Les autres parties de la philosophie
Nous ne dirons rien ici de la métaphysique, parce qu’elle est toute répandue dans ce qui précède. Nous avons mêlé beaucoup de physique en expliquant le
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corps humain : et pour les autres choses qui regardent cette étude, nous les avons traitées selon notre projet, plus historiquement que dogmatiquement. Nous n’avons pas oublié ce qu’en a dit Aristote : et pour l’expérience des choses naturelles, nous avons fait faire devant le Prince les plus nécessaires et les plus belles. Il n’y a pas moins trouvé de divertissement que de profit. Elles lui ont fait connaître 1 industrie de l’esprit humain, et les belles inventions des arts, soit pour découvrir les secrets de la nature, ou pour l'embellir, ou pour l’aider. Mais, ce qui est plus considérable, il y a découvert l’art de la nature même, ou plutôt la providence de Dieu , qui est à la fois si visible et si cachée.
1 1 . Les Mathématiques .
Les mathématiques, qui servent le plus à la justesse du raisonnement, lui ont été montrées par un excellent maître, qui ne s’est pas contenté, comme c’est l’ordinaire, de lui apprendre à fortifier des places, à les attaquer, à faire des campemens ; mais qui lui a encore appris à construire des forts, à les dessiner de sa propre main, à mettre une armée en bataille, et à la faire marcher. Il lui a enseigné les mécaniques, le poids des liquides et des solides, les différens systèmes du monde , et les premiers livres d Eucîide : ce qu’il a compris avec tant de promptitude, que ceux qui le voyaient en étaient surpris.
Au reste, toutes ces choses ne lui ont été enseignées que peu à peu, chacune en son lieu. Et notre soin principal a été qu’on les lui donnât à propos , et chaque chose en son temps ; afin qu’il les digérât plus aisément, et qu elles se tournassent en nourriture.
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i 2. Trois derniers ouvrages , pour recueillir le fruit des études: i.° Histoire universelle , pour expliquer la suite de la religion , et les changemens des empires.
Maintenant que le cours de ses études est presque achevé, nous avons cru devoir travailler principalement à trois choses.
Premièrement à une Histoire universelle , qui eût deux parties : dont la première comprît depuis l’origine du monde, jusqu’à la chute de l’ancien empire romain , et au couronnement de Charlemagne : et la seconde, depuis ce nouvel empire établi par les Français. Il y avait déjà long-temps que nous l’avions composée, et même que nous l’avions fait lire au Prince : mais nous la repassons maintenant , et nous y avons ajouté de nouvelles réflexions, qui font entendre toute la suite de la religion, et les changemens des empires, avec leurs causes profondes que nous reprenons dès leur origine. Dans cet ouvrage, on voit paraître la religion toujours ferme et inébranlable, depuis le commencement du monde : le rapport des deux Tcstamens lui donne cette force ; et l’Evangile, qu’on voit s’élever sur les fondemens de la Loi, montre une solidité qu’on reconnaît aisément être à toute épreuve. On voit la vérité toujours victorieuse, les hérésies renversées, l’Eglise fondée sur la pierre les abattre par le seul poids d’une autorité si bien établie , et s’affermir avec le temps ; pendant qu’on voit au contraire les empires les plus florissans, non -seulement s’affaiblir parla suite des années ; mais encore se défaire mutuellement, et tomber les uns sur les autres. Nous montrons d’où vient d’un côté une si ferme consistance; et de l’autre, un état toujours changeant, et des ruines inévitables.
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Cette dernière recherche nous a engagés à expliquer en peu de mots les lois et les coutumes des Egyptiens, des Assyriens et des Perses, celles des Grecs, celles des Romains, et celles des temps suivans ; ce que chaque nation a eu dans les siennes qui ait été fatal aux autres et à elles-mêmes, et les exemples que leurs progrès ou leur décadence ont donnés aux siècles futurs. Ainsi, nous tirons deux fruits de l’Histoire universelle. Le premier, est de faire voir tout ensemble l’autorité et la sainteté de la religion, par sa propre stabilité et par sa durée perpétuelle. Le second, est que connaissant ce qui a causé la ruine de chaque empire, nous pouvons, sur leur exemple, trouver les moyens de soutenir les Etats, si fragiles de leur nature; sans toutefois oublier que ces soutiens mêmes sont sujets à la loi commune de la mortalité , qui est attachée aux choses humaines , et qu’il faut porter plus haut ses espérances.
i3. 2.° Politique tirée des propres paroles de la sainte
Ecriture.
Par le second ouvrage, nous découvrons les secrets delà politique, les maximes du gouvernement, et les sources du droit, dans la doctrine et dans les exemples de la sainte Ecriture. On y voit non-seulement avec quelle piété il faut que les rois servent Dieu , ou le fléchissent, après l’avoir offensé; avec quel zèle ils sont obligés à défendre la foi de l’Eglise, à maintenir ses droits , et à choisir ses pasteurs ; mais encore , 1 origine de la Vie civile ; comment les hommes ont commencé à former leur société; avec quelle adresse il faut manier les esprits ; comment il faut former le des-
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sein de conduire une guerre, ne l’entreprendre pas sans bon sujet, faire une paix, soutenir l’autorité, faire des lois et régler un Etat. Ce qui fait voir clairement que l’Ecriture sainte surpasse autant en prudence qu’en autorité tous les autres livres qui donnent des préceptes pour la vie civile ; et qu’on ne voit en nul autre endroit, des maximes aussi sûres pour le gouvernement.
1 4* 3/' L’élat du royaume et de toute l’Europe.
Le troisième ouvrage comprend les lois et les coutumes particulières du royaume de France. En comparant ce royaume avec tous les autres, on met sous les yeux du Prince, tout l’état de la Chrétienté, et même de toute l’Europe.
Nous achèverons tous ces desseins , autant que le temps et notre industrie le pourra permettre. Et quand le Roi nous redemandera ce fils si cher, que nous avons tâché, par son commandement et sous ses ordres, d’instruire dans tous les beaux-arts, nous sommes prêts à le remettre entre ses mains , pour faire des études plus nécessaires sous de meilleurs maîtres, qui sont le Roi même, et l’usage du monde et des affaires.
Voilà, très-saint Père, ce que nous avons fait pour nous acquitter de notre devoir. Nous avons planté, nous avons arrosé : plaise à Dieu de donner l’accroissement. Au reste, depuis que celui dont vous tenez la place sur la terre , vous a inspiré parmi tant de soins, de jeter un regard paternel sur nos travaux ; nous nous servons de l’autorité de Votre Sainteté même, pour porter le Prince à la vertu ; et nous éprouvons avec joie que les exhortations que nous lui faisons de votre
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part , font impression sur son esprit. Que nous sommes heureux, très-saint Père, d’être secourus dans un ouvrage si grand par un si grand Pape, dans lequel nous voyons revivre saint Léon , saint Grégoire , et saint Pierre même.
Très-Saint Père,
De Votre Sainteté,
Le fils très-obéissant et A Saint-Germain-en-Laye , très-dévot,
le 8 Mars 167g.
Ainsi signé : -)- J. BÉNIGNE, ancien
Evêque de Condom.
Et au-dessus :
A Notre Très-Saint Père le Pape Innocent XI.