraient l'être, la réprésentation fidèle et pour ainsi dire l'image
même des objets (1). • i -
2° Ces expressions, vicieuses en principe, une fois adoptées,
(1) M. Trousseau lui-même a reconnu ce vice , celte incorreclion , comme il le dit, dans son expression A' élonnemenl cérébral, appellation à laquelle il renoncerait bien volontiers, mais qu'il n'a remplacée par aucune autre plus précise.
c'était le cas de se conformer au moins à ce précepte de Voltaire : Définissez les termes, ce que M. Trousseau a souvent oublie de faire, ou dont il ne s'est pas acquitté avec toute la précision voulue. De là, de déplorables disputes logomaehiques des équivoques maudites. '
Conclusions relatives à I'espuit, à la doctrine, à la théorie. — 1° De ce que bon nombre de médecins, au nombre desquels il s'est compté lui-même, et dont il ne s'est séparé que depuis quinze ans, ont pris pour une question cérébrale apoplectiforme une attaque d'épilepsie plus ou moins forte, M. Trousseau s'écarte doublement de la vérité, en coucluantde là, l°que tous les médecins, en général, ont commis et continuent à commettre une telle erreur de diagnostic, 2° et en créant ainsi, sous le nom de congestion cérébrale apoplecti forme, je ne sais quel état anormal du cerveau qui ne serfyt pas la congestion cérébrale, telle que tous les vrais cliniciens la connaissent, sous sa double espèce d'activé el de ;3ass2«;e, dernière congestion dont on ne saurait contester l'existence, dit M. Trousseau lui-même, sans être insensé.
T Que si M. Trousseau reconnaît que la congestion cérébrale dite par lui apoplecti forme rentre dans la congestion cérébrale ordinaire, et en quelque sorte classique (1), il se contredit enaflirmant, d'une manière générale, qu'elle n'existe pas dans les cas où il a dit autrefois comme les autres que les malades ont eu, soit une congestion cérébrale apoplecti forme, soit une congestion cérébrale légère (2), mais ce qu'il ne dit
(1) D'après la définition que, sur notre demande, H. Trousseau a bien voulu, dans un de ses discours à l'Académie, donner de la congestion cérébrale apoplectiforme, l'état cérébral désigné sous ce nom ne constituerait plus une simple congestion sanguine, mais aussi un état ecchymolique ou hémorrhagique de cet organe.
(2; C'est le terme employé par M. Trousseau lui-même, lequel nous fait entendre, en cet endroit, que le mot apoplectiforme n'est que le superlatif du mot légère, et que par conséquent la congestion dite apoplectiforme ne constituerait qu'une congestion cérébrale portée à son plus haut degré, ce qui ne suppose pas nécessairement l'existence d'une hémoirhagie cérébrale sous forme ecchymotique.
plus depuis quinze ans (1). 11 ne s applique d'ailleurs, uullement à démontrer que dans les attaques dep.teps.e complète et bien caractérisée, aucun des centres nerveux encéphaliques nest le siège d'une congestion sanguine plus ou moins forte. Or, c'est là, certes, un desideratum d une certaine importance, puisque l'épilepsie appartient ix celte catégorie de névroses dites actives, dans quelques-unes desquelles, la névralgie faciale par exemple, on observe des phénomènes évidents de fluxion sanguine.
3° La conception, l'hypothèse d'un état morbide nouveau du cerveau sous le nom métaphorique d'étonnement du cerveau, est purement gratuite. En tout cas, M. Trousseau ne s est pas occupé de lui assigner des caractères spéciaux, ce qu il se serait empressé de faire, a la suite des observations de quelques-uns de ses collègues, s'il eût été suffisamment édihé luimême sur la réalité de cette nouvelle entité nosologique. Au reste, une telle conception était superflue, puisque l'explication des phénomènes qu'elle avait pour objet d'expliquer a déjà été donnée, et qu'elle est universellement acceptée.
4° M. Trousseau a reconnu de très bonne grâce qu'il s'était servi mal à propos du mot apoplexie pour désigner les lésions fonctionnelles produites, soit par une hémorrhagie cérébrale, soit par un ramollissement, soit par une embolie ou tout au moins par une oblitération subite d'une des artères principales de la base du cerveau, et il a substitué le mot hémiplégie à celui d'apoplexie. Mais, outre que le moi hémiplégie lui-même ne saurait embrasser toutes les lésions fonctionnelles que ces trois états morbides déterminent, ce n'est pas le langage seulement, c'est aussi, et principalement, la doctrine, la théorie, qui se trouve en défaut dans le passage en discussion. En eflet, c'est précisément là que M. Trousseau attribue la perte subite de connaissance et autres accidents ^ùmxùh presque foudroyants, -A cet état jusqu'ici purement
(I) En effet, M. Trousseau lui-même prend soin de mentionner des signes de cette congestion chez quelques-uns des premiers malades dont l'observation le conduisit à se demander si tant de gens qu'il avait vus avec des congestions cérébrales apoplectiformes n'étaient pas des épilepti-
ques.
àO
imaginaire qu'il a désigné par la brillante métaphore d'eVonnement céi^ébral.
5° En définitive, les diverses erreurs de diagnostic meulionnées dans la note de M. Trousseau ont été commises, soit avant, soit après l'époque où il déclare avoir cessé de les'commettre lui-même, non par l'universalité des médecins, mais uniquement par ceux qui n'étaient pas assez profondément versés dans la connaissance des signes propres à chacun des états morbides dout les divers centres nerveux encéphaliques sont susceptibles, connaissance qui ne date pas, il faut bien le répéter, de quinze ans seulement.
Cela dit, pour que toute justice soit rendue à qui de droit, nous avons une grande satisfaction à proclamer, en terminant, que M. Trousseau a bien mérité de ses confrères, en venant soumettre au grand tribunal de cette Académie, un des problèmes, les plus graves de la science du diagnostic et de l'art de guérir. Rien n'eût manqué à notre satisfaction si nous n'avions eu que des éloges à décerner à notre célèbre collègue. Qu'il nous soit permis d'ajouter que nous nous serions abstenu de prendre part à cette discussion si, en raison même de la grande influence qu'il exerce, à tant de titres, sur l'époque médicale actuelle, ce n'était pour chacun de nous une sorte d'impérieux devoir lorsque, du haut de cette retentissante tribune, M. Trousseau s'adresse en quelque sorte au monde médical tout entier, attentif à nos débals académiques, de ne pas rester indill'érent aux erreurs qui peuvent lui échapper, en raison même de sa qualité d'homme : errare Immanum est.
On sait, d'ailleurs, assez que l'école clinique, dont notre brillant collègue se fait honneur d'être le représentant, ne se dislingue pas précisément, en matière de logique et d'observation, par la fidélité de son culte à tous les grands principes hors desquels il ne saurait exister en médecine cette unité de doctrine, qui constitue le signe caractéristique de la vraie science.
(Séance du 19 féwier 1861.)
I. Messieurs, en voyant remonter M. Trousseau à celle Iribune, toujours heureuse de sa présence, je me plaisais à espérer que, profilant de tous les discours qui avaient élé prononcés ici, de tous les travaux qui lui avaient été renvoyés, de tout ce que la presse médicale avait fait de son côté, notre collègue aurait enfin résumé la question principale et les questions accessoires d'une manière si lumineuse, que toute discussion nouvelle devenait superflue, et qu'il ne restait plus qu'à prononcer la clôture. Une si douce espérance ne devait pas se réaliser. M. Trousseau lui-même a pris soin de me détromper. En effet, après une déclaration des plus graves, que je rapporterai tout à l'heure, il a cru devoir ajouter que « chacun de nous ne garderait de celle discussion, limitée à la cougeslion, que les opinions qu'il avait avant. » La déclaration grave dont je viens de parler s'adresse particulièrement aux médecins aliénisles et aux médecins légistes. La voici : « J'avais donné, dit-il, une belle occasion à tous les médecins légistes et à ceux qui s'occupent d'aliénation mentale, pour venir ici élucider celte question si importante des déterminations subites, irrésistibles, qui, si souvent, .sont du fait de l'épilepsie, et sont, dans un trop grand nombre de cas, imputées à des motifs criminels. Celle discussion, si mes honorables collègues l'eussent acceptée, eût pu avoir pour résultat d'arracher un grand nombre de soi-disant criminels à l'échafaud. » Maintenant que vous connaissez la déclaration indiquée, messieurs, vous avouerez, sans peine, que je n'ai pas exagéré en lui donnant le nom àe grave. Vous surtout, honorables collègues, auxquels M. Trousseau avait l'ait un appel de celle importance, médecins aliénisles, académiciens ou non, pourrez-vous dormir tranquilles, en songeant que si vous eussiez accepté la discussion qui vous était proposée
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par noire collègue, vous auriez pu arracher à l'échafaud un grand nombre de soi-disanl criminels? Si M. Trousseau ne se trompe pas ici, vous avez une grande et belle mission k remplir....
Quant à moi, je n'ai nullement l'inlention d'aborder aujourd'hui une telle discussion.
Qu'il me soit seulement permis de faire remarquer, en passant, que si le mot à& folie eût été prononcé, au lieu de celui d'épilepsie, la déclaration de M. Trousseau ne m'aurait causé aucune surprise. Personne plus que moi ne reconnaît les rapports réels qui existent entre l'épilepsie et la folie, comme on peut le voir en lisant mon précédent discours. Mais attribuer à l'épilepsie proprement dite des déterminations et des actes imputés jusqu'ici à. la folie, voilà, je l'avoue, une doctrine à mon avis nouvelle, et qui me frappe d'un certain étonnement, beauconp plus réel que ce prétendu nouvel état organopathique du cerveau, imaginé par notre ingénieux collègue, et désigné par lui sous le nom à' étonnement cérébral, nom qu'il a d'ailleurs abandonné plus tard. Mon étonnement cessera, sans doute, quand aura eu lieu la discussion sollicitée, provoquée même par M. Trousseau.
II. Que si j'apparais encore une fois à cette tribune, messieurs, c'est que, depuis le dernierdiscours deM. Trousseau, la question qui me semblait avoir été dégagée des nuages dont elle était primitivement enveloppée , après celui que j'avais prononcé de mon côté, s'est obscurcie de nouveau. J'en prends à témoin, non plus M. Malgaigne, mais notre honorable collègue, M. Roche, qui, à la fin de la dernière séance, prononçait ces paroles caractéristiques : Fiat lux ! ' Par quel mécanisme le discours de M. Trousseau a-t-il ainsi éteint en quelque sorte la lumière qui s'était faite, et produit, si j'ose le dire, une nouvelle éclipse? C'est qu'entre noire esprit et la lumière qui jaillit et rayonne de faits bien observés et de raisonnements bien rigoureux , il a pour ainsi dire interposé des mots équivoques, des choses mal définies, ou même des mots qui ne représentent rien de réel. Vous le savez, messieurs, notre brillant collègue aflecle un
mépris stoïque pour tout ce qui est terminologie en médecine. CoinmeQl une telle doctrine peut-elle avoir trouvé accès dans ua esprit aussi cultivé? Certes, ce u'est pas ainsi que peasaU l'auteur de la Langue du calcul, l'abbé de Condillac, et en cela l'abbé de Condillac compte autant de partisans que de lecteurs. C'est,îen effet, une chose de la plus haute importance qu'une langue scientifique bien faite, et elle ne peut êtrejbien faite qu'k la condition de reposer sur certains principes, d'une évidence telle, qu'ils constituent de^ véritables axiomes, inscrits comme d'eux-mêmes dans tous les esprits bien organisés.
11 n'est point douteux, par exemple, que si M. Trousseaa, fidèle à l'école qui a basé la médecine sur les éternels fondements de l'anatomie et de la physiologie, n'eût parlé que d'états morbides nettement définis et désignés par les termes qui constituent ce langage médical, qu'Alibert avait signalé par l'heureuse expression de langage représentatif, toute l'obscurité dont il était question plus haut aurait été évitée.
III. Quoi qu'il en soit , M. Trousseau cherchant, dit-il, à se replacer sur son propre terrain, sur celui dont on n'aurait pas dû le faire sortir, reconnaît que ce terrain est d'ailleurs assez glissant. Mais, quelques lignes plus loin, il dit formellement que s'il était resté sur ce terrain, il n'y aurait pas été attaqué, et qu'en effet tout le monde eût été de son avis sur ce point. Mais comment concevoir une si rare unanimité, en admettant que le terrain sur lequel on discutait était assez glissant? Quel était donc le sujet de cette discussion où, par le plus heureux des hasards, une touchante unanimité eût régné sur tous les bancs de cette savante assemblée? Lo voici : il s'agissait, selon M. Trousseau, « d'un homme qui, se portant bien, est jeté par terre, et chez lequel tous les accidents disparaissent au bout d'un temps relativement très court. Il a parlé des phénomènes apoplectiques dans le sens de la définition de l'apoplexie, par Boerhaave, telle que la voici : Apoplexia dicilur adesse, quando repente actio quinque sensmm externorum, tum internorum, omnesque motus volonîarii abolentur, superslite pulsu plerumque forti, et respira-
tione difpciU, magnâ, slertente, um cum imagine profundi pcrpetuique somni. »
Je n'aurais jamais cru, messieurs, qu'une telle définition, quelque grande qu'ait été l'autorité de son illustre auteur, prise par M. Trousseau pour fondement de sa doctrine sur les rapports de la congestion cérébrale apoplecti forme avec l'épi- Icpsie, pouvait le garantir contre toute attaque, et rallier à son avis les avis de tout le monde. M. Trousseau lui-même est-il bien sûr de ce qu'il avance?
^ II est donc au moins assez singulier de voir M. Trousseau regretter que, dans une discussion aussi sérieuse, on eût équivoque sur les mots, comme si ce n'était pas uniquement à lui qu'il faut adresser, ainsi que je l'ai fait, un pareil reproche. Il nous déclare, dans sa réplique, qu'à l'exception de M. Malgaigne et de moi, personne ne s'est trompé sur le sens qu'il attache au mot congestion cérébrale apoplecd forme. Il s'agissait bien, dit-il, de phénomènes simulant, pendant quelques instants, l'attaque d'apoplexie dans le sens classique du mot, c'est-à-dire, selon M. Trousseau, tel qu'il a été défini par Boerhaave.
Quoi! vous entendez par congestion cérébi^ale, c'est-à-dire par un état anormal du cerveau défini par ce nom même, des phénomènes simulant l'attaque d'apoplexiel Quoi ! vous confondez ensemble des lésions fonctionnelles et des états anormaux des organes, c'est-à-dire les effets avec les causes!
Remarquez bien, d'ailleurs, messieurs, que la définition de Boerhaave, considérée comme classique par M. Trousseau, ne s'applique qu'à l'une des diwevses entités morbides désignées aujourd'hui sous le nom d'apoplexie, par ceux qui n'ont pas encore cessé de se servir de ce nom désormais su ranné. En elTet, je vous le demande, combien n'cxis(e-t-il pas de personnes que l'on dit atteintes d'apoplexie, et qui ne présentent point une al)olilion subite des sens externes et internes, elc? N'ai-je pas clairement démontré à noire collègue que la définition boerhaavienne ne pouvait s'appliquer qu'à une lésion, non pa? des lobes cérébraux eux-mêmes,
mais bien à une lésion des ceulres nerveux de la base du crâne, savoir le mésocéphale et la raoelle allongée?
Ce que M. Trousseau enlend par congestion cérébrale apoplectiforme est si confus dans l'esprit même de M. Trousseau, qu'après avoir donné ce nom à des phénomènes simulant ceux'de l'apoplexie, telle qu'elle a été détinie par Boerhaave, il dit que ce pourrait bien n'être autre chose qu'un état analogue à la stupeur apoplectique qui succède à une grande commotion du cerveau, stupeur apoplectique certainement étrangère à la congestion. Voilà donc une congestion cérébrale apoplecliforme qui pourrait bien n'êlre pas autre chose qu'un élaïqui n'est pas une congestioni M. Roche a bien raison dele dire : Fiat luxt
Encore une fois, pour tous ceux qui connaissent l'état actuel de la science, rien ne manque pour une définilioa .claire et précise du mot congestion cérébrale, et l'épithèle- 'd'apoplectiforme, si malheureusement introduite dans le titre du travail de M. Trousseau, est la seule et unique cause de& disputes dont nous sommes témoins. Otez, en efl'et, cet adjectif, et tout le monde se trouvera d'accord sur la congestion cérébrale, soit active, soit passive.
Laissant de c6lé Va.i'nic[.\[ apoplecti forme, faut-il admettre,, avec M. Trousseau, que Tuaiversalité des médecins, lui compris, a confondu et confond encore aujourd'hui (excepté maintenant M. Trousseau, qui depuis quinze ans a changé de doctrine), une congestion cérébrale avec l'épilepsie? Mais, ainsi, que je l'ai dit et prouvé dans mon premier discours, celle assertion est heureusement, je ne dirai pas purement gratuite, mais en contradiction formelle avec tout ce qui est écrit et enseigné par les médecins les plus compétents.
Qui donc, en efl'et, parmi eux, a jamais pris pour une congestion cérébrale (1), c'est-à-dire pour un étal qui n'est nullement incompatible, du moins dans ses degrés les plus
(J) Je ne parle pas ici de la congestion du mésocéphale ou de la moelle allongée en particulier, dont M, le professeur Trousseau ne s'estv point spécialement occupé.
oi drnaires, avec l'exercice des fonctions auxquelles le cerveau est consacré, un autre étal essentielicmeut caractérisé par la imHe subite de la connaissance, dn sentiment et du mouvement, connaissance, sentiment et mouvement qui font bien apparemment partie des fonctions cérébrales?
Mais s'il est très vrai que bien des années avant l'époque où M. Trousseau a cessé de prendre une épilepsie (il s'agit de l'espèce dite petit mal) pour la congestion cérébrale, considérée d'une manière générale, l'erreur de diagnostic dont il accuse l'universalité de ses confrères n'a point existé, et s'il n'est pas moins vrai que cette erreur n'est pas encore commise aujourd'hui par tous les médecins, excepté^'lui , s'ensuit-il qu'en elfet une telle erreur n'ait pas été commise par un bon nombre de médecins peu versés dans l'art du^diagnostic? A Dieu ne plaise que je nie qu'il en ait été ainsi, puisque j'ai déjà déclaré formellement le contraire dans mon précédent discours. Mais, liélas 1 combien d'autres erreurs de diagnostic se commettent tous les jours par centaines, par milliers, bien que dans les bons enseignements cliniques, et dans les bons livres qui n'en sont que la fidèle représentation, on puisse trouver toutes les données nécessaires pour éviter de telles erreurs?
IV. J'en reviens à la doctrine de M. Trousseau, d'après laquelle on devrait rapporter à l'épilepsie ces pertes subites, mais momentanées, de connaissance, qui, selon M. Trousseau, seraient attribuées à une congestion cérébrale, simulant une attaque d'apoplexie, telle qu'elle a été définie par Boerhaave. Une telle doctrine, si elle était adoptée à la lettre, serait, à mon avis, une véritable calamité publique. On sait, en effet, que la véritable épilepsie est à juste titre l'effi oi, la désolation, je dirai même la bonté des familles, sur un ou plusieurs membres desquels elle sévit. Qu'on ne se hâte donc pas de prononcer ce terrible mot, toutes les fois qu'il ne s'agit que d'une simple perte de connaissance, sans X'aura epileptica, perte de connaissance qui peut avoir lieu dans tant de circonstances où, grâce au ciel, il ne s'agit rien moins que d'épilepsie, comme, par exemple, dans cet éiat constitutionnel si prodi-
, frAanont nuB Hous conoaissons sous les noms Stréi. Ne ,e prononçons ja^is lorsle e accès d'horribles convulsions qu, caraclensen 1 ep.r, il bien confirmée fonl délaul, qu'autant que la perte de rairncOe vertige qui l'aurait ^^-^Z'^^ ^tre attribués à aucune autre espèce deta morbide i> ou Lnfnàs non plus l'énorme différence qui existe entre des cSept ques et celte épilepsie héréditaire,
S tfuse, s'il est permis de parler ainsi, qui constitue 1 epiep è qu'on pourrait appeler normale : Nascuntur eplepHcu ÈT ernière analyse, gardons-nous bien d'une doctrine do^ résultat serait de substituer le funeste mot d epilepste k celui Ta lpllie, si souventemployélui-mêmedansdescasoù. ne convient pas. La substitution ne serait pas heureuse, car tout bien considéré. Yépilepsie est quelque chose de pire que 1 apo-
Xrresle ces deux vieux mots disparaîtront de la nomen-. clature des maladies quand le langage représentatif aura ele universellement adopté. J'espère bien aussi que le mot congestion cérébrale «po^j/ec^j/orme, lequel, pour ma part, ]e n ai pas employé une seule fois dans ma Nosographie médicale, accompagnera, dans son exil du domaine de la saine nomenclature des maladies, le mot apoplexie. Je suis, d'autant plus autorise à le prédire que, dans son dernier discours, M. Trousseau dit purement et simplement congestion cérébrale la où, avant mes remarques, il disait congestion cérébrale APOPLBCTiFonME. Mais, dans ce discours lui-même, M. Trousseau, oubliant a peu près complètement les objections que je lui ai faites, non-seulement sur les mots, mais principalement sur sa doctrine, attaque de plus belle, au lieu de se défendre. Je lui répète donc, pour la dernière fois, qu'il s'est trompé, de la manière la plus grave, 1° en accusant, d'une manière générale, ses confrères d'avoir commis l'erreur de prendre une épilepsie pour une congestion cérébrale APOPLECTiFoaME dans certains cas, pour une congestion cérébrale légère dans d'autres cas ; 1° en déclarant, MAGISTRALEMENT, qu' 27 y a me opinion qui a cou7^s dans la science, c'est que lacongestion cérébrale Arapi.ECTiFOtaiE est une
maladie commune, el que celle opinion esl si bien établie que / on aurait mauvaise grâce à paraître en douler
' n„ il i"v 1''T''' ^'"-^"^'^ ^"'""'^ pareille accusation, qu .1 avoue d ailleurs avoir méritée lui-même jW« il y a
çmnze ans, peut bien, sans aucun doute, être justement adressée a ces gens du monde et à ce vulgus mecl^cLn, qd oient 1 apoplexie ou la congestion cérébrale dite apoplecliorme par M. Trousseau, toutes les fois qu'il s'agit d'une perte de connaissance quelconque ou d'une mort subite. Mais depuis, quand de telles personnes ont-elles voix au chapitre, et depuis quand ce qui a cours dans cette sorte de confrérie d'iom- KANTiNS dune espèce nouvelle, doit-il être coufondu avec ce qm a cours dans la science ? Je suis un peu surpris, d'ailleurs de voir ICI M. Trousseau considérer la médecine comme une science, M. Trousseau qui, dans mainte et mainte occasion a SI formellement refusé à la médecine, je ne dirai pas Je nom de science exacte, mais le simple nom de science. Il' est vrai que noire collègue se sert encore ici de mots dont il ne s'inquiète guère de déterminer la signification rigoureuse et précise. S'il s'en fût, en efiét, sérieusement inquiété, il aurait vu que les mots opinion et science sont un peu étonnés de se trouver associés.
Quoi qu'il eu soit, puisque le vulgaire ne saurait opiner ni surtout savoir, daus la matière qui nous occupe, M. Trousseau aurait donc dû recourir aux véritables savants, aux cli^ niciens compétents, et il aurait été bientôt convaincu qu'il leur imputait une erreur de diagnostic qu'ils avaient si peu commise, que, au contraire, ils avaient enseigné comment on peut l'éviter. De tels adversaires seuls sont dignes de croiser le fer de la discussion avec M. Trousseau.
V. Ce n'était pas assez pour notre érainent collègue que d'accuser ainsi les médecins en général (on), d'avoir diagnostiqué, comme il le faisait autrefois lui-même, une congestion cérébrale, apoplecti forme ou légère, dans des cas oii il s'agit à'épilepsie satxs convulsions (petit mal), il leur reproche, de plus, d'avoir atlribué à celte même congestion cérébrale : la migraine, le simple mal de tête, la stupeur de la dothiénen-
terie. du typhus, de la pneumonie, de la peste, de la variole, de la scarlatine ; le délire de la pneumonie, de l'Iiystérie, de la danse de Saint-Guy , de l'érysipèle; le sommeil, la somnolence, les rêvasseries : la stupeur pi^oduite par l'opium, les solanées vireiises, les colchicacées, les renonculacées, la digitale, l'acide cyanhydrique, etc., etc., les venins, les poisons animaux, soit formés de toutes pièces dans V économie vivante, pendant le cours des maladies septiques, soit venant du dehors.
Quel monstrueux assemblage, quel bizarre accouplement des choses les plus disparates, pour ne pas dire les plus contraires ! et c'est M. Trousseau qui fulmine contre l'époque médicale actuelle, l'incroyable accusation de mettre sur le compte d'un seul et même état morbide, savoir la congestion cérébrale, des effets si divers, parfois même si opposés, tels que ceux de la danse de Saint-Guy et de la digitale, de l'hystérie et de l'acide cyanhydrique, etc.
En présence d'une accusation vraiment aussi injurieuse, je serais tenté de dire si humiliante, pour ceux auxquels elle s'adresse, et parmi lesquels chacun de nous pourrait être compris, puisque cette accusation est formulée par notre collègue de la manière la plus générale (1); en présence, dis-je, d'une telle accusation , je demeure stupide, et pas assez toutefois pour ne pas prier M. Trousseau d'être bien convaincu que je n'attribue ma stupeur à rien moins qu'une congestion céi^ébrale.
Sans doute, ce serait faire preuve d'une bien étrange légèreté (le mot est bien doux) que d'attribuer à une congestion cérébrale tout ce qu'il a plu à M. Trousseau de rassembler dans le passage, que ma plume s'est en quelque sorte scandalisée d'écrire, et que le papier n'aurait pas supporté, &'il ne supportait tout, selon le proverbe. Mais est-il une plus curieuse
(I) Voici la phrase qui précède l'énumcratiori des nouveaux cas dans lesquels M. Trousseau prétend qu'on admet une congestion cérébrale : « Si je fais bon marché de la coiigeslion cérébrale, si je refuse de la voir là oùi bien des gens la voient d'un autre côté, vous conviendrez, avec moi, messieurs, qu'oN l'adaiettait naguère, et qu'ON l'admet encore bien légèrement. »
Icgèreléque d'incriminer ainsi, sans articuler aucune preuve, et par voie de pure et simple assertion, une époque médicale tout entière? El je le demande, en conscience, à M. Trousseau, lui appartient-il, après en avoir agi de cette sorte, d'adresser à qui que ce soit le reproche de légèreté?
Quis lulerit Gracrhos de seditione querentes ?
Et puisque le mot de sédition vient de tomber sous ma plume, il ne sera peut-être pas hors de propos de parler à'im bruit assez étrange gui était venu jusqu'à moi. On disait (pie la communication de M. Trousseau ne produirait rien moins qu'une sorte d'émeute. A ce bruit, moi aussi, je me suis écrié : Caveant consules! Calilina serait-il donc à nos portes? Aussitôt j'ai fait appel à notre consul , au Cicéron de cette Académie, à M. JMalgaigne. Mais l'orateur romain m'a répondu que la patrie n'était pas en danger, et que le moment n'était pas encore venu d'être le père de cette patrie. Il me semblait pourtant que le passage, rapporté tout à l'heure, était bien un peu de nature à provoquer cette foudroyante apostrophe par laquelle commence le fameux exorde ex abrupto de la première Catilinaire : Quo usque tandem, Catilina, abutere patientia mstra?
Mais je ne savais pas que la nature eût doué M. Rlalgaigne d'une si grande dose de patience; Je n'en rends point grâce à la nature, car j'aurais été charme, et l'Académie aussi, d'entendre une catilinaire de la façon de M. Malgaigne.
Revenons à notre sujet, et parlons sérieusement : n'est-il pas vrai, j'en fais juge iM. Trousseau, qu'il faudrait être abandonné du Saint-Esprit, privé des connaissances médicales les plus élémentaires, dénué de toute habitude clinique ou pratique, pour commettre, en matière de diagnostic, Vénormité (excusez le mot) dont il s'agit un peu plus haut? 11 en est du maître comme du roi : il s'amuse quelquefois. Mais vous conviendrez, messieurs, qu'il est des amusements et des plaisanteries dont il ne faut pas abuser.
Que si, d'ailleurs, ce qui ferait, en conscience, peu d'honneur aux maîtres dont les doctrines régnent aujourd'hui, et parmi lesquels M. Trousseau occupe une place des plus éle-
vées; que si, dis-je, les erreurs que signale Dotrc collègue étaient aussi répandues, aussi générales qu il 1 a firme, il aurait dû, ce semble, ne pas garder un superbe silence sur ceiie école qui, marchant toujours, non pas au milieu des ténèbres, mais à la lueur du flambeau de l'exactitude, enseigne et dans ses livres, et surtout au lit des malades, les moyens d'éviter les déplorables erreurs dont M. Trousseau se complaît îx nous montrer le triste spectacle. Certes, une telle école peut se laver les mains, si j'ose le dire, d'erreurs semblables k celles qui nous occupent, puisqu'elle n'affirme ou ne nie rien, qu'autant qu'elle peut le démontrer, et que, pour les cas où la démonstration n'est pas possible, elle reste dans le doute philosophique. (Je continue, jusqu'à nouvel ordre, de me servir du mot philosophique, sur le sens duquel il n'y a pas moyen de se tromper ici.)
Ce n'est pas ainsi qu'on procède dans les écoles médicales non exactes, ce qui explique une partie des erreurs de tout genre qui s'y commettent journellement, et que personne moins que moi ne songe à nier, puisque tous les jours, depuis vingt-cinq ans et plus, je passe ma vie à les rencontrer, et aussi, qu'il me soit permis de le dire, à les corriger (1). Mais, puisque ces erreurs peuvent être constatées et rectifiées par la science réelle du diagnostic, M. Trousseau, je ne puis trop le répéter, pour l'honneur de cette science, pèche gravement, en mettant ainsi sur le compte de la science une opinion erronée, dont la responsabilité tout entière retombe sur ceux qui l'enseignent et la professent. [Non crimen artis quod professoris est.)
Il résulte clairement des deux discours prononcés par nous a cette tribune que, d'une part, la thèse principale soutenue par M. Trousseau, qu'il désigne lui-même comme une opinion étrange, au premier abord, pèche au moins par son exagéra-
(1) Quelque parfaite que puisse être une science aussi compliquée et aussi difficile que la médecine , il s'y commettra toujours des erreurs trop nombreuses, par cela seul que la vocation manque à tant de médecins, et que beaucoup d'autres, doués, d'ailleurs, d'une vocation suffisante, n'auront pu acquérir une instruction également suffisante.
tion, et que, d'autre part, dans ses discours, à l'appui de la thèse ou de l'opiuion dont il s'agit, il a fait souvent usage de mots et de raisonnements que les principes de la saine langue et de la saine logique médicales réprouvent de la manière la plus formelle.
VI. Je dois avouer maintenant que, en ce qui concerne son opinion principale, savoir que les phénomènes apoplectiques, subits et transitoires, sont le plus souvent liésà l'épilcpsieoù àl'éclampsie, non-seulement M. Trousseau ne se considère pas comme vaincu, mais encore termine son dernier discours par une solennelle déclaration de victoire remportée par lui. «Je suis persuadé, dit-il, que maintenant, comme moi, messieurs, vous demeurez convaincus que les phénomènes apoplectiques, subits et transitoires, sont le plus souvent liés à Vépilepsie ou à Véclampsie (1). »
Je ne sais, en vérité, messieurs, sur quels témoignages certains repose la persuasion de M. Trousseau, persuasion singulière de la part de notre collègue qui, plus haut, avait déclaré que chacun de nous conserverait son ancienne manière de voir. 11 me semble même difficile, en dépit de cette persuasion, que vous demeuriez convaincus d'une opinion d'après laquelle des phénomènes aussi diamétralemeni opposés que les phénomènes dits apoplectiques et les phénomènes dits épileptiques ou éclamptiques, pourraient être pris les uns pour les autres. Non, messieurs, il n'est aucun des praticiens de cette savante compagnie qui ne sût, avant la note lue par M. Trousseau, qui ne sache, depuis cette lecture, ce que c'est que la congestion cérébrale, ce que c'est que V apoplexie bien définie, ce que c'est que Vépilepsie également bien définie, et qu'elles diflèrent toutes l'une de l'autre par des caractères tellement tranchés, qu'on ne pourrait, en procédant avec toute l'exactitude nécessaire, les confondre l une avec l'autre. La confusion dont parle M. Trousseau ne peut, d'ailleurs, se
(l),Plus haut, dans le même discours, au lieu des mots, le plus souvent, M. Trousseau avait prononcé ceux-ci : dans la presque miversalilé des cas.
comprendre qu'ca admellanl, avec lui, que des phénomènes apoplectiques proprement dits sont transitoires, ce qui n est pas L'erreur de noire collègue en ceci est d'autant plus singulière qu'il a pris soin de déclarer que, sous le nom àt phénomènes apoplectiques, il s'agit bien pour lui de phénomènes simulant, pendant quelques instants, l'attaque à'apoplexie, telle qu elle a été décrite per Boerhaave. Or, Vapoplexie décrite par Boerhaave, considérée dans l'ensemble de ses phénomènes, ne saurait jamais être confondue avec cette simple perte subite de connaissance dont nous parle M. Trousseau, la(iuelle ne dure que quelques instants. Puisque les phénomènes caractéristiques de l'apoplexie bocrlraavienne ellemême ne peuvent être transitoires, dans le sens que M. Trousseau attache à ce mot, il est évident qu'il se trompe en assignant le nom d'apoplectiques à des phénomènes transitoires, instantanés, phénomènes qui ne sont d'ailleurs qu'une partie de ceux attribués par Boerhaave à une attaque d'apoplexie.
VII. Ainsi donc, en dernière conclusion, 1°1VI. Trousseau donne à tort le nom de phénomènes apoplectiques à des phénomènes transitoires dont le principal est une perte subite de connaissance, puisque, d'après la définition même présentée comme classique par notre collègue lui-même, l'apoplexie ne saurait avoir des phénomènes caractéristiques transitoires, et que d'ailleurs elle offre des caractères non compris dans les phénomènes transitoires de M. Trousseau ; 2° en attribuant, dans la presque universalité des cas, à Vépilepsie les phénomènes transitoires appelés à tort par lui apoplectiques, M. Trousseau enseigne une doctrine non guère moins erronée que celle dont il avait entrepris la réfutation, après l'avoir autrefois adoptée; 3° enfin, dire avec M. Trousseau que la même modalité encéphalo-rachidienne qui cause l'attaque épileptique ou éclamptique, l'insnltus, l'ictus épilepticus, suffît pour produire la stvpenr apoplectique qui suit l'attaque, c'est, je le dis à regret, «n bel exemple de ce mode d'explication connu, dans l'école, sous le nom d'obscurum per obscurius.
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