‹ De la connaissance de Dieu et de soi-méme (volume 2)Chapitre 13 sur 29 · X. Le sommeil, la veille et la nourriture · texte numérisé non relu

X. Le sommeil, la veille et la nourriture

Quand les esprits sont épuisés à force d'agir (2) , les nerfs se détendent, tout se relâche, l'animal s'endort, et se délasse du travail et de l'action où il est sans cesse pendant qu'il veille.

Le sang et les esprits se dissipent continuellement, et ont aussi besoin d'être réparés (3).

Pour ce qui est des esprits^ il est aisé de concevoir, qu'étant si

(1) Bossoet veut dire, sans doute, que les substances qu*il nomme, sont tontes pénétrées de eette substance commune. Empreindre n*a pas ordU nairement ce sens ; U faudrait imprignéet,

(2) Le sommeil survient lorsque l'activité morale et intellectuelle est épuisée par Taction prolongée ; lorsque le système musculaire est fatigué ; lorsque tous les organes soumis à la volonté, et dont Taction, par conséquent, est intermittente, ont besoin de repos.

(8) Nous avons dit ailleurs ce qu'il fallait penser de la théorie des esprits; nous n'y reviendrons pas; mais les alinéas suivants ne sont pas plus intelligibles, car on ne comprend pas comment le sang s'évaporerait dans le eœur, qui ne peut recevoir une parcelle de vapeur ou de gai sans suspendre ses mouvements et produire une mort instantanée.

m DE LA CONNAISSANCE

subtils et si agités, ils passent à travers les pores, et se dissi] d'eux-mêmes par leur propre agitation.

On peut aussi aisément comprendre, que le sang, à force de ] ser et de repasser dans le cœur, s'évaporerait à la fin. Mais il une raison particulière de la dissipation du sang , tirée de la m riture.

Les parties de notre corps doivent bien avoir qudque 000 tance. Mais si elles n'avaient aussi quelque mollesse, elles ne raient pas assez maniables, ni assez pliantes, pour faciliter le n vement. Etant donc, comme elles sont, assez tendres, die dissipent et se consument facilement, tant par leur propre < leur, que par la perpétuelle agitation des corps qui les envû nent. C'est pour cela qu'un corps mort, par la seule agitatio l'air auquel il est exposé, se corrompt et se pourrit (1). Car ainsi agité , ébranlant ce corps mort par le dehors, et s'insin dans les pores par sa subtilité, à la un l'altère et le dissout même arriverait à un corps vivant, s'il n'était réparé par la n riture.

Ce renouvellement des chairs et des autres parties du corpi rait principalement dans la guérison des blessures , qu'on vo fermer, et en même temps les chairs revenir par une assez proi régénération.

Cette réparation se fait par le moyen du sang qui coule dan artères (2) , dont les plus subtiles parties s'échappant par les pc dégouttent sur tous les membres, où elles se prennent, s'y « chent, et les renouvellent. C'est par là que le corps croît et s tretient, comme on voit les plantes et les fleurs croître et s'ei tenir par l'eau de la pluie. Ainsi le sang toujours employé à n rîr et à réparer l'animal , s'épuiserait aisément s'il n'était lui-m réparé, et la source en serait bientôt tarie.

La nature y a pourvu par les aliments qu'elle nous a prépa et par les organes qu'elle a disposés pour renouveler le sang , et le sang tout le corps.

(1) Théorie enonée de la putréfaction , qol 6*opère par le fait aei contact de Pair et sans agitation. Qn*un corps putrescible soit mis en tact de Pair liumide dans un vase clos et immobile, que la températo soit maintenue entre 10 et 20 degrés, et la putréfaction aura lien^ eo au contact de Tair agité.

(2) Uauteur aurait dû s* arrêter là pour reprendre à Àinti U itmg.

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L'aliment commence premièrement à s'amollir dans la bouche parle moyen de certaines eaux épreintes (1) des glandes qui y aboutissent. Ces eaux détrempent les "viandes^ et font qu'elles peuvent pios facilement être brisées et broyées par les mâchoires^ ce qui est on commencement de digestion.

De là elles sont portées par l'œsophage dans l'estomac, où il coule dessus d'autres sortes d'eaux épreintes d'autres glandes (2), qui se voient en nombre infini dans l'estomac même. Par le moyen de ces eaux, et à la faveur de la chaleur du foie, les viandes se cuisent dans l'estomac, à peu près comme elles /eraient dans une Bttimite mise sur le feu. Ce qui se fait d'autant plus facilement, que ces eaux de l'estomac sont de la nature des eaux fortes ; car dles ont la vertu d'inciser les viandes, et les coupent si menues, qu'il n'y a plus rien de l'ancienne forme (3).

Cest ce qui s'appelle la digestion (4), qui n'est aptre chose que rattération que souffre l'aliment dans l'estomac, pour être disposé à s'incorporer à l'animal.

Cette matière digérée, blanchit et devient comme liquide. C'est ce qui s'appelle le chyle (5).

n est porté de l'estomac au boyau qui est au-dessous (6) , et où se commence la séparation du pur et de l'impur, laquelle se continue tout le long des intestins.

Elle se fait par le pressement continuel que cause la respiration, et le mouvement du diaphragme sur les boyaux. Car étant ainsi pressés, la matière dont ils sont pleins, est contrainte de couler dans toutes les ouvertures qu'elle trouve dans son passage ; en

(1) Epreindre: eiprimer, tirer en pressant.

(9) n «'«gil do tuo gastrique, sécrété par la membrane moqQense de rcstomae.

(3) Le foie D*a aucune action sur la digestion stomacale ; elle s*opére par le fait de TacUon du sue gastrique sur les aliments, qui subissent une désagrégation complète, et une sorte de dissolution.

(i) Gela 8*appelle la digestion stomacale, car ce n*est qu'un des temps de la digestion.

(5) Il faudrait dire le chyme. Ce n*est que par la transformation dont il est question immédiatement après, que le cbyme prodoit le cbyle.

(6) Cest alors que le cbyme se met en contact avec la bile et le suc pancréatique, et subit une nouvelle transformation qui constitue le chyle. Les vaisseaux cbylifères qui existent dans toute la longueur de Tintestin pèle, séparent le cbyle des matières exerémeniielles.

sorte que les veines lactées^ qui sont attachées aux boyaux, ne peuvent manquer d'être remplies par ce mouvement.

Mais comme elles sont fort minces, elles ne peuvent recevoir que les parties les plus délicates, qui , exprimées par le pressement des intestins, se jettent dans ces veines, et y forment cette liqueur blanche qui les remplit et les colore ; pendant que le plus grossier, par la force du même pressement, continue son chemin dans les intestins, jusqu'à ce que le corps en soit déchai^.

Car il y a quelques valvules disposées d'espace en espace dans les gros boyaux, qui empêchent également la matière de remonter, et de descendre trop vite ; et on remarque, outre cela, un mouvement vermiculaire de haut en bas, qui détermine la matière à prendre un certain cours.

La liqueur des veines lactées, est celle que la nature prépare pour la nature de l'animal. Le reste est le superflu', et comme le marc qu'elle rejette, qu'on appelle aussi, par cette raison, excrément.

Ainsi se fait la séparation du liquide d'avec le grossier, et du pur d'avec l'impur; à peu près de la même sorte que le vin et l'huile s'expriment du raisin et de l'olive pressée ; ou comme la fleur de farine par un sas plutôt que le son; ou que certaines liqueurs, passées par une chausse, se clarifient, et y laissent ce qu'elles ont de plus grossier.

Les détours des boyaux repliés les uns sur les autres, font que la matière, digérée dans l'estomac, séjourne plus longtemps dans les boyaux, et donne tout le loisir nécessaire à la respiration (1), pour exprimer tout le bon suc, en sorte qu'il ne s'en perde aucune partie.

Il arrive aussi, par ces détours et par la disposition intérieure des boyaux, que l'animal ayant une fois pris nourriture, peut demeurer longtemps sans en prendre de nouvelle , parce que le suc épuré qui le nourrit est longtemps à s'exprimer ; ce qui fait durei la distiîbution, et empêche la faim de revenir sitôt.

Et ou remarque que les animaux qu'on voit presque toujours affamés, comme par exemple les loups, ont les intestins fort droits.

(1) Ce n*e8t pas la respiration qui force la pénétration du chyle dans le vaisseaux cbylifércs, mais ces vaisseaux agissent en absorbant le chyle fé ritable par une sorte d'aspiration, leur sensibilité propre les empêchant «1 recevoir les matières non assimilables.

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D'où il arrive que Taliment digéré y séjourne peu, et que le besoin de manger est pressant et revient souvent.

Gomme les entrailles, pressées par la respiration, jettent dans les veines lactées la liqueur dont nous venons de parler, ces veines, pressées par la même force , la poussent au milieu du mésentère , dans la ^ande où nous avons dit qu'elles aboutissent (1); d'où le Blême pressement les porte dans un certain réservoir, nommé le réservoir de Pecquety du nom d'un fameux anatomiste de nos jours, <|Qi l'a découvert.

De là il passe dans un long vaisseau, qui, par la même raison, est appelé le canal ou le conduit de Pecquet, Ce vaisseau, élenda le long de Tépine du dos, aboutit un peu au-dessus du eoo, à une des veines qu'on appelle sous-claviëres; d'où il est porté dans le cœur, et là il prend tout-à-fait la forme de sang.

n sera aisé de comprendre comme le chyle est élevé à cette veine, si on considère que le long de ce vaisseau de Pecquet, il y a des valvules disposées par intervalles , qui empêchent cette liqueur de descendre ; et que d'ailleurs elle est continuellement poussée en kuity tant par la matière qui vient en abondance des veines lactées, qae par le mouvement du poumon, qui fait monter ce suc en pressant le vaisseau où il est contenu.

n n'est pas croyable à combien de choses sert la respiration (2). EDe rafraîchit le cœur et le sang ; elle entraîne avec elle, et pousse ddiors les fumées qu'excite la chaleur du cœur : elle fournit Fair dont se forme la voix et la parole : elle aide , par l'air qu'elle attire, à la génération des esprits : elle pousse le chyle des entrailles dans les veines lactées , de là dans la glande du mésentère, ensuite dans le réservoir et le canal de Pecquet , et enfin dans la sous-clavière, et en même temps elle facilite l'éjection des excréments , toujours en pressant les intestins.

Voilà quelle est à peu près la disposition du corps , et l'usage de ses parties , parmi lesquelles il parait que le cœur et le cer-

(1) Voir la note relative au pancréas.

(2) Dans cette énumération des usages de la respiration, on trouve, à côté de graves erreurs, quelques actions véritables, mais trés-secondaires. \\ n'y est pas dit un mot de la sjulo utilité incontestable, immense, de la respiration, à savoir Thématose, ou transformation du sang veineux en sang artériel.

Teau sont les principales, et celles, pour ainsi dire> qui mènent toutes les autres (1).

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