‹ De la connaissance de Dieu et de soi-m^emeChapitre 20 sur 56 · LE CŒUR ET LE CERVEAU SONT LES DEUX MAITRESSES PARTIES · texte numérisé non relu

LE CŒUR ET LE CERVEAU SONT LES DEUX MAITRESSES PARTIES

Voilà quelle est à peu près la disposition du corps, et l'usage de ses parties, parmi lesquelles il paroU que le coeur et le cerveau sont les principales, et celles qui, pour ainsi dire, mènent toutes les autres.

Ces deux maîtresses parties influent dans tout le corps. Le cœur y envoie partout le sang dont il est nourri; et le cerveau y disti ibue de tous côtés les esprits par lesquels il est remué.

Au premier, la nature a donné les artères et les veines, pour la dislribulion du sang; et elle a donné l«s nerfs au second, pour l'administi'alion des esprits.

Nous avons vu que la fabrique des esprits se commence par le cœur, lorsque battant le sang et l'échauffant, il en élève les parties les plus subtiles au cerveau qui les perfectionne, et qui ensuite en renvoie au cœur ce qui est nécessaire pour exciter son battement.

Ainsi ces deux maîtresses parties, qui mettent, pour ainsi dire, tout le corps en action, s'aident mutuellement dans

leurs fondions, puisque sans les vapeurs que le cœur élève du sang, le cerveau n'auroil pas de quoi formor k's esprits, et que le cœur aussi n'auroil point de balLcmenl sans les esprits que le cerveau lui envoie.

Dans ce secours nécessaire que se donnent ces deux parties, laquelle des deux commence? C'est ce qu'il est malaisé de déterminer; et il faudroit pour cela avoir recours à la première formation de l'homme.

Pour entendre ce qu'il y a ici de plus constant, il faut penser, avant toutes choses, que le fœtus ou Pembryon, c'est-à-dire l'animal qui se forme est engendré d'autres animaux déjà formés et vivants, où il y a par conséquent du sang et des esprits déjà tout faits, qui peuvent se communiquer à l'animal qui commence.

On voit en effets que l'embryon est nourri du sang de la mère qui le porte. On peut donc penser que ce s uig étant conduit dans l€ cœur de ce petit animal qui coiumence d'être, s'y réchauffe et s'y dilate par la chaleur naturelle à cette partie ; que de là passent au cerveau ces vapeurs subtiles, qui achèvent de s'y former en esprits, à la manière qui a été dite; que ces esprits, revenus an cœur par les nerfs, causent son premier battement, qui se continue ensuite à peu près comme celui d'une pendule après une première vibration.

On peut penser aussi, et peut-être plus vraisemîjlableraent, que l'animal étant tiré de semences pleines d'esprits, le cerveau, par sa première conformation, en peut avoir ce qu'il lui en faut pour exciter dans le cœur cette première pulsation d'oîi suivent toutes les autres.

Quoi qu'il en soit, l'animal qui se forme venant d'un animal déjà formé, on peut aisément comprendre que le mouvement se continue de l'un à l'autre, et que le premier ressort, dont Dieu a voulu que tout dépendît, étant une fois ébranlé, ce même mouvement s'entretient toujours.

Au reste, outre les parties que nous venons de considérer dans le corps, il y en a beaucoup d'autres connues et inconnues à l'esprit humain. Mais ceci suffit pour entendre l'admirable économie de ce corps, si saj^ement et si délicatement organisé, et les principaux ressorts par lesquels s'en exercent les opérations.

Page 1