‹ De la connaissance de Dieu et de soi-même (volume 3)Chapitre 28 sur 44 · VI. Le cerveau et les organes clés sens · texte numérisé non relu

VI. Le cerveau et les organes clés sens

Au-dessus , et dans la partie la plus haute de tout le corps, c’est-à-dire dans la tête, est le cerveau , destiné à recevoir les impressions des objets , et tout ensemble adonner au corps les mouvemens nécessaires pour les suivre ou les fuir.

Par la liaison qui se trouve entre les objets et le mouvement progressif, il a fallu qu’où se termine l’impression des objets, là se trouvât le principe et la cause de ce mouvement.

Le cerveau a été formé pour réunir ensemble ces deux fonctions.

L’impression des objets se fait par les nerfs qui servent au sentiment, et il se trouve que ces nerfs aboutissent tous au cerveau.

Les esprits coulés dans les muscles par les nerfs répandus dans tous les membres , font le mouvement progressif. Et on croit premièrement , que les esprits sont portés d’abord du cœur au cerveau, où ils prennent leur dernière forme. Et secondement, que les nerfs par où s’en fait la conduite , ont leur origine dans le cerveau, comme les autres.

Il ne faut donc point douter que la direction des esprits, et par là tout le mouvement progressif, n’ait sa cause dans le cerveau. Et en effet , il est constant que le cerveau est attaqué dans les maladies où le corps est entre-

86 DE LA. CONNAISSANCE DH DIEU pris, telles que sont l’apoplexie et la paralysie ; et dans celles qui causent ces mouvemens irréguliers , qu’on appelle convulsions.

Comme l’action des objets sur les organes des sens, et l’impression qu’ils font, devait être continuée jusqu’au cerveau , il a fallu que la substance en fût tout ensemble assez molle pour recevoir les impressions , et assez ferme pour les conserver. Et en effet, elle a tout ensemble ces deux qualités.

Le cerveau a divers sinus et anfractuosités. Outre cela, diverses cavités, qu’on appelle ventricules , choses que les médecins et anatomistes démontrent plus aisément, qu’ils n’en expliquent les usages.

Il est divisé en grand et petit , appelé aussi cervelet. Le premier vers la partie antérieure , et l’autre vers la partie postérieure de la tête.

La communication de ces deux parties du cerveau est visible par leur structure ; mais les dernières observations semblent faire voir que la partie antérieure du cerveau est destinée aux opérations des sens ; c’est aussi là que se trouvent les nerfs qui servent à la vue , à l’ouïe , au goût et à l’odorat : au lieu que du cervelet naissent les nerfs qui servent au toucher et aux mouvemens , principalement à celui du cœur. Aussi les blessures et les autres maux qui attaquent cette partie , sont-ils plus mortels, parce qu’ils vont directement au principe de la vie.

Le cerveau , dans toute sa masse , est enveloppé de deux tuniques déliées et transparentes , dont l’une , appelée pie-mère , est l’enveloppe immédiate qui s’insinue aussi dans tous les détours du cerveau; et l’autre est nommée dure-mère , à cause de son épaisseur et de sa consistance.

La dure-mère , par les artères dont elle est remplie , est en battement continuel , et bat aussi sans cesse le cerveau , dont les parties étant fort pressées, il s’ensuit que le sang et les esprits qui y sont contenus , sont aussi fort pressés et fort battus. Ce qui est une des causes de la distribution , et peut-être aussi du raffinement des esprits.

C’est ce battement de la dure-mère , qu’on ressent si fort dans les maux de tête , et qui cause des douleurs si violentes.

L’artifice de la nature est inexplicable , à faire que le cerveau reçoive tant d’impressions, sans en être trop ébranlé. La disposition de cette partie y contribue, parce que par sa mollesse il ralentit le coup , et s’en laisse imprimer fort doucement.

La délicatesse extrême des organes des sens, aide aussi à produire un si bon effet , parce qu’ils ne pèsent point sur le cerveau, et y font une impression fort tendre et fort douce.

Cela veut dire que le cerveau n’en est point blessé. Car, au reste , cette impression ne laisse pas d’être forte à sa manière , et de causer des

88 BE LA CONNATSSANCE DE DÏEU mouvemens assez grands; mais tellement proportionnés à la nature du cerveau, quil n’en est point offensé

Ce serait ici le lieu de considérer les parties qui composent l’œil , ses pellicules, appelées tuniques ; ses humeurs de différente nature , par lesquelles se font diverses réfractions des rayons; les muscles qui tournent l’œil, et le présentent diversement aux objets comme un miroir; les nerfs optiques, qui se terminent en cette membrane déliée qu’on nomme rétine , qui est tendue sur le fond de l’œil, comme un velouté délicat et mince , et qui embrasse l’humeur vitrée , au-devant de laquelle est enchâssée la partie de l’œil qu’on nomme le cristallin , à cause qu’elle ressemble à un beau cristal.

Il faudrait aussi remarquer la construction tant extérieure qu’intérieure de l’oreille , et entre autres choses, le petit tambour appelé tympan, c’est-à-dire cette pellicule si mince et si bien tendue , qui, par un petit marteau d’une fabrique extraordinairement délicate , reçoit le battement de l’air, et le fait passer par ses nerfs jusqu’au dedans du cerveau. Mais cette description , aussi -bien que celle des autres organes des sens, serait trop longue , et n’est pas nécessaire pour dotre sujet.

VII. Les parties qui régnent par tout le corps, et premièrement des os.

Outre ces parties qui ont leur région séparée, il y en a d’autres qui s’étendent et régnent par tout le corps , comme sont les os, les artères, les veines et les nerfs.

La plupart des os sont d’une substance sèche et dure, incapable de se courber, et qui peut être cassée plutôt que fléchie. Mais quand ils sont cassés, ils peuvent être facilement remis, et la nature y jette une glaire , comme une espèce de soudure, qui fait qu’ils se reprennent plus solidement que jamais. Ce qu’il y a de plus remarquable dans les os, c’est leurs jointures, leurs îigamens , et les divers emboîtemens des uns dans les autres, par le moyen desquels ils jouent et se meuvent.

Les emboîtemens les plus remarquables sont ceux de l’épine du dos, qui règne depuis le chignon du cou jusqu au croupion. Lest un enchaînement de petits os, emboîtés les uns dans les autres, en forme de double charnière, et ouverts au milieu pour donner entrée aux vaisseaux qui doivent y avoir leur passage. Il a fallu faire l’épine du dos de plusieurs pièces, afin qu’on pût courber et dresser le corps, qui serait trop roide , si l’épine était d’un seul os.

Le propre des os est de tenir le corps en état, et de lui servir d’appui. Ils font dans l’arcbitec-

90 DE LA CONNAISSANCE DE DIEU ture du corps humain, ce que font les pièces de bois dans un bâtiment de charpente*. Sans les os, tout le corps s’abattrait, et on verrait tomber par pièces toutes les parties. Ils en renferment les unes, comme le crâne, c’està-dire , l’os de la tête renferme le cerveau , et les côtes, le poumon et le cœur. Ils en soutiennent les autres , comme les os des bras et des cuisses soutiennent les chairs qui y sont attachées.

Le cerveau est contenu dans plusieurs os joints ensemble , de manière qu’ils ne font qu’une boîte continue. Mais s’il en eût été de même du poumon , cet os aurait été trop grand , par conséquent ou trop fragile ou trop solide , pour se remuer au mouvement des muscles qui deviaent dilater ou resserrer la poitrine. C’est pourquoi il a fallu faire ce coffre de la poitrine de plusieurs pièces, qu’on appelle côtes. Elles tiennent ensemble par les peaux qui leur sont communes, et sont plus pliantes que les autres os , pour être capables d’obéir aux mouvemens que leurs muscles leur devaient donner.

Le crâne a beaucoup de choses qui lui sont particulières. Il a en haut ses sutures , où il est un peu entrouvert , pour laisser évaporer les fumées du cerveau, et servir à l’insertion de l’une de ses enveloppes , c’est-à-dire de la dure-mère . Il a aussi ses deux tables , étant composé de deux couches d’os posées F une

ET DE SOI-MÊME. CHAP. II. 91 sur l’autre avec un artifice admirable, entre lesquelles s’insinuent les artères et les veines qui leur portent la nourriture.

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