‹ De la connaissance de Dieu et de soi-méme (volume 2)Chapitre 14 sur 29 · XI. Le cœur et le cerrean sont les deux maîtresses parties · texte numérisé non relu

XI. Le cœur et le cerrean sont les deux maîtresses parties

Ces deux maîtresses parties influent dans tout le corps. Le cœur y renvoie partout le sang dont il est nourri ; et le cerveau y distribue de tous côtés les esprits par lesquels il est remué.

Au premier, la nature a donné les artères et les reines , pour la distribution du sang; et elle a donné les nerfs au second^ pour l'administration des esprits.

Nous avons vu que la fabrique des esprits se commence par le cœur, lorsque battant le sang et l'échauffant, il en élève les parties les plus subtiles au cerveau, qui les perfectionne, et qui ensuite en renvoie au cœur ce qui est nécessaire, pour produire son battement (2).

Ainsi ces deux maîtresses parties, qui mettent, pour ainsi dire , tout le corps en action , s'aident mutuellement dans leurs fonctions, puisque, sans le sang que le cœur envoie au cerveau, le cerveau n'aurait pas de quoi former les esprits, et que lecœur aussi n'aurait point de mouvement , sans les esprits que le cerveau lui renvoie.

Dans ce secours nécessaire que se donnent ces deux parties, laquelle des deux commence (3) ? c'est ce qu'il est malaisé de déterminer ; et il faudrait pour cela avoir recours à la première formation de l'animal.

Pour entendre ce qu'il y a ici de plus constant, il faut penser, avant toutes choses, que le fœtus ou l'embryon, c'est-à-dire l'animal qui se forme, est engendré d'autres animaux déjà formés et vivants , où il y a par conséquent du sang et des esprits déjà tout faits, qui peuvent se communiquer à l'animal qui coitimence.

On voit, en effet, que l'embryon est nourri du sang de la mère qui le porte. On peut donc penser que ce sang étant conduit dans le cœur de ce petit animal qui commence d'être, s'y échauffe et

(1) n faudrait y ajouter les poumons.

(2) Toujours les esprits et leur fabrication.

(3) Celte discussion ne peut être suivie avec aucun avantage , puisqa*elié ne peut être appuyée d*aucune preuve.

DE DIEU ET DE SOI-BiÊME. 73

^J dilate par la chaleur naturelle à cette partie ; que de là passe

au cerveau ce sang subtil, qui achève de s'y former en esprits,

en la manière qui a été dite ; que ces esprits revenus au cœur

par les nerfis, causent son premier battement, qui se continue

ensuite à peu près coomie celui d'une pendule après une première

vibration.

On peut penser aussi, et peut-être plus vraisemblablement, que ranimai étant tiré des semences pleines d'esprits, le cerveau, par sa première conformation, en peut avoir ce qu'il lui en faut pour exciter dans le cosur cette première pulsation , d'où suivent toutes les autres.

Quoi qu'il en soit, l'animal qui se forme venant d'un animal déjà formé, on peut aisément comprendre que le mouvement se continue de l'un à l'autre ; et que le premier ressort, dont Dieu a voulu que tout dépendit, étant une fois ébranlé, ce même mouvement s'entretient toujours.

Au reste, outre les parties que nous venons de considérer dans le corps , il y en a beaucoup d'autres connues et inconnues à l'esprit humaôn ; mais ceci sufQt pour entendre l'admirable économie de ce corps, si sagement et si délicatement organisé , et les principaux ressorts par lesquels s'en exercent les opérations.

XII. La santé, la maladie, la mort; et à propos des maladies, les passions

en taut qu'elles regardent le corps.

Quand le corps est en bon état , et dans sa disposition naturelle^ c'est ce qui s'appelle santé. La maladie, au contraire, est la mauvaise disposition du tout ou de ses parties. Que si l'économie du corps est tellement troublée, que les fonctions naturelles cessent tout à fait, la mort de l'animal s'ensuit.

Gela doit arriver précisément quand les deux maîtresses pièces, c'est-à-dire, le cerveau et le cœur, sont hors d'état d'agir ; c'està-dire, quand le cœur cesse de battre, et que le cerveau ne peut plus exercer cette action, quelle qu'elle smt, qui envoie les esprits au cœur.

Car encore que le concours des autres parties soit nécessaire {xjur nous faire vivre, la cessation de leur action nous fait languir, mais ne nous tue pas tout à coup : au lieu que quand l'action du cerveau ou du cœur cesse tout à fait, on meurt à l'instant (i).

(1) G*est aussi ce qui arrive quand raclion des poumons 8*arr^(e.

Or on peut en général concevoir trois choses, capables de causer dans ces deux parties cette cessation. La première, si elles sont ou altérées dans leur substance, ou dérangées dans leur composition. La seconde, si les esprits, qui sont , pour ainsi dire, Tàme du ressort, viennent à manquer. La troisième, si ne manquant pas, et se trouvant préparés, ils sont empêchés par quelque autre cause^ de couler, ou du cerveau dans le cœur, ou du cœur dans le cerveau (1).

Et il semble que toute machine doive cesser par une de ces causes. Car, ou le ressort se rompt, comme les tuyaux dans un orgue, et les roues ou les meules dans un moulin : ou le moteur cesse ; comme si la rivière, qui fait aller les roues, est détournée, ou que le soufflet, qui pousse l'air dans l'orgue, soit brisé : ou le moteur ou le mobile étant en état, l'action de l'un sur l'autre est empêchée par quelque autre corps ; comme si quelque chose au dedans de l'orgue empêche le vent d'y entrer, ou que l'eau et toutes les roues étant comme il faut , quelque corps interposé en un endroit principal, empêche le jeu.

Appliquant ceci au corps de l'homme, machine sans comparaison plus composée et plus délicate, mais, en ce que l'homme a de corporel, pure machine; on peut concevoir qu'il meurt, si les ressorts principaux se corrompent ; si les esprits, qui sont le moteur, s'éloignent; ou si les ressorts étant en état et les esprits prêts, le jeu en est empêché par quelque autre cause.

S'il arrive, par quelque coup, que le cerveau ou le cœur soient entamés, et que la continuité des filets soit interrompue; et sans entamer la substance, si le cerveau ou se ramollit ou se dessèche excessivement, ou que, par un accident semblable, les fibres du

(1) Tout cet alioéa et les suivants peuvent se résumer ainsi, en laissant de côté toutes les e;(plicaiions plus ou moins hypothétiques et obscures, et en se bornant è Tcxposilion des fails. Trois organes principaux président A la vie ; le cerveau, le cœur et les poumons. Si Tun deux suspend son action^ même peu de temps, la mort en est la conséquence. Le cerveau, parce que rinflux nerveux ne se faisant plus sentir, toutes les fonctions sont suspendue8,et la mort arrive ; le cœur, parce que le sang artériel, seul vivifiant, ne pénétrant plus les organes et le cerveau en particulier , leurs fonctions et par suite Vinnervation sont arrêtées; les poumons, parce que la conversion du sang veineux en sang artériel ne s*opérant plus, le cœur continuant à battre ne lance plus que du sang veineux^ impropre à entretenir Texcilation nécessaire au fonctionnement des organes, et du cerveau en particulière

cceur se roidtsaentoa se relâchent tout à fait, alors l'action de ces deux ressorts, d'où dépend tout le mouvement, ne subsiste plus^ et toute la machine est arrêtée. ^

Mais quand le cerveau et le cœur demeureraient en leur entier, dès là que les esprits manquent, les ressorts cessent, faute de moteur. Et quand il se formerait des esprits conditionnés comme il faut, si les tuyaux par où ils doivent passer, ou resserrés, ou remplis de quelque autre chose, leur ferment l'entrée ou le passage, c'est de même que s'ils n'étaient plus. Ainsi le cerveau et le coeur, doDt Tactioa et la communication nous font vivre, restent sans force, le mouvement cesse dans son principe, toute la machine demeure, et ne se peut plus rétablir.

^Yoilà ce qu'on appdie mort ; et les dispositions à cet égard s'appellent maladies.

Ainsi toute altération dans le sang, qui rempêche de fournir pour les esprits une matière louable, rend le corps malade. Et si la chaleur naturelle, ou étouffée par la trop grande épaisseur du sang, ou dissipée par son excessive subtilité, n'envoie plus d'esprits, il faut mourir : tellement qu'on peut définir la mort, la cessation du mouvement dans le sang et dans le cœur.

Outre les altérations qui aihvent dans le corps par les maladies, il y en a qui sont causées par les passions, qui, à vrai dire, sont une espèce de maladie. Il serait trop long d'expliquer ici toutes ces altérations; et il sufGt d'observer, en général, qu'il n'y a point de passion qui ne fasse quelque changement dans les esprits , et par les esprits dans le cœur et dans le sang. Et c'est une suite nécessaire de l'impression violente que certains objets font dans le cerveau.

De là il arrive nécessairement que quelques-unes des passions les y excitent et les y agitent avec violence, et que les autres les y ralentissent. Les unes par conséquent les font couler plus abondamment dans le cœur, et les autres moins. Celles qui les font abonder, comme la colère et l'audace, les répandent avec profusion, et les poussent de tous côtés au dedans et au dehors. Celles qui tendent à les supprimer et à les retenir, telles que sont la tristesse et le désespoir, les retiennent serres au dedans^ comme pour les ménager.

^ De là naissent, dans le cœur et dans le i)ouls, des battements, les uns plus lents, les autres plus \ilcs; les uns incertains et inogaux, et les autres plus mesurés; d'où il arrive dons le sau^

76 bE LA CONNAISSANCE

divers changements, et de là conséquemment de noinrdles altérations dans les esprits. Les membres extérieurs reçoivent aussi de diflcrcntes dispositions. Quand on est attaqué , le cerveau envoie plus d'esprits aux bras et aux mains, et c'est ce qui fait qu'on est plus fort dans la colère. Dans cette passion , les muscles s^afPermissent, les nerfs se bandent, les poings se ferment, tout se tourne à Tennemi pour Técraser, et le corps est disposé à se ruer sur lui (le tout son poids. Quand il s'agit de poursuivre un bien, ou de fuir im mal pressant, les esprits accourent avec abondance aux cuisses et aux jambes pour bâter la course; tout le corps, soutenu par leur extrême vivacité , devient plus léger : ce qui a fait dire au poctc, parlant d'Apollon et de Daphné : Hic spe cèlera illa ttmore (1 ). Si un bruit un peu extraordinaire menace de quelque coup, on s'éloigne naturellement de l'endroit d'où vient le bruit, en y jetant l'œil, afin d'esquiver plus facilement; et quand le coup est reçu, la main se porte aussitôt aux parties Messées, pour ôter, 6*il se peut , la cause du mal : tant les esprits sont disposés dans les passions, à seconder prcmiptcment les membres qui ont besoin de se mouvoir.

Par l'agitation du dedans, la disposition du dehors est toute changée. Selon que le sang accourt au visage, ou s'en retire, il y parait ou rougeur ou pâleur. Ainsi on voit dans la colère les yeux allumés; on y voit rougir le visage, qui, au contraire, pâlit dans la crainte. La joie et l'espérance en adoucissent les traits, ce qui répand sur le front une image de sérénité. La colère et la tristesse, au contraire, les rendent plus rudes, et leur donnent un air, ou plus farouche, ou plus sombre. La voix change aussi en diverses sortes. Car selon que le sang ou les esprits coulent plus ou moins dans le poumon, dans les muscles qui l'agitent, et dans Li trachée-artère par où U respire l'air, ces parties, ou dilatées, ou pressées diversement, poussent tantôt des sons éclatants, tantôt des cris aigus, tantôt des voix confuses, tantôt de longs gémissements, tantôt des soupirs entrecoupés. Les larmes accompagnent de tels états, lorsque les tuyaux qui en sont la source, sont dilatés ou pressés à une certaine mesure. Si le sang refroidi, et par là épaissi, se porte lentement au cerveau, et lui fournil moins de matière d'esprits qu'il ne faut; ou si, au contraûre, étant ému et échauffé plus qu'à l'ordinaire, il en fournit trop, il anù

(i) Ovide, MéianMrphoiet, li? . h ▼. 5^9.

vera tantôt des tremblements et des convulsions, tantôt des langueurs et des défaillances. Les muscles se relâcheront , et on se sentira prêt à tomber. Ou bien les fibres mêmes de la peau qui couvre la tête, faisant alors l'effet des muscles, et se resserrant excessivement; la peau se retirant sur elle-même, fera dresser les cheveux, dont elle enferme la racine, et causera ce mouvement qu'on appelle horreur. Les physiciens expliquent en particulier toutes ces altérations; mais c'est assez pour notre dessein, d'en avoir remarqué en général la nature, les causes, les effets, et les signes.

' Les passions, à les regarder seulement dans le corps, semblent n'être autre chose qu'une agitation extraordinaire des esprits ou du sang, à l'occasion de certains objets qu'il faut fuir, ou pourgaivre.

Ainsi la cause des passions doit être l'impression et le mouve* ment qu'un objet de grande force fait dans le cerveau.

De là suit l'agitation et des esprits et du sang, dont l'effet naturel doit être de disposer le corps de la manière qu'il faut pour fuir l'objet, ou le suivre; mais cet effet est souvent empêché par accident.

Les signes des passions, qui en sont aussi des effets, mais moins principaux, c'est ce qui en parait au dehors; tels sont les larmes, les cris, et les autres changements, tant de la voix, que des yeux et du visage- Car comme il est de l'institution de la nature, que les passions des uns fassent impression sur les autres ; par exemple , que la tristesse de l'un excite la pitié de l'autre; que lorsque l'un est disposé à faire du mal par la colère, l'autre soit disposé, en même temps, ou à la défense, ou à la retraite, et ainsi du reste; il a fallu que les passions n'eussent pas seulement de certains effets au dedans, mais qu'elles eussent encore au dehors chacune son propre caractère, dont les autres hommes pussent être frappés.

Et cela paraît tellement du dessein de la nature, qu'on trouve sur le visage une infinité de nerfs et de muscles, dont on ne reconnaît point d'autre usage, que d'en tirer en divers sens toutes les parties, et d'y peindre les passions, par la secrète correspondance de leurs mouvements avec les mouvements intérieurs.

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