COMBIEN LA SAGESSE DE DIEU PAROIT DANS LES ANIMAUX
Par les choses qui ont été dites, il paroît manifestement iiu'il n'y a dans les animaux ni art, ni réflexion, ni invention, ni liberlé. Mais moins il y a de raison en eux, plus il y en a dans celui qui les a faits.
El certainement, c'est l'effet d'un art admirable, d'avoir si induslrieusement travaillé la matière, qu'on soil tenté de croire qu'elle agit par elle-même, et par une industrie qui lui est propre.
Les sculpteurs elles peintres semblent animer les pierres et faire pailer les couleurs; tant ils représentent vivement les actions extérieures qui marquent la vie. On peut dire, h peu près dans le même sens, que Dieu fait raisonner les animaux, parce qu'il imprime dans leurs actions une image si vive de raison, qu'il semble d'abord qu'ils raisonnent.
11 semble, en effet, que Dieu ait voulu nous donner, dans les animaux, une image de raisonnement, une image de finesse; bien plus, une image de vertu, et une image de vice; une image de piété dans le soin qu'ils montrent tous pour leurs petits, et quelques-uns pour leurs pères; une image de prévoyance, une image de fidélité, une image de flatterie, une image de jalousie et d'orgueil, une image de cruauté, une image de fierté et de courage. Ainsi les animaux nous sont un spectacle où nous voyons nos devoirs et nos manquements dépeints. Chaque animal est c'nargé de sa représentation ; il étale, comme un tableau, ■a ressemblance qu'on lui a donnée ; mais il n'ajoute, non plus qu'un tableau, rien à ses traits. 11 ne montre d'autre inveation que celle de son auteur; et il est fait, non pour
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être ce qu'il nous paroîl, mais pour nous en rappeler le souvenir.
Admirons donc, dansles animaux, non point leur finesse et leur industrie : car il n'y a point d'industrie oh. il n'y a point d'invention; mais la sagesse de celui qui les a construits avec tant d'art, qu'ils semblent môme agir avec art.
LES ANIMAUX SONT SOUMIS A L HOMME, ET N'ONT PAS MEME I.E DERNIER DEGRÉ DE RAISONNEMENT.
Il n'a pas voulu toutefois que nous fussions déçus par cette apparence de raisonnement que nous voyons dans les animaux. Il a voulu, au contraire, que les animaux fussent des instruments dont nous nous servons, et que cela même fût un jeu pour nous.
Nous domptons les animaux les plus forts, et venons â bout de ceux qu'on imagine les plus rusés. Et il est bon de remarquer que les hommes les plus grossiers sont ceux que nous employons à conduire les animaux; ce qui montre combien ils sont au-dessous du raisonnement, puisque le dernier degré de raisonnement suffit pour les conduire comme on veut.
Une autre chose nous fait voir encore combien les botes sont loin de raisonner. Car on n'en a jamais vu qui fussent touchées de la beauté des objets qui se présentent à leurs yeux, ni de la douceur des accords, ni des autres choses semblables, qui consistent en proportion et en mesure; c'est-à-dire qu'elles n'ont pas même celte espèce de raisonnement qui accompagne toujours en nous la sensation, et qui est le premier effet de la réflexion.
Qui considérera toutes ces choses s'apercevra aisément
que c'est l'effet d'une ignorance grossière ou de peu de réflexion, de confondre les animaux avec l'homme; ou de croire qu'ils ne diffèrent que du plus au moins; car oa doit avoir aperçu combien il y a d'objets dont les animaux ne peuvent être touchés, et qu'il n'y en a aucun dont on paisse juger vraisemblablement qu'ils entendent la nature et les convenances.
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RÉPONSE A l'objection TIRÉE DE LA RESSEMBLANCE DES ORGANES.
Et quand on croit pouvoir prouver la ressemblance du principe intérieur parcelle des organes, on se trompe doublement: premièrement, en ce qu'on croit l'intelligence absolument attachée aux organes corporels, ce que nous avons vu être très-faux. Et le principe dont se servent les défenseurs des animaux devroit leur faire tirer une conséquence opposée à celles qu'ils tirent : car s'ils soutiennent d'un côté que les organes sont communs entre les hommes et les bêtes, comme d'ailleurs il est clair que les hommes entendent des objets dont on ne peut pas même soupçonner que les animaux aient la moindre lumière, il faudroit conclure nécessairement que l'intelligence de ces objets n'est point attachée aux organes, et qu'elle dépend d'un autre principe.
Mais, secondement, on se trompe quand on assure qu'il n'y a point de différence d'organes entre les hommes et les animaux. Car les organes ne consistent pas dans cette masse grossière que nous voyons et que nous touchons. Elle dépend de l'arrangement des parties délicates
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et imperceptibles, dont on aperçoit quelque chose en y regardanl de près, mais dont toute la finesse ne peut être sentie quepar l'esprit.
Or personne ne peut savoir jusqu'où va dans le cerveau cette délicatesse d'organes. On dit seulement que l'homme, à proportion de sa grandeur, contient dans sa tête, sans comparaison, plus de cervelle qu'aucun animal, quel qu'il soit.
Et nous pouvons juger de la délicatesse des parties de notre cerveau par celle de notre langue. Car la langue de la plupart desanimaux, quelquesemblable qu'elle paroisse à la nôtre dans sa masse extérieure, est incapable d'arliculalion. Et pour faire que la nôtre puisse articuler dislif clément tant de sons divers, il est aisé de juger de combien de muscles délicats elle a dû être composée.
Maintenant, il est certain que Torganisation du cerveau doit être d'autant plus délicate, qu'il y a, sans comparaison, plus d'objets dont il peut recevoir les impressions, qu'il n'y a de sons que la langue puisse articuler.
Mais, au fond, c'est une méchante preuve de raisonnement que celle qu'on tire des organes, puisque nous avons vu si clairement combien il est impossible que le raihonnement y soit attaché et assujetti de lui-môme.
Ce qui fait raisonner l'homme, n'est pas l'arrangement des organes, c'est un rayon et une image de l'esprit divin; c'est une impression, non point des objets, mais des vérités éternelles, qui résident en Dieu comme dans leur source ; de sorte que, vouloir voir les marques du raisonnement dans les organes, c'est chercher à mettre tout l'esprit dans le corps.
Et il n'y a rien assurément de plus mauvais sens, que de conclure, qu'à cause que Dieu nous a donné un corps semblable aux animaux, il ne nous a rien donné de meilleur qu'à eux. Car, sous les mêmes apparences, il a
pu cacher divers trésors; et ainsi il en faut croire autre choî-e que les apparences.
Ce n'est pas en effet par la nature ou par l'arrangement de nos organes, que nous connoissons notre raisonnement. Nous le connaissons par expérience, en ce que nous nous sentons capables de réflexion : nous connoissons un pareil talent dans les hommes nos semblables, parce que nous voyons par mille preuves, et surtout par le langage, qu'ils pensent et qu'ils réfléchissentcommenous; et comme nous n'apercevons dans les animaux aucune marque de réflexion, nous devons conclure qu'il n'y a en eux aucune étincelle de raisonnement.
Je ne veux point ici exagérer ce que la figure humiiine a de singulier, de noble, de grand, d'adroit et de commode au-dessus de tous les animaux: ceux qui l'étudieront, le découvriront aisément; et ce n'est pas cette différence de l'homme d'avec la bote, que j'ai eu dessein d'expliquer.
CE QUE c'est que l'LNSTINCT QUE L'ON ATTRIBUE