INNOCENT PP. XL
"V ÉNÉRABLE Frère, salut et bénédiction apostolique. La méthode que vous vous êtes proposée , pour former dès ses plus tendres années aux bonnes choses le Dauphin de France, et que vous continuez d’employer avec tant de succès auprès de ce jeune Prince, pendant qu’il s’avance à un âge p' us mûr, nous a paru mériter que nous dérobassions quelque temps aux importantes affaires de la Chrétienté, pour lire la lettre où vous avez si élégamment et si pleinement décrit cette méthode. La félicité publique sera le fruit de la bonne semence que vous jeterez, comme dans une terre fertile, dans l’esprit d’un Prince, que toute l’Eglise respecte déjà comme l’héritier d’un si grand royaume, et qu’elle voit, sous la conduite d’un illustre père, se rendre digne non-seulement de protéger la foi catholique , mais encore de l’étendre. Entre tant d'instructions de la véritable sagesse , dont vous remplissez l’esprit du Dauphin, celles-là sans doute sont les plus belles, et les plus dignes d’être inculquées sans cesse, qui apprennent à unir ensemble comme choses inséparâbles , les intérêts et la gloire des rois avec le bien de leurs peuples, et les règles d’un bon gouvernement. Le Prince que vous instruisez connaîtra un jour avec un grand accroissement du bien public, et un agréable ressouvenir de l’éducation qu’il aura reçue de vous, qu’il n’est point si beau ni si glorieux d’être né dans la royauté, que de savoir s’en bien servir; et que le plus digne emploi qu'un prince puisse faire de cette puissance souveraine qu il reçoit de Dieu , c'est de la faire uniquement servir, non pas à contenter ses passions ou le désir d’une gloire vaine, mais à procurer le bonheur du genre humain. Il connaîtra qu’il ne doit jamais former de desseins ni commencer d en! reprises, qui s’éloignent de la voie de la justice, et qui ne se rapportent à l'avancement de la gloire de Dieu : pen-
CONNA1SS. DE DIEU. b