‹ De la connaissance de Dieu et de soi-même (volume 3)Chapitre 29 sur 44 · VIII. Les artères , les veines , et les nerfs · texte numérisé non relu

VIII. Les artères , les veines , et les nerfs

Les artères , les veines et les nerfs , sont joints ensemble , et se répandent par tout le corps jusqu’aux moindres parties.

Les artères et les veines sont des vaisseaux qui portent par tout le corps, pour en nourrir toutes les parties , cette liqueur qu’on appelle sang : de sorte qu’elles - mêmes , pour être nourries, sont pleines d’autres petites artères et d’autres petites veines , et celles-là d'autres encore, jusqu’au terme que Dieu seul peut savoir. Et toutes ces veines et ces artères composent avec les nerfs , qui se subdivisent de la même sorte , un tissu vraiment merveilleux et inimitable.

Il y a aux extrémités des artères et des veines , de secrètes communications , par où le sang passe continuellement des unes dans les autres.

Les artères le reçoivent du cœur, et les veines l’y reportent. C’est pourquoi, à l’ouverture des artères, et à l’embouchure des veines du côté du cœur, il y a des valvules ou soupapes, qui ne s’ouvrent qu’en un sens, et qui , selon le sens dont elles sont tournées, donnent le passage , ou empêchent le retour. Celles des

f)Q DE LA CONNAISSANCE DE DIEU artères se trouvent disposées de sorte qu’elles peuvent recevoir le sang en sortant du cœur; et celles des veines, au contraire, de sorte qu’elles 11e peuvent que le rendre au cœur, sans le pouvoir jamais recevoir immédiatement du cœur. Et il y a , par intervalles , le long des artères et des veines, des valvules de même nature , qui ne permettent pas au sang une fois passé, de remonter au lieu d’où il est venu : tellement qu’il est forcé , par le nouveau sang qui survient sans cesse , d aller toujours en avant, et de rouler sans fin par tout le corps.

Mais ce qui aide le plus à celte circulation, c’est que les artères ont un battement continu, et semblable à celui du cœur, et qui le suit. C’est ce qui s’appelle le pouls.

Et il est aisé d’entendre que les artères doivent s’enfler au battement du cœur, qui jette du sang dedans. Mais, outre cela, on a remarqué que, par leur composition, elles ont, comme le cœur, un battement qui leur est propre.

On peut entendre ce battement, ou en supposant que leurs fibres, une fois enflées par le sang que le cœur y jette , font sur elles-mêmes une espèce de ressort , ou quelles sont tournées de sorte qu’elles se remuent comme le cœur même, à la manière des muscles.

Quoi qu’il en soit, l’artère peut être considérée comme un cœur répandu partout, pour battre le sang et le pousser en avant; et comme

ET DE SOI-MEME. CHAP. TI. g3 ©n ressort, ou un muscle moulé, pour ainsi? parler, sur le mouvement du cœur, et qui doit battre en même cadence.

Il paraît donc que par la structure et le battement de l’artère, le sang doit toujours avancer dans ce vaisseau; et d’ailleurs l’artère battant sans relàclie sur la veine qui lui est conjointe , y doit faire le même effet que sur ellemême, quoique non de même force; c’est-àdire qu’elle y doit battre le sang, et le pousser continuellement de valvule en valvule, sans le laisser reposer un seul moment.

Et par-là il a fallu que l’artère', qui devait avoir un battement si continuel et si ferme, fût d’une consistance plus solide et plus dure que la veine ; joint que l’artère qui reçoit le sang, comme il vient du cœur, c’est-à-dire, plus échauffé et plus plus vif, a dû encore, pour cette raison, être d’une structure plus forte, pour empêcher que cette liqueur n’écliappât eu abondance par son extrême subtilité , et ne rompît ses vaisseaux, à la manière d’un vin fumeux.

11 n’est pas possible de s’empêcher d’admirer la sagesse de la nature qui , ici , comme partout ailleurs, forme les parties Je la manière qu’il faut, pour les effets auxquels on les voit manifestement destinés.

Il y a , à la hase du cœur, deux artères et deux, principales veines, d’oû naissent toutes les autres. La plus grande artère s’appelle V aorte : la

plus grande veine s’appelle la L’aorte

porte le sang par tout le corps , excepté le cœur et le poumon; la veine-cave le reporte de tout le corps, excepté du cœur et du poumon : l’aorte sort du ventricule gauclie , la cave aboutit au ventricule droit : du même ventricule sort l’artère du poumon, moindre dans les adultes que l’aorte ; aussi ne porte-t-elle que la portion du sang veinai destiné au poumon. La veine du poumon aboutit au ventricule gauche; aussi ne rapporte- t-elle que le sang veinai destiné au poumon , et par lui rendu artériel par le mélange de l’air respiré dans cette partie.

Le cœur est nourri par une artère particulière , qui n'a nulle communication immédiate avec l’aorte , et reçoit le sang du ventricule gauche ; et le reste du sang destiné à la nourriture, est rapporté par une veine particulière qui^n’a nulle communication immédiate avec le cœur, et rend son sang dans le ventricule droit.

Immédiatement en sortant du cœur, l’aorte et la grande veine envoient une de leurs branches dans le cerveau : et c’est par-là que s’y fait ce transport soudain des esprits , dont il a été parlé.

Les nerfs sont comme de petites cordes, ou plutôt comme de petits filets, qui commencent par le cerveau , et s'étendent par tout le corps, jusqu’aux dernières extrémités.

Partout où il y a des nerfs, il y a quelque

ET DE SOI-MÊME. CHAP. II. g5 sentiment ; et partout où il y a du sentiment , il s’y rencontre des nerfs, comme le propre organe des sens.

La cavité des nerfs est remplie d’une certaine moelle, qu’on dit être de même nature que le cerveau ^ à travers de laquelle les esprits peuvent aisément continuer leur cours.

Par-là se voient deux usages principaux des nerfs. Ils sont premièrement les organes propres du sentiment. C’est pourquoi, à chaque partie qui est le siège de quelqu’un des sens , il y a des nerfs destinés pour servir au sentiment. Par exemple, il y a aux yeux les nerfs optiques, les auditifs aux oreilles , les olfactifs aux narines, et les gustatifs à la langue. Ces nerfs servent aux sens situés dans ces parties ; et comme le toucher se trouve par tout le corps , il y a aussi des nerfs répandus par tout le corps.

Ceux qui vont ainsi par tout le corps , en sortant du cerveau , passent le long de l'épine du dos, d’où ils se partagent et s’étendent dans toutes les parties.

Le second usage des nerfs n’est guère moins important. C’est de porter par tout le corps les esprits qui font agir les muscles , et causent tous les mouvemens.

Ces mêmes nerfs répandus partout, qui servent au toucher, servent aussi à cette conduite des esprits dans tous les muscles. Mais les nerfs, que nous avons considérés comme les propres

gB de la connaissance de dieu organes des quatre autres sens , n’ont point cet usage.

Et il est à remarquer que les nerfs qui servent au toucher, se trouvent même dans les parties qui servent aux autres sens ; dont la raison est que ces parties-là ont avec leur sentiment propre celui du toucher. Les yeux, les oreilles, les narines et la langue peuvent recevoir des impressions, qui ne dépendent que du toucher seul, et d’où naissent des douleurs auxquelles ni les couleurs, ni les sens, ni les odeurs, ni le goût, n’ont aucune part.

Ces parties ont aussi des mouvemens qui demandent d’autres nerfs que ceux qui servent immédiatement à leurs sensations particulières. Par exemple, les mouvemens des yeux qui se tournent de tant de côtés , et ceux de la langue qui paraissent si divers dans la parole, ne dépendent en aucune sorte des nerfs qui servent au goût et à la vue. Et aussi y en trouve-t-on beaucoup d’autres; par exemple, dans les yeux, les nerfs moteurs, et les autres que démontre l’anatomie.

Les parties que nous venons de décrire ont toutes, ou presque toutes, de petits passages qu’on appelle pores, par où s’échappent et s’évaporent les matières les plus légères et les plus subtiles, par un mouvement qu’on appelle transpiration.

Après avoir parlé des parties qui ont de la

ET DE SOI-MEME. CH AP. II. 97 consistance, il faut parler maintenant des liqueurs et des esprits.

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