LE SOMMEIL, LA VEILLE ET LA NOURRITURE
Quand les esprits sont épuisés à force d'agir, les nerfs se détendent, tout se relâche, l'animal s'endort, et se délasse du travail et de l'action où il est sans cesse pendant qu'il veille.
Le sang et les esprits se dissipent continuellement, et ont aussi besoin d'être réparés.
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Pour ce qui est des esprits, il est aisé de concevoir qu'étant si subtils et si agités, ils passent à travers les pores, et se dissipent d'eux-mêmes parleur propre agitation.
On peut aussi aisément comprendre, que le sang, à force de passer et de repasser dans le cœur, s'évaporeroit à la fin. Mais il y a une raison particulière à la dissipation du sang, tirée de la nourriture.
Les parties de notre corps doivent bien avoir quelque consistance; mais si elles n'avoient aussi quelque mollesse, elles ne seroient pas assez maniables, ni assez pliantes pour faciliter le mouvement. Étant donc, comme elles sont, assez tendres, elles se dissipent et se consument facilement, tant par leur propre chaleur que par la perpétuelle agitation des corps qui les environnent. C'est pour cela qu'un corps mort, par la seule agitation de l'air auquel il est exposé, se corrompt et se pourrit. Car l'air ainsi agité, ébranlanl ce corps m(^rt par le dehors, et s'insinuant dans les pores par sa subtilité, à la fin l'altère et le dissout. Le même arriveroit h. un corps vivant, s'il n'étoit réparé par la nourriture.
Ce renouvellement des chairs et des autres parties du corp> paroît principalement dans la guérison des blessures, qu'on voit se fermer, et en même temps les chairs revenir par une assez prompte régénération.
Celte réparation se fait par le moyen du sang qui coule dans les artères, dont les plus subtiles parties s'échappant par les pores, dégouttent sur tous les membres, où. elles se prennent, s'y attachent, et les renouvellent. C'est par là que le corps croît et s'entretient, comme on voit les plantes et les fleurs croître et s'entretenir par l'eau de la pluie. Ainsi le sang, toujours employé à nourrir et à réparer l'animal, s'épuiseroit aisément s'il n'étoit lui-même réparé, et la source en seroiè bientôt tarie.
La nature y a pourvu pai' les aliments qu'elle nous a pré-
parés, et par les organes qu'elle a dispesés pour renouveler le sang, el pur le sang tout le corps.
L'aliment commence premièrement à s'amollir dans la bouche par le moyen de certaines eaux épreintes des glandes qui y aboutissent. Ces eaux détrempent les viandt s, et font qu'elles peuvent plus facilement être brisées el !)roy6cs par les mâchoires, ce qui est un commencement de digestion.
De Ih elles sont portées par l'œsophage dans l'estomac, où il coule dessus d'autres sortes d'eaux épreintes d'autres glandes, qui se voient en nombre infini dans l'estomac même. Par le moyen de ces eaux, et à la faveur de la chaleur du foie, les viandes se cuisent dans l'estomac, à peu près comme elles feroient dans une marmite mise sur le feu; ce qui se fait d'autant plus facilement, que ces eaux de l'estomac sont de la nature des eaux fortes; car elles ont la -vertu d'inciser les viandes^ et les coupent si menues, qu'il n'y a plus rien de l'ancienne forme.
C'est ce qui s'appelle la digestion, qui n'est autre chose que l'allération que souffre l'aliment dans l'estomac, poar être disposé à s'incorporer à l'animal.
Cette matière digérée blanchit et devient comme liquide : c'est ce qui s'appelle le chyle.
Il est porté de l'estomac au boyau qui est au-dessous, et où se commence la séparation du pur et de l'impur, laquelle se continue tout le long des intestins.
Elle sefait par lepressement continuel que cause la respiration, et le mouvement du diaphragme sur les boyaux. Car étant ainsi pressés, la matière dont ils sont pleins est contrainte de couler dans toutes les ouvertures qu'elle trouve dans son passage; en sorte que les veines lactées, qui sont attachées aux boyaux, ne peuvent manquer d'être remplies par ce mouvement.
. Mais comme elles sont fort minces, elles ne peuvent re-
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cevoir que les parties les plus délicates, qui, exprimées par le pressemenl des intestins, se jettent dans ces veines, et y forment celte liqueur blanche qui les remplit et les colore, pendant que le plus grossier, par la force du même pressemenl, continue son chemin dans les intestins jusqu'à ce que le corps en soit déchargé.
Car il y a quelques valvules disposées d'espace en espace dans les intestins, qui empêchent la matière de remonter; et on remarque, outre cela, qu'ils sont tournés en dedans comme une espèce de vis, qui détermine la matière à prendre un certain cours, et la conduit aux extrémités par oîi elle doit sortir.
La liqueur des veines lactées est celle que la nature prépare pour la nourriture de l'animal. Le reste est le superflu, et comme le marc qu'elle rejette, qu'on appelle aussi, pour cette raison, excrément.
Ainsi se fait la séparation du liquide d'avec le grossier, et du pur d'avec l'impur; à peu près de la même sorte que le vin et l'huile s'expriment du raisin et de l'olive pressée; ou comme la fleur de farine passe par un sas plutôt que le son ; ou que certaines liqueurs, passées par une chausse ^, se clarifient, et y laissent ce qu'elles ont de plus grossier.
Les détours des boyaux, repliés les uns sur les autres, font que la matière, digérée dans l'estomac, y séjourne plus longtemps, et donne tout le loisir nécessaire à la respiration, pour exprimer tout le bon suc, en sorte qu'il ne s'en perde aucune partie.
A cela sert beaucoup encore cette disposition des parties intérieures des boyaux en forme de vis; ce qui fait que la matière digérée ne peut s'échapper qu'après de longs circuits, durant lesquels la nature tire toujours ce qui lui e^t propre.
< Capuclion en drap dont se servent les chimistes pour pa&ser les
liqueurs.
Il arrive aussi, par ces détours et celle disposition intérieure des boyaux, que l'animal ayant une fois pi is sa nourriture, peut demeurer longtemps sans en prendre de nouvelle, parce que le suc épuré qui le nourrit est longtemps à s'exprimer ; ce qui fait durer la nutrition, et empoche la faim de revenir sitôt.
Et on remarque que les animaux qu'on voit presque toujours allâmes, comme par exemple les loups, ont les intestins fort droits : d'où il arrive que l'aliment digéré y séjourne peu, et que le besoin de manger est pressant, et revient souvent.
Comme les entrailles, pressées par la respiration, jettent dans les veines lactées la liqueur dont nous venons de parler, ces veines, pressées par la même force, la poussent au milieu du mésentère, dans la glande où nous avons dit qu'elles aboutissent : d'où le même pressement les porte dans un certain réservoir nommé le réservoir de Pecquet, du nom d'un fameux analomiste de nos jours, qui l'a découvert.
De là il passe dans un long vaisseau, qui, par la môme raison, est appelé le canal ou le conduit de Pecquet. Ce vaisseau, étendu le long de l'épine du dos, aboutit un peu au-dessous du cou, à une des veines qu'on appelle sousclavières ; d'où il est porté dans le cœur, et là il prend tout à fait la forme de sang.
Il sera aisé de comprendre comme le chyle est élevé à cette veine, si on considère que le long de ce vaisseau de Pecquet, il y a des valvules disposées par intervalles, qui empêchent cette liqueur de descendre; et que, d'ailleurs elle est conlinuellement poussée en haut, tant par la matière qui vient en abondance des veines lactées, que par le mouvement du poumon, qui fait monter ce suc en pressant le vaisseau où il est contenu.
Il n'est pas croyable à combien de choses sert la respi-
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ration. Elle rafraîchiL le cœur et le sang : elle entraîne avec elle, et pousse <lehors les fumées qu'excite la cha leur du C(Bur : elle fournit l'air dont se forme la voix et la parole : elle aide, par l'air qu'elle attire, à la génération des esprits : elle pousse le chyledes entrailles dans les veines laclées, de là dans la glande du mésentère, ensuite dans le réservoir et dans le canal de Pecquet, et enfin dans la sous-clavière ; et en même temps elle facilite l'éjection des excréments, toujours en pressant les intestins.