LETTRE A M" L'ARCHEVÊQUE DE PARIS
« de TEglise, tout y est bon, raisonnable, salutaire, « tout, jusqu'aux moindres pratiques : Ton ne peut en « omettre aucune sans avoir à le regretter. On a tort « d'hésiter. Il faut arriver là. La véritable philoso- « phie, la vraie sagesse pratique, y conduiront de plus « en plus. )) Il ajouta sur les personnes et les choses plusieurs détails que je supprime. Je signalerai cependant ce qu'il nous disait sur Ghanning, à propos de runitarismc. Tout en rendant justice, assez faiblement selon moi, au mérite personnel de Ghanning, il repoussait, avec une grande sévérité et une sorte d'indignation sa tentative de religion sans dogme et sans église, n'y voyant qu'un pas rétrograde, une mauvaise entreprise, mais, par bonheur, absolument impuissante.
Trois jours, après cet entretien, M. Augustin Thierry fut pris de ce subit engourdissement dans lequel il s'est endormi. G'est dans cet état que je le trouvai* Il n'avait plus qu'une vague connaissance de ce qui se passait autour de lui* Pendant une grande partie de la journée, je restai près du malade, et de son bien digne frère, M. Amédée Thierry. J'attendais un moment lucide pour parler & notre cher mourant. Mais, ce moment ne venant pas, j'eus la pensée d'amener près du malade le P* Pététot, qui a tant d'expérience du lit de mort. Le P. Pététot resta seul avec M. Thierry, et, pendant que nous étions en prières dans la chambre voisine, il lui suggéra les actes de foi , de contrition , d'espérance et d'amour de Dieu, puis lui donna l'absolution. Ensuite M* le curé de Saint-Sulpice vint lui administrer TExtrême-Onction. Très-agité avant la venue du duré, le malade parut très -calme pendant toute la cérémoniei Il n'est mort que le surlendemain, 23 mai»
Grâce à Dieu, l'homme excellent que nous regrettons
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est mort visiblement dans le sein de l'Église catholique. Parti de Tincrédulité, ainsi qu'il me Ta dit lui-même, l'étude sincère des hommes et de l'histoire lui avait, depuis fort longtemps, appris que l'incrédulité n'explique pas le monde, et que la force vive qui mène le genre humain, c'est la religion. La religion — l'histoire le lui montrait encore — ne pouvait être que le Christianisme. Mais son esprit s'élevant par degrés de l'erreur à la vérité, crut voir d'abord dans le protestantisme la pure doctrine de l'Évangile. C'est alors qu'il chercha la lumière à Genève. « En ce temps, ce sont ses propres « expressions, je ne me doutais pas de l'histoire de « l'Église. Lorsque j'y eut jeté les yeux, je vis claire- « ment que le protestantisme ne pouvait être la reli- « gion fondée par Jésus-Christ. Le protestantisme et « l'histoire sont entièrement incompatibles. Le système « protestant a été forcé de construire à son usage une « histoire fictive. Je m'étonne qu'on se maintienne « encore sur un pareil terrain. Comment ne voit-on pas « que le catholicisme se retrouve tout entier dans les « quatre premiers siècles? » Un autre jour, et tout récemment, il disait à l'un des Pères de l'Oratoire, M. Perraud : « On soutient parfois, et c'est un préjugé « que j'ai longtemps partagé, que la doctrine de l'Église « s'est formée de pièces et de morceaux. Comme cela « est faux I Quelle admirable unité ! Comme l'examen « des textes renverse cette erreur. » C'est ainsi que cette intelligence droite et forte déchirait, peu à peu, la ceinture de ténèbres que son siècle lui avait faite. Mais Dieu lui réservait d'autres épreuves, qui devaient développer encore la force et la beauté de son âme. Dieu a voulu envelopper, pendant trente ans, cette lumineuse intelligence dans les ténèbres matérielles et cette éner-
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ique volonté dans un corps sans mouvement. EtTàme, dans cette prison et sous cette chaîne, a continué son travail et sa persévérante recherche de Dieu et de sa vérité. Quel exemple pour tous les esprits et toutes les âmes à qui leur corps est un obstacle! Absolument aveugle, entièrement paralysé, au lieu de s'abandonner et de s'engourdir, il veillait, méditait, écoutait et dictait, et avec quel éclat et quelle verve! Il réglait et disciplinait sa vie sous Tinflexible exactitude d'une règle presque religieuse. Ainsi, entre autres détails tous les dimanches, à heure fixe, Tun des Pères de rOratoire venait lui lire TofBce du jour, ce à quoi il tenait singulièrement.
Par tant d'efforts et par la grâce de Dieu, cette âme profonde, énergique et sensible, avançait toujours, et parvenait enfin, non plus seulement à l'affirmation théorique de la vérité générale de nos dogmes, mais à la volonté formelle de se soumettre à l'autorité de l'Église, mais à la ferme résolution de vivre de sa vie et de ses sacrements, et d'effacer, dans ses écrits, tout ce qui pouvait être contraire à la foi de l'Église et au respect qui lui est dû. Ceci, du reste, Monseigneur, est conforme à ce qu'il vous en a écrit lui-même, comme vous avez bien voulu me l'apprendre. « Je veux, me disait-il, « corriger tout ce que j'ai pu, quoique de bien bonne « foi, écrire contre la vérité, dans tous les sens. Je (( demande à Dieu tous les jours, toutes les nuits, de me « donner le temps d'achever ce travail, car il me semble « qu'en ceci je travaille pour Dieu. Oui, je me soutiens a et m'encourage parfois, dans ma fatigue et mes « insomnies, par cette pensée : Je suis un ouorier de « Dieu, Ne répétez pourtant pas ce mot, ajoula-t-il « dans sa délicate modestie, ce serait prétentieux. Je